ÉLISABETH BERNARD, PHILIP SOGORB, THOMAS FOURCY, DAMIEN ET ANTOINE DE WATRIGANT, CHARLES GOURDAIN, DIDIER GUILLEMIN... INTERVIEWS DE QUELQUES-UNS  DES MEILLEURS ENTRAÎNEURS DE PUR-SANG ARABES EN FRANCE

11.04.2017

ÉLISABETH BERNARD, PHILIP SOGORB, THOMAS FOURCY, DAMIEN ET ANTOINE DE WATRIGANT, CHARLES GOURDAIN, DIDIER GUILLEMIN... INTERVIEWS DE QUELQUES-UNS DES MEILLEURS ENTRAÎNEURS DE PUR-SANG ARABES EN FRANCE

ÉLISABETH BERNARD, PHILIP SOGORB, THOMAS FOURCY, DAMIEN ET ANTOINE DE WATRIGANT, CHARLES GOURDAIN, DIDIER GUILLEMIN... INTERVIEWS DE QUELQUES-UNS  DES MEILLEURS ENTRAÎNEURS DE PUR-SANG ARABES EN FRANCE

C'est l'heure des derniers réglages avant le début de la belle saison française. The French Purebred Arabian est allé à la rencontre de quelques-uns des plus grands entraîneurs français qui nous ont livré leurs expériences, leurs espoirs et leurs objectifs.

THOMAS FOURCY

Royan-La Palmyre

Tête de liste des entraîneurs français de pur-sang arabes en 2015 et 2016, Thomas Fourcy a encore amélioré son nombre de victoires (20 contre 18) et de gains (960 250 euros contre 936 450 euros) en France l’an passé. Une réussite complète pour celui qui gère les effectifs d’Al Shaqab Racing et de l’élevage de Hassan Mousli, symbolisée par le crack Al Mourtajez.

The French Purebred Arabian. – Quel bilan tirez-vous de la saison écoulée ?

Thomas Fourcy. – Une bonne saison ! Surtout que je n’avais pas de femelles de 3 ans. Al Mourtajez y est pour beaucoup dans cette réussite, mais c'est le bilan global qui est positif. J’ai eu quelques chevaux tardifs l’an passé, si bien que nous avons gagné beaucoup de courses en fin de saison, notamment dans le Total Arabian Trophy des Poulains (Gr. I PA) [remporté dans un temps record, ndlr] avec Motrag (Amer) et Zikreet (Dahess). Ces deux chevaux sont vraiment durs, peut-être plus que "qualiteux". J’ai déjà eu dans mes boxes des éléments comme Al Mouwaffak et Mister Ginoux et je pense qu’ils étaient intrinsèquement meilleurs en qualité pure, même s’ils n’ont pas battu de record sur la piste. L’an passé, ils sont partis vite dans cette épreuve à Saint-Cloud et il fallait des chevaux durs pour aller s’imposer. Mais évidemment, ce sont de bons chevaux. Zikreet a d’ailleurs confirmé cet hiver au Qatar en se classant troisième du Derby derrière Ebraz (Amer), qui a remporté l’Emir’s Sword dans la foulée, puis a fini deuxième de la Qatar International Cup (Gr. I PA), battu seulement d'une courte tête par TM Thunder Struck (Majd Al Arab). Al Mourtajez (Dahess), lui, a été d’une régularité exemplaire l’an passé, gagnant des Groupes I PA avec la manière à Deauville, Goodwood et Chantilly. Il était un peu fatigué ensuite dans l’Emir’s Sword (Gr. I PA).

Comment abordez-vous la nouvelle saison ?

Je l'aborde comme les autres. Je ne suis pas quelqu’un de pressé avec les 3 ans. Seuls ceux qui ont un peu de qualité débuteront, mais j’ai un joli lot de poulains et de pouliches. Celui des mâles est d'ailleurs sans doute meilleur, mais ils sont plus tardifs. Une dizaine de poulains me plaisent beaucoup.

J’ai un propre frère d’Al Mouhannad, Al Battar (Nizam) [qui devrait changer de nom, ndlr], Karar (Amer), un très beau cheval, Majnon (Azadi) que j’aime bien également, et un autre Azadi”, Jethjath, mais aussi Al Moujjalli (Akim de Ducor), un beau cheval qui m’a l’air plaisant. C’est d’ailleurs la même mère qu’Al Mouhannad. Chez les femelles, j’ai une petite pouliche, Rkaya (Burning Sand), ainsi qu'Anouf (Nizam) et Athwa (Dahess). Les autres sont plus tardifs.

Et chez les 4 ans ?

Al Walid (Dahess) a débuté victorieusement l’an passé devant quelques bons éléments, dont le lauréat du French Arabian Breeders’ Challenge des Poulains (Gr. II PA). Almaa (Amer) a bien gagné en débutant, le 18 mars à Toulouse. Elle a vraiment eu un beau passage.

Considérez-vous que travailler avec Al Shaqab est en quelque sorte un luxe ?

Il est vrai qu’un des objectifs d'Al Shaqab est de se hisser parmi les meilleurs en termes d'élevage. Ils ont de bonnes poulinières, font un peu de sélection et me donnent les moyens d’en pratiquer également. Et parmi mes propriétaires, je n’oublie pas l’élevage de Hassan Mousli qui est vraiment de tout premier plan. Je compte d'ailleurs quelques bons éléments cette année, issus de son élevage, comme la propre sœur d’Al Fahda (Azadi). J'ai de jolis pedigrees à l'écurie, avec vingt mâles de 3 ans et autant de femelles. On devrait donc avoir de bonnes chances en fin d’année dans les Groupes I PA.

Impossible de terminer cette interview sans prendre des nouvelles de votre grand champion Al Mourtajez...

Il est en vacances au haras du Grand Courgeon. Il mange de l’herbe et a repris du poil. Il a l’air de prendre du plaisir à cet intermède. Il y restera le temps qu’il faudra, c’est lui qui décidera. L'objectif pour lui est de gagner une troisième fois la Qatar Arabian World Cup (Gr. I PA)… De toute façon, un cheval comme lui, tout entraîneur rêve d’en avoir un. Je ne suis que son entraîneur et nous verrons bien quelle décision sera prise. S'il s'agit de tenter de remporter la course en fin d’année, je ferai tout pour l’amener de nouveau au top-niveau. Et l'an prochain, il quittera mon écurie pour entamer une nouvelle carrière, celle d'étalon.

ÉLISABETH BERNARD

La Teste-de-Buch

Deuxième au classement des entraîneurs à l’issue de la saison 2016 (tout comme en 2015), Élisabeth Bernard a démontré qu'elle pouvait brillamment succéder à la tête de l’écurie suite au décès de son mari, Jean-François.

The French Purebred Arabian. – Quel bilan tirez-vous de la saison écoulée ?

Élisabeth Bernard. – Je suis satisfaite car c’était la première année sous mon nom et non plus celui de la succession. J’ai eu la chance de remporter des épreuves lors des principales journées internationales du pur-sang arabe. Je pense notamment à la journée sponsorisée par le cheikh Hamdan à Newbury, où Sylvine Al Maury (Munjiz) a remporté les Dubai Duty Free Hatta International Stakes (Gr. I PA) ; à la victoire d’Alsaker (Af Albahar), le jour du Prix de Diane, dans le Qatar Derby des Pur-Sang Arabes de 4 ans (Gr. I PA) ; à celle de Sir Bani Yas (Amer) à Sandown, lors de la journée du Président des Émirats Arabes Unis ; et, cerise sur le gâteau, la victoire de Naziq (Mahabb), la veille de l’Arc, dans le Qatar Total Arabian Trophy des Juments (Gr. I PA). J’ai également remporté des succès en Italie et au Maroc. L’écurie a été présente à tous les grands rendez-vous. Cela a une autre consonance, car ce sont des courses qui attirent beaucoup de spectateurs et de passionnés. Les victoires d’Aïcha de Monlau (No Risk Al Maury) et d'Al Mounteze Monlau (Nashwan Al Khalidiah) dans deux maidens importants à Toulouse ont également été la source d'autres satisfactions personnelles. Pouvoir montrer que l’on sait s’y prendre avec de jeunes chevaux est quelque chose d’important. Et puis, je le redis, il me fallait prouver ma capacité à travailler comme Jean-François l’avait toujours fait, avec des résultats à la clé, y compris pour des propriétaires de grande stature. Ils sont extraordinaires, me font confiance, tout comme ils font confiance à l'équipe qui m'entoure et réalise un formidable travail.

J’ai enfin été très satisfaite de pouvoir vendre les trois chevaux que j’ai présentés aux ventes de pur-sang arabes d’Arqana en octobre dernier [Caid de l’Ardus s’est notamment vendu 150 000 euros, ndlr]. Donner envie aux gens d’acheter des chevaux bien présentés, c’est quelque chose d’important pour moi.

Comment envisagez-vous cette nouvelle saison ?

De voir mes boxes se remplir est très encourageant et j’ai également quatre nouvelles casaques. Sans matériel, on ne peut pas travailler et sans un certain nombre de chevaux, il est difficile d’en avoir quelques-uns qui sortent du lot. La loi du nombre est présente dans notre métier. Je suis contente d’avoir cinquante chevaux à l’entraînement cette année. J’avoue que la course des pouliches de 4 ans, le Qatar Total Arabian Trophy des Juments (Gr. I PA), une épreuve que nous avons remportée de nombreuses fois avec Jean-François, est un peu un objectif. J’aime bien ce challenge.

Quels sont les éléments d’avenir selon vous à l’écurie ?

J’ai beaucoup de pouliches cette année. Au modèle, je trouve que c’est un lot exceptionnel mais c’est encore trop tôt dans la saison pour en dire plus. Je n'ai que trois mâles, mais il y en a deux qui me plaisent beaucoup, dont un qui a été élevé et appartient à Robert et Marie-Ange Bourdette. C’est Amir de Monlau (Munjiz). Il est magnifique et Jean-François, de son vivant, avait toujours dit que si la poulinière, Manzana (Guytou de Carrère), avait un jour un mâle, il serait extra”. Cette jument avait eu de bonnes pouliches, dont Myra de Monlau (Munjiz), qui était extraordinaire mais petite et un peu frêle. Là, c’est un mâle, il est très beau et nous plaît énormément. Il ne sera pas précoce, mais ses propriétaires sont patients. J’ai beaucoup d’espoirs avec ce poulain.

Il y a aussi Jiniz (Munjiz), un cheval non-précoce appartenant à un propriétaire lybien vivant à Dubaï. Enfin j’ai un joli poulain de Marcel Mézy, Amziz de Piboul (Munjiz). Je l’aime beaucoup aussi, même s’il n’est arrivé que depuis dix jours.

Chez les 4 ans, je compte beaucoup sur la pouliche que j’ai fait acheter par les Écuries Royales d’Oman, Djaikiri Safinat (Dahess), qui était chez Didier Guillemin l’an passé. Enfin, j’ai également Naziq (Mahabb) chez les 5 ans, une jument difficile mais de qualité.

DAMIEN DE WATRIGANT

Mont-de-Marsan

Installé à Artassenx, tout près de Mont-de-Marsan, Damien de Watrigant a développé le centre d’entraînement du haras de Mandore et met en lumière l’élevage du pur-sang arabe dans la longue tradition familiale.

Pour atteindre ses objectifs, il bénéficie de la confiance de grands propriétaires comme Shadwell ou encore le Dr Mohammed Al-Nujaifi, dont les souches irakiennes ne cessent de s’affirmer. Avec plus de 200 000 euros de gains en 2016, Damien de Watrigant a réalisé une saison bien supérieure à celle de 2015.

The French Purebred Arabian. – Quels sont les éléments confirmés sur lesquels vous comptez cette année ?

Damien de Watrigant. – Tout d’abord, je pense à Valentin (Amer), cinquième de la Qatar Arabian World Cup (Gr. I PA). C’est un cheval qui a mis du temps à venir, mais qui nous a montré un certain potentiel. Il semble en grande forme cette année et on va pouvoir attaquer les belles courses avec lui, malgré son âge [8 ans, ndlr]. Il n’a pas été usé et il est sain. Il effectuera sa rentrée le 21 avril à Toulouse, dans le Prix Carthage-Hannibal - Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Cup (Gr. II PA).

Pour sa part, Ghazwa (Zawam) a eu beaucoup de soucis de santé et n’a pas connu l’année à laquelle elle pouvait prétendre. Elle est pleine de Hilal Al Zaman IRQ (Mencour) et va rester en compétition jusqu’à la date limite. Elle devrait sûrement viser des Listeds ou des Groupes PA, sur des distances aux alentours de 1 400 mètres. Elle pourrait également aller en Angleterre. En attendant, elle devrait rentrer le 23 avril à Mont-de-Marsan, dans le Prix Djouras Tu. Sahabba (Nizam) a eu quelques petits soucis, mais a tout de même été invitée à Abu Dhabi, dans la course la plus dotée au monde pour les pur-sang arabes, et a terminé quatrième. Elle est maintenant poulinière.

Et chez les 4 ans ?

Ahzar (Munjiz) est l'un de nos gros espoirs cette année. Je pense que dans les deux grandes épreuves de l’an passé, l'Al Rayyan - Prix Kesberoy et le Qatar Total Arabian Trophy des Poulains (Grs I PA), nous n’avons pas été très heureux. Il était peut-être encore un peu immature, un brin tendre. Mais il a passé un très bel hiver et je pense que ce sera son année ! Il effectuera sa rentrée le 28 avril à La Teste-de-Buch, dans le Prix Dormane (Gr. III PA). Diva du Paon (Munjiz) est une jument qui a beaucoup de qualités et Christophe Soumillon ne l’avait pas remontée pour rien en fin de saison. Il a toujours senti qu’elle avait beaucoup de potentiel, mais elle est très compliquée. J’espère que l’hiver l’aura fait mûrir. Elle est toujours maiden alors qu’elle est prise en 47 de valeur ! Je nourris également des espoirs avec Muneera (Dormane) qui a fait une super rentrée, battue seulement par l’écart de poids, par les mâles. Elle devrait courir le Qatar Prix de l’Élevage (Gr. II PA), le 29 avril à Toulouse.

Je pense aussi à Jamaheer (Mahabb), une pouliche du cheikh Hamdan, dont la mère est Ziva (Dormane). Elle était un peu fragile dans sa tête l’an passé, mais elle a débuté par une deuxième place dans le Shadwell - Prix Ourour (Listed PA), preuve de sa qualité. J’espère qu’elle va passer un cap cette année car elle a vraiment un beau changement de vitesse lorsqu’elle peut être détendue. J’ai aussi Zeina (Munjiz), une pouliche qui est allée courir en Espagne et qui était encore un peu fraîche en dernier lieu à Toulouse, dans le Prix Magic de Piboul [troisième, ndlr]. Elle vaut bien mieux que cela car elle a vraiment une belle action. Elle est issue “de la maison” et devrait s’améliorer au fil des courses pour devenir une chic jument.

Et parmi vos inédits de 4 ans ?

J’ai Mont d’Or (Mahabb), le propre frère de Mestor et de Manark, mais il n’a pas du tout le même jeu de jambes. Comme toute sa famille, il n’aime pas les terrains souples et le sable. Il m’a fait de bons travaux quand la piste était légère. J’ai aussi la sœur de Valentin, Lou Lou, par Munjiz, mais elle est assez tardive.

Chez les 3 ans ?

Le premier qui débutera est une femelle appartenant à monsieur Akel et qui se nomme Pashwana (Nashwan Al Khalidiah & Princess des Cèdres). Elle est précoce, très véloce. J’ai également Cleopathre (Nizam), la sœur utérine de Zeina. Je l’aime beaucoup. Nous l'avions passée aux ventes, mais nous l'avons finalement gardée. On la verra cet été en piste. Chez les pouliches, j’aime bien aussi Djelilla (Munjiz).

En ce qui concerne les mâles, j’ai Rodess du Loup, par Dahess, qui appartient à Gérard Larrieu. C’est le propre frère de Photon du Loup, qui était un bon ouvrier, mais Rodess du Loup m’avait beaucoup plu lorsque je l’avais vu au haras de Saint-Faust. Il avait vraiment quelque chose. Monsieur Larrieu n’a pas pu le vendre ensuite au prix qu’il l’aurait souhaité, mais c’est un cheval en lequel il croit et moi aussi. Cela va faire un bon guerrier pour cet été. Zawani Star, un autre "Dahess" que nous avons élevé au haras de Mandore pour monsieur Mehdi Benmessaoud, est un joli poulain qui travaille bien. Nous avons également Badir Al Zaman (Hilal Al Zaman), issu de souches 100 % irakiennes, mais qui a été élevé au haras de Mandore pour monsieur Al Nujaifi. C’est le frère de Ghazwa. Il est doté d'un physique incroyable ; il est vraiment magnifique : très grand, très costaud et avec une très belle action. S’il a le moteur pour bouger une telle masse, cela peut faire un super cheval. Pour finir, Lekhraib QA (Af Albahar) qui a été acheté aux ventes Arqana. Un fils d’Af Albahar UAE (Amer), un étalon à la mode. C’est un chic poulain, sérieux, qui a beaucoup de bec. Il travaille bien le matin mais nous devrons attendre de voir en piste la façon dont il se livrera. Et puis, il faut aussi noter un certain Nizora (Nizam), un poulain élevé par monsieur Bruno Bellaud. Il a récupéré la mère de ce poulain, Adora (Dormane), qui lui plaisait beaucoup. Il a élevé ce produit et travaillé comme il sait le faire. J’ai reçu un poulain magnifique et j’espère qu’il ira aussi vite qu’il est beau.

Avez-vous des objectifs précis pour 2017 ?

Bien sûr, je pense aux belles courses en France, mais nous allons aussi nous déplacer à l’étranger. En revanche, les 3 ans seront plus préservés en France. Les courses de pur-sang arabes se développent également en Espagne et il faut aller y courir, notamment pour les soutenir. De toute façon, plus il y a de courses pour ces chevaux, mieux ce sera.

ANTOINE DE WATRIGANT

Mont-de-Marsan

Antoine de Watrigant est entraîneur public depuis 2005. Issu d’une grande famille d’éleveurs et d’entraîneurs du Sud-Ouest, il a remporté son premier Groupe I chez les pur-sang anglais avec Gailo Chop en 2015. Il compte actuellement onze pur-sang arabes dans son effectif.

The French Purebred Arabian. – Depuis deux ans, vous entraînez des pur-sang arabes. Est-ce un retour aux sources ?

Antoine de Watrigant. – Quand j’étais enfant, je m’étais occupé de Kesberoy (Saint Laurent), un cheval élevé par mon père qui est devenu un grand étalon. Après les victoires de Gailo Chop (Deportivo), Martial Boisseuil m’a contacté pour savoir si j’étais intéressé par l’entraînement de pur-sang arabes. Il est le racing manager de Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan qui est la tête d’un des meilleurs élevages du monde. J’ai accepté. Dans un premier temps, j’ai reçu Ziyadd (Bibi de Carrère) qui avait été bien préparé par son précédent entraîneur, Thomas Fourcy. L’objectif était de remporter la Triple couronne européenne du Festival international du cheikh Mansour. Le cheval a remporté ce challenge qui est très important aux yeux du cheikh. Il a gagné une Listed à Rome et s’est classé trois fois deuxième au niveau Groupe. Cette année, j’ai reçu trois poulains de grande naissance en provenance des écuries du cheikh Mansour. De son côté, Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani m’a confié sept pur-sang arabes, tous inédits. Ce sont des chevaux à façonner et les bons partiront au Qatar en fin d’année. Je n’avais pas imaginé recroiser la route des chevaux arabes. Mais j’ai deux propriétaires importants qui élèvent l’élite. Quelle que soit la race, courir dans cette catégorie est très intéressant.

Vous avez débuté avec les anglo-arabes. Continuez-vous à en entraîner ?

J’ai encore plusieurs anglo-arabes dans mon effectif. J’estime Emedji Pontadour (Benevolo de Paban) qui est issu d’une bonne origine Taragon. Il manque encore de dureté mais a des moyens. Il courra les bonnes épreuves sur les bons hippodromes. Si ça ne va pas en plat, il ira en obstacle car il est doué pour cela. Mon père a gagné toutes les épreuves de sélection réservées aux anglo-arabes. Il avait notamment entraîné le crack et chef de race Dionysos II (Samaritain). Avec les pur-sang anglais, il avait remporté toutes les belles courses de la région, à une époque où tout le monde restait dans son coin. Moi-même j’ai démarré avec une anglo qui fut l’une des meilleures de sa génération. Cette Catidja (Tidjani), issue d’une origine de l’élevage familial, était une “50 %” capable de terminer deuxième du Grand National face aux meilleurs “25 %”. J’ai ensuite eu plusieurs pur-sang anglais qui allaient bien. Si bien que je suis devenu entraîneur de chevaux de course alors qu’au départ, ce n’est pas une profession que j’avais envie d’embrasser.

Dans quel contexte êtes-vous devenu entraîneur public ?

J’ai travaillé dans les spiritueux et le vin. Mais la passion du cheval était là. Pendant dix ans, avec mon frère, j’ai dirigé un centre de tourisme équestre. En parallèle, la paire de chevaux que j’entraînais gagnait bien sa vie. J’ai donc franchi le pas. Je ne regrette pas ce choix. Mais c’est une profession difficile. Surtout que j’ai appris sur le tas, sans être passé par de grandes écuries. Lorsque mon père entraînait, je n’étais pas son assistant et j’avais été confronté aux difficultés de la fin de sa carrière professionnelle, après avoir été un des meilleurs entraîneurs de la région. Au final, j’ai plus appris en observant mes meilleurs confrères. Mes enfants aiment les courses. Ils suivent avec attention les résultats de l’écurie et si Music Lover court le “Diane”, ils ont prévu d’inviter tous leurs amis !

CHARLES GOURDAIN

Pau

En France et à l'étranger, Charles Gourdain a encore réalisé une belle saison avec les pur-sang arabes. Il a notamment pu compter sur des éléments de valeur des Écuries Royales d’Oman. Lauréat de la première Listed PA de l’histoire des courses italiennes avec Vulcain du Clos l’an passé, il aborde cette nouvelle saison avec des ambitions.

The French Purebred Arabian. – Quel bilan tirez-vous de votre saison passée ?

Charles Gourdain. – Je suis assez satisfait. Vulcain du Clos (Monsieur Al Maury) a toujours été à l’arrivée de bonnes courses, même en Turquie [troisième de l’International Ifahr Trophy, Gr. II PA, ndlr]. Il est parti comme étalon au Sultanat d’Oman. Sa carrière s’est arrêtée en fin de saison dernière.

Worood (Akbar) a remporté le Prix Nevadour (Gr. III PA). C’est une pouliche que j’avais eu du mal à avoir en bonne condition en début de saison. Elle nous a un peu déçus ensuite, mais elle a de la qualité, même si elle reste délicate. Nafees (Azadi) n’a fait que progresser tout au long de la saison avant de super bien courir dans le French Arabian Breeders’ Challenge pour Poulains (Gr. II PA). C’est un cheval très courageux qui n’a cessé de faire des progrès. Nous avons donc été satisfaits de notre saison 2016.

Comment se profile la nouvelle saison ?

Nous avons gardé Worood à l’entraînement. Elle va courir les bonnes épreuves cette saison et devrait effectuer sa rentrée fin avril, à Toulouse, dans le Prix Carthage-Hannibal - Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Cup (Gr. II PA – 2 000 m) avant d’aller sur le meeting estival du cheikh Hamdan à Newbury. Nafees va viser les bonnes courses de 4 ans, en France et à l’étranger. Plusieurs possibilités intéressantes s'ouvrent à lui.

Avez-vous d'autres 4 ans dans vos boxes qui seront à suivre cette saison ?

J’ai Abudhabi Princess (Munjiz), une pouliche qui a gagné l’année dernière. Partie se reposer, elle reviendra dans 15 jours. Je l’ai mise au pré afin qu’elle profite bien d’un bon printemps, car les chevaux ne profitent de rien en hiver, au haras. Elle devrait bien faire car elle avait besoin d’un peu de temps. C’est une famille plus performante à 4 ans qu’à 3 ans et pourtant, cela ne l’a pas empêchée de gagner l’an passé. C’était une petite course, mais elle l’a bien fait. Ensuite, en fin d’année, cela a été plus compliqué. Je pense qu’elle sera tout à fait opérationnelle cette saison. On peut également citer Dupleix (Madjani), victime d'une petite fracture à un sésamoïde et qui va revenir à l’entraînement. Il avait bien débuté l’an passé à Agen.

Et parmi vos espoirs cette année ?

Quelques 3 ans intéressants sont rentrés. J’ai deux poulains par Munjiz pour Sheail Al Kuwairi. Starboy Dibos est un beau sujet avec une mère par Kerbella, Starbella d’Ibos. C’est un cheval de qualité que l’on verra plutôt en seconde partie de saison. Le deuxième se nomme Odale, avec une mère par Dormane. Il vient de l’élevage de la famille Watrigant. Ces deux chevaux sont assez lourds et ont besoin de se faire, mais ils sont très beaux. J’ai également la sœur utérine de Vulcain du Clos à l’écurie, Ezzahra du Breuil (Munjiz) qui est assez tardive. Par Shart Al Khalidiah, j’ai une belle pouliche, La Vande, qui a été élevée par Wiljan Poel, l’éleveur de Vulcain du Clos. J’ai une autre pouliche par Munjiz, Essaouira du Breuil, qui a aussi été élevée par Wiljan Poels. Sa mère, Tequila du Breuil, est par Dormane. Elle est pas mal. Enfin, un propriétaire m’a mis une pouliche que j’aime beaucoup et qui me semble très qualiteuse, Djalmessa (Dahess). Elle est très sympa, avec un super physique. Sa mère, Djalmina (Dormane), a déjà bien reproduit. Pour conclure, je peux également citer un beau poulain qui est le frère de Nafees, Haramil (Amer).

PHILIPPE SOGORB

Mont-de-Marsan

Philippe Sogorb sait décidément y faire avec les pur-sang arabes. Après avoir été un jockey très efficace, il fait aujourd'hui partie des meilleurs entraîneurs de pur-sang arabes en France depuis plusieurs saisons. Il peut compter sur quelques bons éléments et notamment son grand espoir, Mehdaaf Athbah, deuxième de la dernière édition de la Qatar Arabian World Cup (Gr. I PA).

The French Purebred Arabian. – Quels espoirs fondez-vous sur Mehdaaf Athbah cette année ?

Philippe Sogorb. – Mehdaaf Athbah est mon très bon cheval à l’écurie et peut-être mon cheval pour l’Arc des pur-sang arabes cette année. C’est vraiment un objectif que je me suis fixé avec lui.

Quel sera son programme jusqu'au grand jour ?

Le cheval est resté à l’écurie pendant l’hiver et a été ralenti afin de bien hiverner. Il a repris l’entraînement désormais et m’apporte des satisfactions. Il effectuera sa rentrée le 21 avril prochain à Toulouse, dans le Prix Carthage-Hannibal - Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Cup [Gr. II PA, 2 000 m]. Ensuite, il va sans doute passer par Goodwood [Qatar International Stakes Gr. I PA, 1 600 m] avant d’aller sur l’Arc. Si tout va bien, il pourrait également faire la saison d’hiver au Qatar. C’est un vrai cheval de 2 000 mètres. Je l’ai économisé et je me souviens que lors de son début d’année de 4 ans, je pensais que c’était un cheval pour l’Arc. Il avait fait un bon début de saison avant de me laisser un peu sur ma faim, mais il m’a donné raison le jour de l’Arc. J’ai toujours voulu le laisser mûrir. Sa préparation sera basée sur ce challenge en fin d’année. »

Et parmi vos 3 ans ?

Je n’aime pas trop m’avancer sur les 3 ans. C’est encore beaucoup trop tôt. J’ai surtout toujours la confiance des propriétaires qui travaillaient avec Robert Litt, dont j’ai repris la suite. J’ai notamment deux poulains appartenant à Yves Plantin, Amalgham (Njewman) et Splasch (Njewman), qui me plaisent. J’en ai également d’autres pour Son Altesse le cheikh Mansour, Pierre-Yves Juillard… Au total, j’ai neuf chevaux de 3 ans. Je me limite un peu dans l’effectif de pur-sang arabes et travaille surtout avec la clientèle qui me suit depuis mes débuts.

DIDIER GUILLEMIN

Mont-de-Marsan

Figure connue du monde du pur-sang arabe en tant que jockey, Didier Guillemin s’est également fait un nom en tant qu’entraîneur depuis de nombreuses années. Il s’est encore illustré la saison dernière, en France comme à l’étranger, avec notamment deux chevaux issus de l’étalon Mahabb portant la casaque de Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, Mabrooka et Dahham.

The French Purebred Arabian. – Quel bilan tirez-vous de votre saison 2016 avec les pur-sang arabes ?

Didier Guillemin. – De manière générale, je pense que nous avons réalisé une très bonne saison. Dahham a très bien démarré avant de marquer un peu le pas en fin d’année. Il faut dire que c’est aussi un cheval un peu bouillant, assez précoce... Il s'est reposé cet hiver et revient à l’écurie dans une semaine. Il va reprendre le travail tranquillement. J’ai également été satisfait des performances de Mabrooka, même si elle a dû courir deux fois sur 1 900 mètres, une distance un peu longue pour ses aptitudes. Elle était très allante et a été battue deux fois d’une courte tête. Je pense que cela l’a un peu marquée et elle a connu un passage à vide pendant la période de printemps-été. Elle est finalement revenue au mieux en fin de saison, prenant la deuxième place de la Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown [Gr. I PA, la course la plus richement dotée au monde, ndlr].

Quels sont vos espoirs parmi vos 3 ans ?

Je n’ai pas beaucoup de 3 ans cette saison. J’en ai deux pour Son Altesse le cheikh Mansour. Je pense notamment à la sœur de Mabrooka, Joudh (Mahabb), qui travaille bien et va débuter dans le Prix Djebella II le 21 avril, à Toulouse. Elle est encore assez verte et a moins de vitesse que Mabrooka. Il y a aussi Harrab (Mahabb), un mâle qui travaille pas mal et dont les débuts auront lieu le 21 avril dans le Prix Denouste, toujours à Toulouse. On peut noter que Céleste de Ghazal (Madjani) a bien débuté à Bordeaux-Le Bouscat le 31 mars dernier. Elle a terminé deuxième d’Al Moujjalli (Akim de Ducor) dans un bon lot, confirmant ses bons travaux du matin. Elle va également courir le Prix Djebella II.

Et parmi vos 4 ans ?

J’ai Rmmas (Mahabb), un poulain juste en-dessous des meilleurs. Il avait bien gagné à Mont-de-Marsan l’an passé. Nous espérons qu’il va passer un cap cette année. C’est un beau modèle et un propre frère de Mabrooka.

Dahham sera-t-il revu en piste ?

Oui, on va le reprendre gentiment. Le souci, c’est le programme français pour les 4 ans. C’est un vrai cheval de 1 400, 1 600 mètres et il y a surtout des courses sur 1 900, 2 000 mètres. C’est embêtant, surtout avec les arabes purs. Il faut un cheval doté de fond pour ce type de distances, pas un cheval doté de vitesse. Il y a 600 mètres de trop et c’est énorme pour un cheval arabe.