LE BLOC-NOTES DE FRANCO RAIMONDI - Sans sa blessure, Lanfranco Dettori aurait-il remporté le challenge des jockeys à Royal Ascot ?

Courses / 27.06.2017

LE BLOC-NOTES DE FRANCO RAIMONDI - Sans sa blessure, Lanfranco Dettori aurait-il remporté le challenge des jockeys à Royal Ascot ?

 

Chaque semaine, Franco Raimondi vous ouvre désormais son bloc-notes. Un carnet précieux, dans lequel il consigne les bonnes… et moins bonnes impressions de la semaine écoulée !

Habillage bloc-notes

Vraisemblablement non. Ryan Moore n’a "gaspillé" qu’une seule victoire, dans les Hardwicke Stakes (Gr2). En bon sujet de la couronne britannique, il a fait preuve d’une grande loyauté envers Sa Majesté en se mettant en selle sur Darmouth (Dubawi). Avec cette monture royale, il s’est classé quatrième de cette épreuve dominée par le Coolmore Idaho (Galileo). Malgré cet excès de patriotisme, Ryan Moore a terminé Royal Ascot avec six succès, dont cinq en selle sur les chevaux de Ballydoyle. Le record de Lanfranco est de sept victoires, en 1998. Il était alors le premier jockey d’un Godolphin naissant. Pour remporter le titre, il faut désormais gagner quatre ou cinq courses, c’est-à-dire tomber sur un meeting sans épouvantail. Un superbe pilote comme William Buick, avec le premier choix d’une écurie en forme comme Godolphin, a terminé le meeting avec quatre succès. Gagner une course à Royal Ascot est très difficile. L’époque de Lester Piggott, qui pouvait faire descendre de selle n’importe quel collègue, n’est plus qu’un souvenir

Photo : Royal Ascot 2017, un mauvais moment pour Lanfranco Dettori

Quatre des chevaux de Dettori ont gagné. Aurait-il pu remporter deux autres courses ? Royal Ascot accueille trente courses en cinq journées. Si vous mettez de côté les douze succès de Ballydoyle et Godolphin, il ne reste que dix-huit courses sur le marché. Même un artiste peintre aurait gagné avec Lady Aurelia (Scat Daddy). Les trois autres montes de Frankie ont gagné moins facilement (encolure, courte tête et encolure). Olivier Peslier a montré quel grand jockey il était en menant de superbe manière Coronet (Dubawi) à la victoire. Andrea Atzeni a été impeccable sur Stradivarius (Sea the Stars) et James Doyle a su tirer la quintessence de Big Orange (Duke of Marmalade). Mais aucun des autres chevaux promis à Frankie n’aurait gagné avec un autre jockey. Renoncer à un gagnant à Royal Ascot est un véritable crève-cœur. Mais c’est la dure loi du métier et Lanfranco a eu raison en prenant la décision de partir en vacances. Les remplaçants ont fait leur boulot. Royal Ascot sera encore à sa place en 2018 et Frankie aussi.

La tête et les jambes. Deux propres frères, Highland Reel et Idaho, ont gagné cette année à Royal Ascot. Le premier est le cheval de course dont tout le monde rêve : dur, toujours présent et d’un courage extrême. Le deuxième a enfin prouvé qu’il avait un talent à la hauteur de son ascendance. Un cheval avec le cœur d’Highland Reel et la force d’Idaho serait-il imbattable ? Un driveur de trot milanais avait deux fils. Le premier était très gentil, poli, même trop. C’était aussi un grand travailleur. L’autre avait beaucoup de talent mais il était un peu "limite", assez atypique. Un jour j’avais dit au père : imagine toi, un fils avec le talent de X et la tête de Y, cela serait un crack. Il m’avait répondu : oui mais avec le talent de Y et la tête de X, cela serait une catastrophe. La sagesse à l’ancienne ! Highland Reel et Idaho sont le jour et la nuit. Le premier a fait toutes les guerres et c’est le combat qui l’a façonné, faisant de lui un champion unanimement apprécié. L’autre, considéré comme un champion dans sa prime jeunesse, n’est pas passé loin d’un changement de maison pour aller sauter les claies. Jusqu’à présent, Idaho est le frère de Highland Reel. Mais s’il gagne lui aussi cinq millions de livres sterlings et six Grs1, peut-être Highland Reel deviendra-t-il le frère d’Idaho !

Photo : Highland Reel, le courage fait cheval

Trop de Grs1 sur le sprint à Royal Ascot ? Le meeting accueille trois Grs1 pour les sprinters. Mais qui est le meilleur au royaume de la vitesse ? Caravaggio ou The Tin Man ? Caravaggio ou Lady Aurelia ? The Tin Man ou Lady Aurelia ? The Tin qui ? Voici ce qu’on pouvait entendre quelques jours avant le meeting ! Caravaggio (Scat Daddy) est un champion, un vrai. Il aurait surclassé ses aînés dans les Diamond Jubilee et battu, fort probablement, Lady Aurelia dans les King’s Stand Stakes. Mais les 1.000 et les 1.200m sont deux sports différents. Si Messi est un crack avec un ballon, Usain Bolt est celui qui court le plus vite. La multiplication des couronnes a détruit la boxe, la multiplication des grandes courses peut détruire le galop. Avant la création de la Commonwealth Cup, il y a trois ans, Caravaggio aurait affronté The Tin Man et l’aurait battu, avant de se retrouver dans la July Cup. Autrefois, il aurait aussi pu courir les St James’ Palace et gagner, car il possède une vitesse remarquable mais également assez de tenue pour gagner sur le mile… N’oubliez pas que depuis des mois, on murmure sur les pistes de Ballydoyle que le bon, c’est lui, pas Churchill.

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. C’est par ces termes que l’on rend hommage à ceux qui ont écrit ce que l’on appelle le récit national en France. Outre-Manche, on fait des films. Churchill y a eu droit récemment. Mais la version équine de cet illustre personnage a certainement eu droit à moins de déférence dans les pubs anglais ces derniers jours. Les parieurs qui ont "envoyé la monnaie" sur les big five, c’est-à-dire le report des cinq grands favoris du meeting, ont jeté leur ticket dès le mardi à cause de lui. Un commentateur italien a expliqué sur la chaîne hippique que Ryan Moore avait fait le tour parce qu’un des propriétaires de Churchill est lié à un bookmaker… La presse hippique anglaise est toujours dominée par le pouvoir des "books". Toute cette publicité rédactionnelle sur les big five sentait l’arnaque. Surtout qu’il y avait des favoris encore plus intéressants. Churchill était imbattable et moi-même, j’avais pensé payer mes vacances grâce aux bookmakers, via 200 € de report à 25/1. Il a couru comme une épave. Cela peut arriver, mais les parieurs méritent plus qu’une déclaration laconique à chaud de Aidan O’Brien : « Il a bien couru ». C’était un incroyable mensonge. Churchill n’est jamais arrivé à la hanche de son leader. Le jour d’après, Aidan nous a appris que Churchill n’avait pas mangé. Hongkong n’est pas le paradis, mais là-bas, Churchill ne serait pas sorti de l’hippodrome, et son entraîneur non plus, sans une explication plus crédible. Ryan Moore n’a pas fait le tour. Même Andrea Bocelli, le chanteur aveugle de Con Te Partiro, qui a gagné à Royal Ascot, s’en est rendu compte.

Le retour des stayers ? La Gold Cup 2017 nous a offert un spectacle magnifique. Je ne me souviens pas d’une édition irregardable. N’oubliez jamais qu’après 3.200m, les chevaux dépassent la frontière de l’inconnu. Dès lors, tout devient possible. Big Orange n’avait jamais couru sur si long. Mais il a su trouver les ressources pour repousser l’attaque du tenant du titre Order of St George (Galileo). C’est la raison pour laquelle on fait courir des chevaux. Afin de decouvrir leurs qualités et leurs limites. Le Queen’s Vase a également été une belle course, même si positionner les boîtes à 200m du premier tournant est une faute technique énorme et surprenante en Angleterre.

Photo : Sheshoon fut l’un des quatre lauréats français de l’édition 1960 du meeting de Royal Ascot

Les frogs s’en assez bien sortis. Trois victoires, est-ce un score suffisant ? J’espère que vous rigolez ! C’est le meilleur score depuis 1960, quand la France avait gagné les St James’s Palace avec Venture VII (Relic) et la Gold Cup avec Sheshoon (Précipitation), deux pensionnaires d’Alec Head, les Coronation avec Barbaresque (Ocarina), sous la férule de Willie Clout, et les King Edward VII avec Atrax (Pharis) de l’écurie Nicholas. La France a remporté trois succès, tout comme en 2015 (Suits You, Solow et Ervedya) et en 1993 (Kingmambo, Gold Splash et Infrasonic). Le triplet en 2005 ne compte pas, c’était à York, sur une piste plus facile. En outre, cette année, la France a remporté pour la première fois les Jersey Stakes et les Albany (Grs3). Donc bravo à André Fabre, qui a signé sa neuvième victoire avec Le Brivido (Siyouni), et à Matthieu Palussière pour Different League (Dabirsim). Ainsi qu'à Jean-Claude Rouget, qui a gagné pour la troisième année consécutive à Royal Ascot, grâce à sa bonne Qemah (Danehill Dancer)

Quels sont les meilleurs souvenirs de ce meeting ? Je me suis régalé, de la première jusqu’à la trentième course du meeting. Imaginez-vous un deuxième du Derby (US Army Ranger) au départ d’une course sur 4.400m que j’affectionne tant. C’est du sport à l’état pur. Les grandes écuries et les petits syndicats ont gagné. Des plus riches jusqu’à ceux qui ont tout juste assez d’argent pour s’acheter le sabot d’un cheval, ils ont tous eu leur part de gloire. C’est le galop. Un sport pas comme les autres.