Baisse des allocations ; un pas vers la disparition ?

Institution / Ventes / 12.07.2017

Baisse des allocations ; un pas vers la disparition ?

Par Patrick Klein, propriétaire-éleveur

« Face à la dégradation du chiffre d’affaires des paris hippiques, les dirigeants de France Galop ont voté durant le dernier Conseil d’administration un plan d’économie reposant sur une baisse des encouragements.

Dominique de Bellaigue, président de LeTrot, a le même jour exprimé son refus envers toute baisse d’allocations dans sa discipline, arguant que cela mettrait la filière, et en particulier les propriétaires et les éleveurs, en péril.

Le taux de couverture pour les propriétaires de trot est d’au moins dix points supérieur à celui du galop, cela signifie qu’au galop, le péril serait encore plus réel.

Au galop, il existe quatre populations différentes de propriétaires. Leur seul point commun est la passion des chevaux et des courses.

Première population : les petits propriétaires/éleveurs qui, par passion ou tradition familiale, engagent des sommes souvent au-delà de leurs moyens pour entretenir un ou deux chevaux à l’entraînement, voire une poulinière. Cette population serait immédiatement asphyxiée par ce plan. Ces propriétaires/éleveurs étant souvent propriétaires de chevaux d’âge, une diminution des nominaux, primes propriétaires ou éleveurs les condamneraient immédiatement.

Deuxième population : les petits ou moyens propriétaires/éleveurs. Je me situe dans ce groupe, qui essaie de gérer sa passion des chevaux et des courses. Nous consacrons chaque année des sommes importantes, la diminution des allocations nous entraînerait à réduire et à ajuster nos effectifs à l’entraînement et à l’élevage.

Troisième population : les gros propriétaires/éleveurs ayant dix chevaux et plus. La problématique est la même que pour le groupe précédent. Ils doivent même souvent gérer leurs écuries avec encore plus de parcimonie. Leurs effectifs diminueront et seront ajustés avec la même logique que pour le groupe précédent.

Enfin, quatrième population : les très gros propriétaires. Parmi ce groupe figurent ceux dont l’équilibre financier n’est pas un problème ou de grandes sociétés telles que Coolmore qui ont fait de cette activité un business avec la vente de saillies.

Seulement 20 % des courses premium sont profitables à l’Institution. Les trois premiers groupes sont les pourvoyeurs de partants de ces courses. Il est vital pour la filière de protéger ces trois groupes pour ne pas risquer une nouvelle diminution de partants. Le dernier groupe ne vise que les courses de sélection. Celles-ci coûtent très cher à l’Institution, puisque les allocations sont très loin d’être couvertes par le retour à la filière sur le jeu ou d’éventuels rares sponsors.

Il est malheureusement aisé de comprendre que la disparition du premier groupe, la diminution des effectifs des deuxième et troisième groupes réduiraient à très court terme le nombre de chevaux à l’entraînement de 10.000 à 9.000 dans le meilleur des cas. Les efforts d’optimisation du programme deviendraient alors inutiles et l’on constaterait à nouveau une forte réduction des partants et donc une forte baisse de nos finances ainsi qu’une nouvelle contraction des allocations.

Appliquer un plan qui diminuerait de 25 millions les allocations détruirait le tissu du propriétariat et de l’élevage et précipiterait les courses de galop vers leur disparition.

Au lieu de ponctionner nos "propriétaires-mécènes" qui perdent plus de 120 millions par an, attaquons-nous d’abord aux dépenses d’une maison qui doit changer de mode de vie malgré son glorieux passé.

Le coût du travail à France Galop est exorbitant : des sureffectifs évidents, une convention collective signée par des dirigeants qui ont espéré ainsi acheter la paix sociale, creusent les pertes quotidiennement.

Vous nous dites vouloir prendre le temps. Messieurs, nous n’avons plus le temps ! Le temps joue contre nous. Le plan de regroupement de certains services entre Longchamp-Auteuil-Saint-Cloud, voté il y a plus d’un an, n’est toujours pas effectif et n’a pas généré un centime d’économie. Le temps nous est compté.

Propriétaires et éleveurs ne pourront plus supporter ces erreurs et cette lenteur. Face au risque de disparaître, nous ne pouvons admettre ni la forme ni le fond de votre plan de diminution des encouragements.

La forme, en effet, le secret (bien mal gardé) scellé entre les membres du Conseil d’administration lors du vote de ce plan qui nous concerne tous, n’est absolument pas une façon de mobiliser autour de vous les bonnes volontés. De plus, vous prenez en otage certains membres représentants d’association qui doivent la transparence à leurs adhérents.

Sur le fond, nous ne pouvons accepter quelques baisses, qu’elles soient des nominaux, primes propriétaires ou primes éleveurs, ceci aurait pour effet de faire disparaître une population importante de chevaux. Nous ne pouvons accepter pour certaines courses l’augmentation des nominaux en réduisant les primes propriétaires, cela ne fera qu’augmenter le total à distribuer et ne ferait qu’avantager les chevaux étrangers qui viendraient à courir, vous conviendrez que pour un plan d’économie et de sauvegarde de la filière, nous touchons l’absurde. Nous sommes, afin de préserver le nombre de partants, hostiles à tout changement des indemnités de transport.

Certes, le bateau est lourd à manœuvrer. Il faudra beaucoup d’efforts, d’imagination et de courage dans cette entreprise, laissez-nous croire que vous prenez la bonne direction et nous serons à vos côtés pour vous aider à faire vivre notre passion commune. »