Une histoire deauvillaise à dix millions…

Courses / 21.07.2017

Une histoire deauvillaise à dix millions…

Une histoire deauvillaise à dix millions…

Par Franco Raimondi

« Et on adjuge ! » Quand le marteau de maître Guy Le Houelleur, commissaire-priseur, est tombé sur une enchère de 10 millions de francs pour le lot numéro 7 des ventes de Deauville, édition 1998, une alezane par Lammtarra (Nijinsky) et Urban Sea (Miswaki), mon ami Jean-Paul Bertrand est parti prendre la photo de la pouliche et, autour du rond, tout le monde a commencé à se demander si la pouliche valait ce prix. Dix millions de francs en 1998 équivalent à 1.950.000 € de nos jours. Pour remettre les choses dans le contexte, il faut aussi rappeler que le gagnant de l’Arc de Triomphe de cette année-là, Sagamix (Linamix), aurait empoché une allocation de 4 millions d’euros. L’allocation prise par les propriétaires de Found en octobre (2.857.000 €) équivaut à plus de 14,6 millions de francs. Philippe Augier, P.-D.G. de l’Agence française de vente du pur-sang, avait commenté à l’époque : « Le prix de dix millions n’est en fait qu’un record de circonstance. »

 

Une pièce unique. La pouliche à 10 millions de francs, présentée par le haras d’Etreham et élevée par David Tsui, était une pièce unique, une fille de deux gagnants de l’Arc de Triomphe et même son acheteur, le cheikh Maktoum Al Maktoum, rêvait de toucher un tel joyau. Lammtarra fut un champion (Derby, King George et Arc de Triomphe en étant invaincu), mais après une seule saison à Dalham Hall, il est parti pour le Japon à la suite d’une offre de trente millions de livres. Il s’est révélé un étalon médiocre, mais c’était impossible à deviner. Le cheikh Mohammed Al Maktoum l’a récupéré comme retraité de luxe et il est mort en 2014, à 22ans.

 

La sœur de Galileo et de Sea the Stars, avant... Le cheikh Maktoum Al Maktoum ne pouvait pas savoir qu’il avait acheté une demi-sœur de Galileo (Sadler’s Wells) et de Sea the Stars (Cape Cross), plus jeunes d’un an et de neuf ans que notre pouliche à 10 millions de francs. Elle était le deuxième produit d’Urban Sea. Le premier, Urban Ocean (Bering), a gagné un Gr3 sous la férule d’un jeune entraîneur, un certain Aidan O’Brien. Urban Sea a donné deux autres gagnants de Gr1 pour un total de six lauréats de Groupe. Une championne de rêve et une poulinière de légende.

 

Une carrière courte et spéciale. La pouliche à 10 millions de francs, sous l’identité Melikah et pour la casaque Godolphin, a eu une carrière assez spéciale. Elle a gagné lors de ses débuts dans les Pretty Polly Stakes. Était-elle une pouliche pour les Oaks ? Une semaine avant le rendez-vous d’Epsom, elle a perdu son jockey, Lanfranco Dettori, victime d’un accident d’avion et remplacé par l’Américain Chris McCarron. Melikah a pris la troisième place à deux grandes longueurs de la lauréate, Love Divine (Diesis), et cinq semaines après, elle a fini deuxième des Irish Oaks de Petrushka (Unfuwain). L’alezane ne fut revue qu’une fois, cinquième d’un Prix Vermeille (Gr1) d’exception, celui de Volvoreta (Suave Dancer).

 

Et voici Moonlight Magic. Quatre courses, un rating Timeform de 116, Melikah est le meilleur produit de Lammtarra, une pouliche de Gr1 qui n’a pas réussi gagner un Groupe… Elle est devenue poulinière pour Darley et jeudi soir, à Leopardstown, son fils, Moonlight Magic (Cape Cross), entraîné par Jim Bolger, a remporté les Meld Stakes (Gr2), son deuxième Groupe, en devançant à la lutte Deauville (Galileo). D’après le Racing post rating, le 4ans est une livre meilleur que Masterstroke (Monsun), qui était devenu le premier lauréat de Groupe de Melikah en 2012, quand il avait gagné à 3ans le Grand Prix de Deauville Lucien Barrière (Gr2) avant de terminer troisième de l’Arc de Triomphe. Il officie à 3.000 € au Haras du Logis, sous le drapeau Darley, et il a ses premiers 2ans en piste.

 

Douze produits, trois femelles. Melikah a donné huit gagnants, mais a un défaut : sur douze produits, elle n’a donné que trois femelles. La première, Villarrica (Selkirk), a remporté deux courses avant de donner Vancouverite (Dansili), lauréat du Prix Guillaume d’Ornano (Gr2), placé de Gr1 à Dubaï et également gagnant sur les claies. Villarrica est aussi la mère de Khawlah (Cape Cross), qui avait battu les mâles dans l’UAE Derby (Gr2) et qui est la mère de Masar (New Approach), un 2ans très prometteur et placé de black type pour Godolphin. La deuxième femelle issue de Melikah est Hidden Gold (Shamardal), lauréate de Listed, qui a donné en mars son premier produit, un mâle par Dubawi.

 

Dix millions bien investis ou dilapidés ? La troisième pouliche est la 2ans Late Morning (Dubawi). Elle est suivie par un yearling mâle de Dansili. Dix-neuf ans sont passés depuis ce jour du mois d’août à Deauville, quand on s’interrogeait sur les 10 millions de francs bien investis pour certains, dilapidés pour d’autres. Et dix numéros après la pouliche, il fut adjugé pour 2.300.000 F un mâle par Kingmambo de la même souche, également présenté par le haras d’Etreham. Son nom ? King’s Best, gagnant des 2.000 Guinées et étalon…