LE MAGAZINE - NORMANDIE, TERRE D’EXCELLENCE DU CHEVAL - Le plan d’Hervé Morin pour que la région fasse référence à l’international

Courses - Élevage / 10.07.2017

LE MAGAZINE - NORMANDIE, TERRE D’EXCELLENCE DU CHEVAL - Le plan d’Hervé Morin pour que la région fasse référence à l’international

 

La région Normandie s’est fixé un objectif : s’affirmer comme la terre d’excellence du cheval. Un manifeste vient d’être publié dans ce sens. Hervé Morin, qui préside la Région, nous a détaillé son plan pour atteindre cet objectif.

Jour de Galop. – Quelle a été la genèse de ce grand projet ?

Hervé Morin. – Notre but est d’atteindre l’excellence, grâce à nos points forts qui doivent être autant de locomotives du développement de la filière normande. La filière cheval normande est historiquement solide. La Région la soutient depuis des années. Elle représente un milliard trois cent millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, 18.000 emplois et 6.500 entreprises. Chaque année, en France, un cheval sur deux voit le jour en Normandie. La région compte 45.000 licenciés dans les sports équestres et 37 centres de formation aux métiers du cheval. J’ajoute que la filière produit souvent des emplois dans des territoires où il est difficile d’en créer. La filière cheval contribue nettement à la balance commerciale de la Normandie.

Vous utilisez l’expression "balance commerciale"… Il y a donc une dimension internationale ?

Nous avons d’ores et déjà un pôle d’excellence. Mais nous devons devenir les meilleurs au monde et ainsi nous imposer comme un point de référence pour l’ensemble de la filière cheval. On a l’habitude de dire que la qualité de l’herbe normande est reconnue partout. Mais aujourd’hui, ce n’est pas suffisant. Quand on étudie l’histoire de la filière régionale, au-delà de ses avantages géographiques, géologiques et météorologique, certains actes politiques ont été déterminants. En effet, lors des trente dernières années, des décisions, qui pouvaient paraître folles, se sont finalement avérées stratégiques.

C’est le cas du développement de Labeo. Il constitue le pôle d’analyse de référence en Europe. Sa présence est liée à une volonté du Département et de la Région. Le pôle hippique de Saint-Lô, dans les sports équestres, et le Cirale, à Dozulé, sont d’autres bons exemples. La présence de Labeo et du Cirale ont été le point de cristallisation de notre projet. Petit à petit, l’idée suivante fait son chemin : pour lancer un projet lié au cheval, il faut le faire en Normandie, comme ces deux entités.

Pouvez-vous nous citer les actions entreprises dans ce cadre ?

Je citerai, en premier lieu, l’arrivée de l’École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort à Goustranville, à proximité de l’Institut équin du Cirale. L’école forme 150 vétérinaires chaque année. Son implantation représente un investissement minimum de 10 millions d’euros. Nous travaillons avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire nationale (Anses) pour voir quelles activités pourraient à leur tour venir en Normandie. Les équipes de recherche de Maisons-Alfort vont tisser des liens avec la filière équine locale et travailler au cœur de la région.

Nous souhaitons également développer un incubateur de start-ups. Il ne faut pas oublier que le cheval occupe aujourd’hui l’univers du digital. En résumé, à terme, entre Dozulé et Caen, un écosystème va voir le jour, fondé sur notre ambition d’accueillir tout ce qui peut se faire de mieux et plus innovant en matière de cheval. En plus de ce qu’il faut bien appeler un campus, une structure dédiée à la recherche et aux applications cliniques sera aménagée. Cela amène d’ores et déjà des hommes et des femmes à envisager leur déménagement en Normandie, ou à s’investir dans des projets dans la Région. C’est le cas de Nicolas Blondeau. Il va prendre part à une académie de dressage, à Dozulé. C’est un pôle absolument majeur. Grâce à nos capacités et nos investissements, nous nous devons d'être des créateurs de valeurs.

Que devient le haras du Pin ?

Nous souhaitons toujours prendre en compte les spécificités du haras du Pin et bâtir un projet autour de ce lieu emblématique. Les premières démarches ont été faites avec Christophe de Balorre, le nouveau président du Département de l’Orne et président du haras. Nous attendons de la S.E.C.F. (LeTrot) qu’ils continuent à investir dans l’académie du cheval, notamment pour y développer des formations complémentaires. Je souhaite qu’une stratégie d’envergure soit mise en place. Je me suis rendu récemment à l’Irish National Stud qui constitue un exemple à suivre en termes d’enseignement. Nous devons à notre tour bâtir une formation qui fasse référence, avec le même niveau d’excellence. Je souhaite par exemple créer un master autour de l’économie du cheval, en partenariat avec l’école de management de Normandie. Les acteurs de la filière ont besoin de cadres. Il leur faut des employés et des managers qui connaissent la filière tout en ayant des compétences en termes d’économie.

Comment comptez-vous soutenir l’ensemble de la filière, de l’amont à l’aval ?

En amont, nous allons commencer à soutenir les investissements structurant. Nous avons prévu soixante dossiers par an, dont l’objectif sera de financer des équipements utiles au bon fonctionnement des haras. Puisque nous avons créé un campus équin à Dozulé, nous allons nous lancer dans le private equity, c’est-à-dire rentrer dans le capital d’entreprises à hauteur de 100.000 €, et ainsi prendre part à leur développement. Avec un incubateur de sociétés, la Région permet à une quinzaine d’entreprises par an, sélectionnées, de bénéficier d’un accompagnement. Nous avons aussi des dispositifs simples pour favoriser l’investissement et l’innovation : des prêts, des avances remboursables avec différés ou des chèques conseils stratégiques, pour ceux qui veulent prendre le temps de définir leur stratégie.

Concernant les exportations, un dispositif spécial sera mis en place, afin de permettre aux sociétés d’avoir un délai de réponse de quinze jours maximum suite à une demande.

En aval, nous allons aider la filière à se structurer sur la vente pour les segments autres que les courses. Dans les sports équestres par exemple, nous avons décidé de lancer un concours international cinq étoiles dès 2018, à Deauville, avec Philippe Augier, le maire de la ville. L’idée est d’arriver à concentrer sur la Normandie l’essentiel de ce qui peut se faire en matière de cheval. Le but final est d’imposer trois endroits dans le monde quand on pense cheval : Newmarket, le Kentucky et la Normandie.

Comment avez-vous travaillé pour construire ce projet ?

Nous avons réuni au cours des 9 derniers mois autour de Malika Cherrière, conseillère régionale déléguée, un groupe de travail qui s’est mis en place avec l’équipe du Conseil du cheval. L’idée est d’arrêter les saupoudrages et les petites tuyauteries qui ne changent rien et d’optimiser les ressources pour faire levier. Nous allons mobiliser six millions et demi d’euros par an, hors investissements immobiliers et projet de développement du Cirale et du haras du Pin.