À LA UNE - Martin Schwartz : orange mécanique !

Courses / 17.08.2017

À LA UNE - Martin Schwartz : orange mécanique !

Par Adrien Cugnasse

Il est propriétaire depuis quinze ans à peine… Il n’a jamais plus de dix chevaux à l’entraînement… Il a pourtant gagné quatorze Grs1 et vingt de ses chevaux ont fini dans les trois premiers à ce niveau… À Wall Street, Martin Schwartz avait gagné le surnom de « pittbull » ; aux courses, il mériterait celui d’orange mécanique. « Orange » comme ses couleurs (avec des pois bleus) et « mécanique » comme la régularité de ses succès au top.

Jour de Galop. – Avec Zonza et Vue Fantastique, vous disposez de deux premières chances dans les Darley Prix Morny et Shadwell Prix de la Nonette cette semaine à Deauville. Comment expliquez-vous une telle réussite avec vos achats en France ?

Martin S. Schwartz. – Pour les deux Groupes de cette fin de semaine, j’espère que c’est vraiment le cas ! Il n’est pas facile d’expliquer, simplement, pourquoi notre système fonctionne. Je peux tout de même dire que l’aide de Michel Zerolo, qui connaît parfaitement les courses françaises, est déterminante. Parfois, les pouliches que nous achetons confirment les espoirs placés en elles. Parfois, ce n’est pas le cas. Michel et moi analysons le profil des chevaux en utilisant chacun nos compétences. Il faut aussi de la chance dans cette activité et nous en avons eu. J’essaye de m’entourer des meilleurs. Comme vous le savez, dans les courses hippiques, tout peut arriver. C’est un travail de longue haleine mais il est plaisant car c’est une passion.

Des statistiques impressionnantes. Vingt chevaux ayant terminé parmi les trois premiers d’un Gr1 en une quinzaine d’années d’activité, cela représente plus d’un podium par an au niveau Gr1. Lors de ses seize premières années de propriétariat, Martin Schwartz a cumulé plus de 100 victoires et 14 millions de dollars de gains à travers le monde. Compte tenu du faible nombre de chevaux qui courent sous ses couleurs, ces chiffres sont tout à fait impressionnants. Sa méthode ? Il achète des pouliches en Europe qui sont déjà black types, dans l’objectif d’en faire des championnes sur le turf américain. En effet, dans ce pays où le dirt reste la référence, les Grs1 sur gazon sont d’un niveau plus accessible que sur le vieux continent. Martin Schwartz a dit un jour à un de nos confrères : « J’ai réussi car je sais ce que je suis capable de faire, mais aussi ce dont je ne suis pas capable. Quand je ne maîtrise pas totalement un domaine, je fais confiance aux gens qui ont consacré leur vie à cette activité. Cela ne veut pas dire que je ne vais pas les virer un jour ou l’autre, car j’ai viré beaucoup de monde dans ma vie. Mais lorsque je trouve une personne avec laquelle je travaille de manière constructive, je continue avec elle. Dans les courses, on peut perdre beaucoup d’argent par égoïsme. On peut avoir connu une grande réussite professionnelle et échouer avec les chevaux. Il faut avoir la volonté d’apprendre quelque chose de neuf, en prenant son temps et ayant une stratégie. »

Comment avez-vous découvert les courses hippiques ?

Pendant mon adolescence, j’ai commencé à aller aux courses. Au départ, ma passion fut le jeu. D’une manière générale, je suis un joueur. J’aime analyser et essayer de saisir des opportunités. Petit à petit, ma passion du sport hippique s’est développée. Mais je n’avais aucune expérience et aucun contact dans ce milieu. Les courses sont un challenge et cela me plaît.

Comment passe-t-on de parieur à propriétaire ?

J’ai 72 ans et comme le savez, ma carrière professionnelle a été très intense et j’y ai connu le succès. Cela m’a permis d’avoir les moyens de concrétiser un souhait né dans mon adolescence, à savoir acheter des chevaux de course. En français, pour expliquer cela, on dit : “le rêve” !

Les chiffres et les statistiques ont joué un grand rôle dans votre carrière en bourse. Certaines compétences que vous avez développées dans ce contexte vous sont-elles utiles dans l’univers hippique ?

Mon principe de fonctionnement est simple. J’achète des pouliches qui ont déjà gagné, en y mettant les moyens. En partant sur des sujets qui ont déjà montré de la qualité, on espère forcément qu’ils vont continuer à progresser. Il y a certains indicateurs chiffrés auxquels je suis attentif avant de prendre ma décision. En achetant des femelles, on assure son investissement. Quelle que soit la suite de leur carrière, elles gardent une certaine valeur résiduelle, dans une optique d’élevage, lorsqu’on les revend, aux enchères ou à l’amiable [Alterité, 1,1 M€ ; Angara, 3 MGns ; Asi Siempre, 3 M$ ; Stacelita, 3,5 M$ ; Zagora, 2,5 M$, etc., ndlr]. Avec les mâles, s’ils ne sont pas gagnants de Gr1, il est beaucoup plus difficile de retomber sur ses pieds.

Vous avez la réputation de vendre toutes les juments qui ont couru sous vos couleurs. Pourtant, en France, nous avons pu voir l’une de vos élèves, Academic, au niveau black type. Vous intéressez-vous à l’élevage ?

J’élève un peu, à une échelle réduite, car je vends presque toutes les juments qui sont passées sous mes couleurs à la fin de leur carrière de compétition. L’élevage, c’est une forme de diversification pour mon activité hippique. Je dois vous abandonner, il est 9 h 15 et dans 15 minutes, c’est l’ouverture de Wall Street. Il faut que reflechisse à ma stratégie du jour.

On l’appelait le pittbull… Martin Schwartz a fait fortune à la Bourse de New York. Adepte d’un trading très offensif (achat/revente rapide), il y a gagné le surnom de pittbull. No comment ! Son best-seller est d’ailleurs titré : « Pit Bull: Lessons from Wall Street's Champion Day Trader » (Pitbull : les leçons du meilleur day trader de Wall Street).

Michel Zerolo achète des chevaux pour Martin Schwartz depuis près de dix ans. Cela lui a valu un joli hommage du propriétaire dans la presse américaine : « J’ai rencontré Michel en 2008 et depuis cette date, j’ai connu une réussite extraordinaire. Il travaille à cheval entre la France et les États-Unis depuis trois décennies. Nos principaux succès sont apparus en France, car il connaît parfaitement les chevaux, les propriétaires et les entraîneurs français. »

Jour de Galop. – Imaginons que Zonza gagne le Morny. Quelle pourrait-être la suite de sa carrière, compte tenu du fait qu’elle a plusieurs copropriétaires ?

Michel Zerolo. – Il y a un contrat d’association chez France Galop et une sorte de charte que les copropriétaires ont signée. Dans ce document, nous avons précisé que Martin Schwartz aimerait courir le Prix Marcel Boussac et, si affinité, le Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Grs1). Je pense qu’elle a le niveau pour aller chercher les américaines dans cette course. Cavale Dorée (Sunday Break), qui n’était pas la meilleure française, s’est classée troisième après un mauvais départ. En sortant mieux des boîtes, elle aurait disputé la victoire. Même si Martin Schwartz préfère être maître à bord, c’est un bon associé. Il l’a prouvé à plusieurs reprises.

Lorsque vous avez fait acheter Vue Fantastique à votre client, quels étaient les critères qui ont motivé votre décision ?

Elle s’était classée quatrième du Prix Vanteaux (Gr3). Son contrat est archi-rempli car elle est déjà deuxième de Gr1 et lauréate de Gr3. En outre, c’est une pouliche bien née. Elle constitue donc un très bon prospect pour l’élevage. Dans le Vanteaux, elle avait été assez malheureuse, en montrant un bon changement de vitesse. Pour une pouliche maiden, c’était une performance intéressante. Cela m’avait plu. Et elle était dans un créneau de prix qui nous convenait.

Et concernant Zonza ?

Elle a un profil un peu particulier. Je sais que son père, Alex the Winner (Storm Cat), galopait. Je l’avais vu à l’entraînement chez Jean-Pierre Dubois. Mais il s’est accidenté avant de pouvoir courir. De plus, son propre frère était un très bon cheval de course aux États-Unis. Zonza avait très bien débuté avant d’être achetée en partie par Alain Jathière et Gérard Augustin-Normand. Après son Gr3, je me suis dit qu’elle n’avait pas encore tout montré. Il faut voir si elle peut aller au-délà de 1.200m, mais je pense qu’elle a le profil d’une pouliche pour la Poule d’Essai. Elle a beaucoup évolué physiquement. Elle a fleuri en cinq jours. Son entraîneur, Didier Guillemin, est un excellent professionnel. Son pourcentage de gagnants est impressionant. Il frôle les 30 %. Ses pensionnaires sont parfaitement mécanisés.

Quel est l’avenir de Cavale Dorée, Sea Calisi et Olorda ?

Cavale Dorée est revenue à l’entraînement il y a quelques semaines après avoir connu quelques soucis. Sea Calisi (Youmzain) et Olorda (Lord of England) ne sont plus à l’entraînement et elles vont passer en vente.

Stacelita fut une véritable championne. Martin Schwartz a fait le choix de la vendre au Japon où elle a produit une gagnante classique de très grande qualité. Est-ce un regret de ne pas avoir conservé une telle jument ?

Zagora (Green Tune) n’est pas très loin d’elle, mais Stacelita (Monsun) restera le cheval de sa vie. Nous avions acquis la moitié de Stacelita après le Saint-Alary et avant le Diane. Ses débuts au haras sont formidables. On peut difficilement faire mieux. Sa fille est envisagée pour l’Arc 2018. Il y a forcément un certain regret quand on voit ce résultat. Mais l’élevage n’est pas la piorité de Martin Schwartz et il a vendu toutes ses meilleures compétitrices. Zagora n’était plus sa propriété dès le lendemain de la Breeder’s Cup. La réussite de Stacelita est donc une bonne publicité pour les personnes qui cherchent des poulinières de premier plan. Ils savent que mon client vend même les meilleures.

Certains choix ont pu surprendre, comme dans le cas de Sea Calisi, dont les meilleures performances avaient été réalisées sur des pistes assouplies en Europe…

Les bons chevaux vont dans tous les terrains. Concernant Sea Calisi (Youmzain), il est vrai que pendant sa période européenne, elle avait décroché son meilleur rating en terrain souple dans le Prix Vermeille (Gr1). Mais le style de ses victoires, sa capacité à accélérer et sa fin de course dans le Prix de Royaumont (Gr3) indiquaient qu’elle pouvait bien faire aux États-Unis. C’est effectivement ce qu’il s’est passé. Outre-Atlantique, elle a gagné trois Groupes dont les Beverly D Stakes (Gr1) – une épreuve dans laquelle Martin Schwartz détient le record de nombre de victoires, avec quatre succès (2005, 2006, 2011, 2016). Il y a un cahier des charges. Pour chaque achat, j’ai des comptes à rendre. J’essaye de faire un arbitrage entre le coup de cœur, le pedigree, les performances et la valorisation possible. Martin Schwartz n’est pas intéressé par une gagnante de maiden mais il peut acheter des pouliches qui ne sont pas encore black types. L’étude des ratings est très importante pour lui. Bien qu’Américain, c’est quelqu’un de profondément attiré par les courses sur gazon. Or les Européens sont supérieurs aux Américains sur cette surface, à de rares exceptions près. Un certain nombre de personnalités de la filière hippique américaine militent en faveur du turf et notamment d’une amplification du programme sur gazon. On sent un engouement dans cette direction. Le fait que le dirt ne soit pas un sport international fait partie des élements qui motivent leur action.

À présent, votre client laisse ses pouliches plus longtemps à l’entraînement en Europe. Pour quelles raisons ?

Il y a plusieurs raisons à cela. D’une part, l’entraînement européen permet de faire durer les chevaux plus longtemps. D’autre part, il faut leur faire traverser l’Atlantique au bon moment, c’est-à-dire au deuxième semestre. Avant cela, les possibilités sur le gazon sont peu nombreuses pour les pouliches. Il est donc préférable de courir en Europe en attendant cette période.

Les chevaux à l’entraînement que vous avez achetés en France pour Martin Schwartz connaissent une réussite assez exceptionnelle outre-Atlantique, alors que les courses s’y déroulent de manière tout à fait différente. Comment expliquer cela ?

Il faut cibler les profils qui semblent pouvoir s’adapter là bas. Pour être performant aux États-Unis, un cheval doit posséder un bon changement de vitesse. L’entraînement français a tendance à travailler en progression, ce qui aide à préserver le capital des jeunes chevaux qui ont donc souvent encore une marge de progression à l’âge de 3ans. C’est l’une des raisons qui permet d’expliquer la réussite des pouliches que nous achetons en France. En outre, sur le marché français, les chevaux à l’entraînement sont souvent moins chers qu’en Irlande ou en Angleterre, à potentiel égal. Il faut également saluer le travail de Chad Brown, qui entraîne la majorité des pensionnaires de Martin Schwartz outre-Atlantique. Il sait leur donner le temps nécessaire pour s’adapter aux courses américaines et c’est actuellement le meilleur entraîneur de chevaux de turf en Amérique.

Quel a été le point de départ de votre collaboration avec Martin Schwartz ?

Comme souvent, la rencontre s’est faite par un intermédiaire. Il avait déjà eu plusieurs bons chevaux, dont Bowman's Band (2e du Metropolitan Handicap , Gr1) et Asi Siempre (Sprinter Stakes, Gr1). Il cherchait un nouveau courtier et avait déjà deux chevaux à l’entraînement en Europe. On lui a conseillé de faire appel à mes services. C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble. Le premier cheval que je lui ai fait acheter était Satan's Circus (2e American Oaks Invitational Stakes, Gr1). Il a ensuite investi dans des yearlings chez Arqana puis dans Elusive Wave (Elusive City) lors de la vente de l’Arc. Peu après, elle s’est classée deuxième du Prix Marcel Boussac, et l’année suivante, elle a remporté la Poule d'Essai des Pouliches (Grs1). Martin Schwartz a clairement identifié deux choses : c’est sur un ring de vente qu’il peut obtenir le meilleur prix de revente pour les juments qui ont couru sous ses couleurs et les pouliches françaises s’adaptent particulièrement bien au système qu’il a mis en place. Avec le temps, il a développé un véritable intérêt pour le galop européen. Il a longtemps concentré ses investissements sur les chevaux à l’entraînement, mais il est récemment revenu sur le marché des yearlings. Même si la plupart de ses anciennes représentantes passent en vente après leur carrière sportive, il a aussi développé une petite activité d’élevage. Ses quatre juments sont stationnées au haras des Capucine

LES MEILLEURES POULICHES DE MARTIN SCHWARTZ ACTUELLEMENT À L’ENTRAÎNEMENT

Cheval Sexe Entraîneur aux USA (*) Meilleure performance USA Année Meilleure performance europ. Entraîneur europ.

Cavale Dorée F C. Ferland 3e Breeders’Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1) 2016 Prix du Calvados (Gr3) C. Ferland

Onthemoonagain F - - 2017 3e Prix de Psyché (Gr3) J.-C. Rouget

Vue Fantastique F - - 2017 2e Prix Saint-Alary (Gr1) F. Chappet

Wekeela F C. Brown 2e Gamely Stakes (Gr1) 2016 2e Prix Saint-Alary (Gr1) J.-C. Rouget

Zonza F - - - Prix du Bois (Gr3) D. Guillemin

LES MEILLEURS REPRÉSENTANTS DE LA CASAQUE SCHWARTZ

Cheval Sexe Entraîneur USA (*) Meilleure performance USA Année Meilleure performance europ. Entraîneur europ.

Alterité F C. Brown Garden City Stakes (Gr1) 2013 2e Prix Saint-Alary (Gr1) J.-C. Rouget

Angara F P. Biancone Beverly D Stakes (Gr1) 2005 Prix de la Coharde (B) E. Lellouche

Asi Siempre F P Biancone Juddmonte Spinster Stakes (Gr1) 2006 Prix Madame Jean Couturié (L) C. Laffon-Parias

Bowman's Band M M. Matz 2e Metropolitan Handicap (Gr1) 2003 - -

Elusive Wave F - - - Poule d'Essai des Pouliches (Gr1) J.-C. Rouget

Gorella F P. Biancone Beverly D Stakes (Gr1) 2e Prix du Moulin de Longchamp (Gr1) J. de Roüalle

Lady of Venice F K. McLaughlin Just a Game Stakes (Gr1) Prix de la Cité (B) C. Laffon-Parias

Lakalas F - - 2016 3e Prix de la Nonette (Gr2) J.-C. Rouget

Maids Causeway F - - - Coronation Stakes (Gr1) B. Hills

Noble Tune M C. Brown 2e Breeders' Cup Juvenile Turf (Gr1) 2012 - -

Olorda F C. Brown Bewitch Stakes (Gr3) 2016 3e Prix Saint-Alary (Gr1) M. Figge

Samitar F C. Brown Garden City Stakes (Gr1) 2012 Irish 1.000 Guinées (Gr1) M. Channon

Satan's Circus F J.C. Rouget 2e American Oaks Invitational Stakes (Gr1) 2008 Prix Caravelle (L) J.C. Rouget

Sea Calisi F F. Doumen Beverly D. Stakes (Gr1) 2016 3e Yorkshire Oaks (Gr1) F. Doumen

Silver Cup F P. Biancone Triple lauréate de Gr2 2005 Premio Regina Elena (Gr2) A. & G. Botti

Stacelita F C. Brown Beverly D. Stakes (Gr1) 2011 Prix de Diane (Gr1) J.-C. Rouget

Waterway Run F C. Brown Beaugay Stakes (Gr3) 2013 Oh So Sharp Stakes Gr3) R. Beckett

Xcellence F C. Brown 2e Sand's Point Stakes (Gr2) 2013 3e Poule d'Essai et Prix de Diane (Grs1) F. Doumen

Zagora F C. Brown Breeders' Cup Filly & Mare Turf (Gr1) 2012 Prix de Psyché (Gr3) J.-C. Rouget

(*) Entraîneur lors de la meilleure performance américaine