Christian Baillet tire sa révérence le jour de son anniversaire par une victoire

Courses / 17.08.2017

Christian Baillet tire sa révérence le jour de son anniversaire par une victoire

Par Christopher Galmiche

Il est 12 h 45 sur l’hippodrome de Deauville. L’émotion est forte dans les balances après l’arrivée du Prix du Couesnon - Catégorie Leadership (G), la première épreuve du programme de ce jeudi. L’entraîneur testerin Christian Baillet a remporté la victoire avec le dernier partant de sa carrière grâce à un joli finish de son pensionnaire Inseo (King’s Best) (dont le frère passe en vente lundi chez Arqana, avec le numéro 177) et Laura Grosso. Le tout le jour de son anniversaire… Un beau clin d’œil du destin. Quelques minutes après sa dernière victoire, il nous a accordé un peu de son temps pour revenir sur sa décision d’arrêter, mais aussi pour nous parler de sa carrière, de ses joies et de ses peines. « En début d’année, quand mon programme est arrivé, j’ai vu qu’il y avait cette course ce jour-là ; finir sur cette victoire, c’est ce que nous espérions. Le rêve est réalisé, c’est parfait ! »

 

Une décision mûrement réfléchie. Après une longue carrière dans les courses comme apprenti, d’abord à Maisons-Laffitte puis dans le Sud-Ouest, Christian Baillet est devenu jockey. Il a décroché 70 victoires en selle. Son palmarès d’entraîneur compte 400 succès et il aurait pu poursuivre l’aventure, mais la décision d’arrêter était prise depuis longtemps. « Il y a quatre ans, je m’étais dit que je partirais à 60 ans. Entraîneur est un métier très prenant. J’étais assez exigeant puisque j’étais à l’écurie à 5 hures tous les matins. Les clients pouvaient m’appeler n’importe quand. J’ai beaucoup donné, mais maintenant nous avons des horaires de courses beaucoup trop compliqués. Nous n’avons quasiment plus de vie. Je suis dans les courses depuis quarante-cinq ans et je considère que j’ai donné ce que j’avais à donner. À présent, je vais essayer de faire tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire. C’est-à-dire d’aller à la pêche, aux cèpes, en vacances… Je suis parti à l’étranger, mais quand vous partez pour les courses, avec cinquante chevaux à la maison, il y a toujours le téléphone qui sonne. Nous allons essayer de vraiment profiter. Beaucoup de gens pourraient penser que ma décision est une crise de folie, mais non ! Elle était prise depuis quatre ans. J’ai dispatché mes poulinières progressivement. Quelques produits que j’ai élevés sont encore dans le circuit de la compétition. J’en ai un qui va courir à Vichy la semaine prochaine. Je suivrai les courses à la télévision car les chevaux, c’est ma vie ! »

De grandes satisfactions. Christian Baillet a notamment entraîné Myasun (Panis), vainqueur du Prix de Seine-et-Oise (Gr3), Désert Blanc (Desert Style), gagnant du Prix du Pin (Gr3), Maiguri (Panis), troisième du Critérium International (Gr1), Suédois (Le Havre), lauréat du Prix de Meautry (Gr3), ou encore Noce (Le Havre), vainqueur du Prix des Rêves d’Or (L). Sans oublier bien sûr la championne arabe Al Mouhannad (Nizam), triple gagnante de Gr1 à Newbury. « Je ne détacherai pas de courses ou de chevaux en particulier. Vous savez, quand vous avez des coups durs, un mauvais cheval vous apporte des victoires qui sont belles. Toutefois, je garde évidemment une place particulière pour mes chevaux de Groupe. J’ai gagné en Angleterre avec un pur-sang arabe [Al Mouhannad, ndlr]. Je me suis retrouvé dans les tribunes là-bas, c’était extraordinaire ! J’ai eu de très grandes satisfactions. Lorsque vous venez à Deauville et que vous gagnez des Groupes, c’est fabuleux. Ça reste gravé dans la mémoire et, professionnellement, gagner à Deauville, c’est très important. Nous avons commencé avec deux sujets et l’augmentation du nombre de chevaux à l’entraînement s’est faite progressivement, à force de travail. Dernièrement, nous en avions cinquante et nous en avons réduit le nombre peu à peu. J’ai travaillé avec des gens fantastiques qui ont l’amour du cheval. Ils font tout pour que leur cheval soit heureux. »

L’étiquette des 2ans et de la vitesse. Reconnu comme entraîneur de sprinters et de 2ans, le professionnel girondin nous a expliqué : « J’ai été apprenti, jockey, puis entraîneur. J’ai commencé chez monsieur Soubagné et j’y suis resté jusqu’à mon service militaire, puis je suis parti à Dax chez Michel Laborde. Ces deux très grands professionnels m’ont tout appris. L’un comme l’autre faisaient beaucoup de chevaux de vitesse et de 2ans, d'où cette étiquette d’entraîneur de 2ans qui m'a été collée. J’ai travaillé avec des propriétaires qui avaient des étalons et il fallait les sortir pour le commerce. Je suis arrivé à La Teste dans les années 1980. L’entraînement devient de plus en plus contraignant, on ne sait pas où l’on va avec les courses… »