Un Grand Prix de Deauville en petit comité

Courses / 26.08.2017

Un Grand Prix de Deauville en petit comité

Un Grand Prix de Deauville en petit comité

Le Grand Prix de Deauville Lucien Barrière, dans sa formule actuelle, peine à faire recette et à attirer des partants. Pourtant, cette épreuve est une véritable rampe de lancement pour des épreuves de prestige, en France comme à l’étranger. Cette année, l’allemand Savoir Vivre (Adlerflug) va tenter de conserver son titre, une performance rarement réussie dans l’histoire de l’épreuve.

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

Cette année, pour la 28e édition de la course sur 2.500m, sept candidats seront au départ du Grand Prix de Deauville Lucien Barrière (Gr2). Ce chiffre ne va pas rehausser une moyenne déjà assez faible. Force est de constater qu’à deux exceptions près, le Grand Prix de Deauville ne fait plus recette depuis le raccourcissement de la distance. La course se déroulait sur 2.700m de 1973 à 1989. Durant cette période, le Grand Prix réunissait une moyenne de douze partants. Ces trois dernières années, la moyenne est tombée à 5,3. Depuis qu’il se dispute sur 2.500m, la moyenne est d’environ 7,5 partants. À l’heure d’une réflexion sur le réaménagement du programme des stayers, voilà des chiffres qui incitent à revenir à la distance initiale.

Où sont les femelles et les 3ans ? Il n’y aura ni femelle ni 3ans au départ. L’an dernier, la course a été remportée par Savoir Vivre (Adlerflug), un 3ans. En 2015, les deux femelles, Siljan’s Saga (Saga) et Cocktail Queen (Motivator) prenaient les deux premières places de l’épreuve. Il faut remonter à 2011 pour retrouver une édition sans jeune ni femelle, c’est-à-dire l’année de la victoire de Cirrus des Aigles (Even Top). Son entraîneur, Corine Barande-Barbe, est à nouveau présent cette année avec Garlingari (Linngari), quatrième l’an dernier.

En cent cinquante éditions, seulement cinq gagnants ont conservé leur titre. Le tenant du titre, Savoir Vivre sera de la partie après une rentrée en demi-teinte dans le Prix de Reux (Gr3). Depuis sa création, en 1866, cinq lauréats du Grand Prix de Deauville ont conservé leur titre : Tristan (Hermit), Le Sancy (Atlantic), Sailor (L’Amiral) pour le Mansonnien Georges Pelat, Lionel (Herbager) et Irish Wells (Poliglote), le dernier en date. Lionel et Irish Wells étaient âgés de 3ans lors de leurs premiers succès, comme Savoir Vivre. Ce dernier était l’an dernier le seul 3ans et le seul étranger du programme.

Les français dominent au palmarès. Depuis la fin de la Deuxième Guerre, douze lauréats arrivaient de l’étranger, dont neuf de 1987 à 2001. Au palmarès, on trouve un italien, Molvedo (Ribot), vainqueur ensuite du Prix de l’Arc de Triomphe. Dix venaient d’outre-Manche — dont cinq sous l’entraînement de Paul Cole. Un seul allemand a gagné cette épreuve, c’est le tenant du titre, Savoir Vivre (petit-fils de Monsun). Son propriétaire, le baron Georg von Ullmann, a gagné en 2008 avec Getaway (Monsun). Mais ce cheval était entraîné en France par André Fabre qui détient le record du nombre de succès avec neuf lauréats différents, le premier étant la pouliche Zalataia (Dictus). En 1987, deux britanniques étaient au départ. Les deux formeront le jumelé gagnant, tout comme l’année suivante, avec Ibn Bey (Mill Reef) et Sudden Glory (Kings Lake). En 1997, dans une édition à quatre partants, les trois premières places reviennent aux étrangers.

Quelle réussite pour la province et Maisons-Laffitte ? Six éditions ont été remportées par des candidats venus de province. Cette année, Alain Couétil représentera la région ouest (déjà trois fois à l’honneur) avec Tiberian (Tiberius Caesar). Le stayer Mille et Mille (Muhtathir), gagnant du Prix du Cadran 2015, défend le centre de Maisons-Laffitte et l’entraînement Lerner, père et fils. Depuis son succès au niveau Gr1, il gagné sa Listed sur 2.400m au printemps dernier. En cas de succès, il deviendrait le plus âgé des vainqueurs, depuis la création de l’épreuve. Sous la férule de Pierre Pelat, Perrault (Djakao) est le dernier vainqueur en provenance de Maisons-Laffitte. Cette performance fut suivie d’une 4e place dans le Prix de l’Arc de Triomphe, celui de Gold River (Riverman).

Le doublé Prix de Reux-Grand Prix de Deauville. Tiberian a enlevé la préparatoire deauvillaise, le Prix de Reux, en devançant d’une courte tête Doha Dream (Shamardal), qu’il retrouve ce dimanche. Le dernier doublé remonte à la première édition du Prix de Reux sous le label Gr3, avec le pensionnaire d’Henri-Alex Pantall, Très Blue (fils d’Anabaa Blue et petit-fils de Monsun). Avant lui, trois autres vainqueurs du Prix de Reux (Listed) avaient confirmé le dernier dimanche du meeting deauvillais : Ashmore (Luthier), Swain (suivi d’une 3e place dans le Prix de l’Arc de Triomphe) et Policy Maker (Sadler’s Wells).

Un pedigree d’exception. Le seul représentant anglais, Frontiersman (Dubawi), élevé par Lord Derby, est un représentant de Godolphin. La casaque bleue a déjà gagné avec Masterstroke (Monsun et une fille d’Urban Sea). Il est de naissance royale, puisqu’il est issu du croisement de deux champions, Dubawi (le rival au haras d’un certain Galileo) et Ouija Board (Cape Cross). Malgré ses origines, il n’a pas encore pu gagner son épreuve black type. En juin dernier, il a signé sa meilleure performance en se classant deuxième d’Highland Reel (Galileo) à Epsom dans la Coronation Cup, un Gr1 dans lequel sa mère avait pris la même place derrière le cantilien Shirocco (Monsun).

Une préparatoire pour l’Arc. En cette fin de meeting sur la côte normande, nos pensées volent déjà vers Chantilly. Deux vainqueurs du dernier dimanche d’août à Deauville ont ensuite gagné le Prix de l’Arc de Triomphe : Le Paillon (Fatsnet) en 1947 et Molvedo (Ribot) en 1961. D’autres vainqueurs à Deauville se sont ensuite distingués à Longchamp, le premier dimanche d’octobre, avec en particulier des deuxièmes places (Alizier et Cherry Mix), des troisièmes places (Fantastic, Lionel, Swain et Masterstroke) ou encore d’honorables quatrièmes places (Bahadur, Jock, Cordon Rouge, Basileus, Card King et Perrault).

Un fils de sprinter. Les couleurs de George Strawbridge ne figurent pas encore au palmarès. Cette année, elles seront représentées par son élève Travelling Man issu d’un père sprinter, Oasis Dream (July Cup, Nunthorpe St.). À ce jour, un seul autre sprinter, Last Tycoon (Nunthorpe Stakes, King’s Stand Stakes, mais aussi Breeders’Cup Mile), a donné un vainqueur du Grand Prix, avec Taipan en 1997.