LE TOUR DES HARAS - Benoît Jeffroy : « À dix ans, je voulais être pilote de rallye ! »

Institution / Ventes - Élevage / 16.08.2017

LE TOUR DES HARAS - Benoît Jeffroy : « À dix ans, je voulais être pilote de rallye ! »

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont visité les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé, placé sous le signe du dix, en hommage au dixième anniversaire de Jour de Galop. La parole est à Benoît Jeffroy, du haras de Castillon.

HARAS DE CASTILLON

14140 Castillon-en-Auge

Jour de Galop. – Quel est, selon vous, le plus grand champion de ces dix dernières années ?

Benoît Jeffroy. – Trève (Motivator) ! There’s no question ! J’ai été impliqué dans sa carrière, même si je n’étais pas au plus près de l’action. Le plaisir est encore plus fort quand on a le privilège d’être en backstage. Et j’ai vécu la naissance de son premier produit cette année, issu de Dubawi !

Quel cheval issu de votre haras ou de votre consignation vous a le plus marqué au cours de ces dix dernières années ?

Notre consignation est très jeune. Je pense quand même à Boy Royal (Myboycharlie), qui est devenu hier [lire vendredi 11 août] le premier gagnant élevé ici, au haras de Castillon. Il a l’air d’être estimé. Et si l’on parle plus largement de l’élevage familial, c’est Never on Sunday. Il nous a apporté notre premier Gr1 en 2009 ; c’était génial. Sa grand-mère, Texan Beauty, courait sous les couleurs de mon grand-père ; puis, avec mon père, ils avaient élevé Hexane, qu’ils ont courue et vendue à Jean-Louis Bouchard. Elle a été exportée aux États-Unis et cédée à Gary Tanaka. Mon père est allé la racheter à Keeneland pleine de Sunday Break. Le poulain qu’elle portait en ses flancs, c’était Never on Sunday… que j’ai pouliné en rentrant de Nouvelle-Zélande !

À quoi rêviez-vous quand vous aviez dix ans ?

Je voulais être pilote de rallye ! J’adorais la moto, la voiture ; je faisais le fou dans les champs avec la voiture de mon grand-père (rires). J’ai développé la passion des pedigrees plus tard.

Que faisiez-vous il y a dix ans, en 2007 ?

Je venais d’être diplômé du Darley Flying Start et je commençais à travailler aux nominations [vente de saillies, ndlr] de Darley. L'entité a créé mon poste, tourné vers la France, car le potentiel représenté par les juments françaises avait été identifié. Mais je ne vendais pas qu’aux Français, puisque j’étais aussi en contact avec des clients irlandais et anglais qui voulaient acheter des saillies au haras du Logis. Darley a vraiment accéléré sur les étalons à cette période précise, sur fond de concurrence avec Coolmore. C’était passionnant et très excitant.

Comment vous voyez-vous évoluer, vous-même et/ou votre structure, dans dix ans ?

Chez Al Shaqab, tout est à présent très bien structuré. Dans l’idéal, nous allons continuer notre travail d’hyper sélection pour avoir la meilleure jumenterie possible. Nous devons aussi continuer à développer la partie étalons en gardant un niveau élevé. À Castillon, je vais essayer de m’agrandir un peu. Peut-être aussi développer la consignation pour des clients ; et recruter pour développer une dimension plus commerciale. Je concluerai sans doute des partenariats autour de ce sujet.

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer une qualité, parmi les dix listées ici : à l’écoute, calme, courageux, droit, enthousiaste, humble, infatigable, intelligent, original, sage… À votre avis, laquelle a-t-il choisie ?

C’est très compliqué de s’analyser soi-même ! J’ai demandé à ma femme, Annabelle : elle me dit que je suis enthousiaste. Elle a raison. C’est même un problème parfois, parce que j’ai du mal à m’arrêter. Dès que quelque chose roule, que ça tourne, il faut que je lance un nouveau projet. J’aime démarrer des projets et les mener jusqu’à ce qu'ils atteignent leur vitesse de croisière. On vit pour mener des projets à leur terme, non ?

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer un défaut, parmi les dix listés ici : autoritaire, bavard, distrait, entêté, impatient, moqueur, possessif, rancunier, secret, stressé… À votre avis, lequel a-t-il choisi ?

Entêté ! Je suis Breton… Mais avec le temps, j’apprends à plus souvent tenir compte de l’avis des autres. Je suis plus prêt à changer des choses dans ma manière de faire.

Qui est votre modèle dans le monde des courses (vivant ou disparu) ?

Jean-Luc Lagardère. Adolescent, je voyais ses couleurs sur les hippodromes. Je trouve extraordinaire qu’il ait cru en son cheval [Linamix, ndlr], qu’il lui ait donné toutes ses meilleures juments, et qu’il ait produit un élevage de très haut niveau reconnu internationalement. C’est un homme qui a incroyablement réussi dans ses affaires personnelles, en partant de peu. Et je n’oublie pas non plus sa générosité, son sens de l’intérêt collectif à la tête de France Galop. Il a été un grand leader, qui a agi intelligemment. Il a fait énormément de bien.

Qui est votre modèle dans le monde tout court (vivant ou disparu, célèbre ou inconnu) ?

Daft Punk. D’abord, j’aime leur musique. Mais j’ai aussi une admiration pour eux car ce sont deux petits Français passionnés, qui ont fait danser le monde entier et qui ont fait le choix de ne pas vivre comme des stars, en masquant leur visage derrière des casques. Deux garçons qui sont restés humbles, malgré leur réussite mondiale. Un jour, à l’anniversaire d’un de mes amis, je les ai rencontrés à une soirée sans le savoir ! J’aurais bien voulu leur dire que j’aimais beaucoup leur musique, mais bon, tant pis…

Que vous apprend une victoire ? Et une défaite ?

Une victoire veut dire que l’on a eu raison… ce jour-là, et uniquement ce jour-là, car on peut être battu dès le lendemain ! Je crois être très bon perdant ; prendre du recul, quand les mauvaises nouvelles arrivent, c’est l’un des enseignements de l’élevage. La victoire n’apprend pas grand-chose ; mais c’est une émotion qui aide à vivre les défaites. D’un côté on savoure, de l’autre on apprend.

Le coup de cœur de Benoît Jeffroy

L’homme de Castillon a choisi le lot 225 de la vente d’août. Ce yearling est une fille de l’étalon français leader Le Havre et de Pacific Queen (Sunday Break). Sa grande sœur, par Planteur, a gagné cette année à 2ans. C’est une famille maternelle classique, celle de Style Vendôme et de Prestige Vendôme, bien pourvue en chevaux précoces, dont Dobby Road. Cette yearling n’est pas sans rappeler, au physique, une certaine Avenir Certain…

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot Sexe Père Mère

42 F. Sea the Stars Persefona

190 F. Iffraaj Lemon Crush

225 F. Le Havre Pacific Queen

273 F. Dawn Approach Toute Famille

323 F. Exceed and Excel Fusca

LES YEARLINGS DE LA v.2

Lot Sexe Père Mère

355 F. Rajsaman Lerina

366 F. Style Vendôme Marie Galante