LE TOUR DES HARAS -  José Delmotte : « Dans dix ans, j’espère arrêter mon métier de promoteur immobilier et me consacrer à plein temps à l’élevage »

Institution / Ventes - Élevage / 16.08.2017

LE TOUR DES HARAS - José Delmotte : « Dans dix ans, j’espère arrêter mon métier de promoteur immobilier et me consacrer à plein temps à l’élevage »

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont visité les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé, placé sous le signe du dix, en hommage au dixième anniversaire de Jour de Galop. La parole est à José Delmotte, du haras d’Haspel.

HARAS D’HASPEL

Le Pont-Œuvre, 61550 Touquettes

Jour de Galop. – Qui est, selon vous, le plus grand champion des dix dernières années ?

José Delmotte. – Je ne vais pas être original, mais, pour moi, c’est Frankel (Galileo). À chaque victoire, il a été impressionnant de facilité. De plus, je suis admiratif de l’élevage du prince Khalid Abdullah. On n’arrive jamais à la perfection, mais ils n’en sont pas loin.

 

Quel cheval issu de votre haras ou de votre consignation vous a le plus marqué au cours de ces dix dernières années ?

Je retiens The Stomp (Layman). Jean-Claude Rouget l’a acheté 8.000 € à Osarus, en 2011, yearling. Je l’avais nommé Version Officiel mais ce nom ne lui plaisait pas. Il l’a donc renommé The Stomp. Depuis, ce « petit » cheval a gagné en plat et trois Listeds sur les obstacles, deux à Enghien et une à Auteuil. Il a aussi remporté le Prix Romati (Gr3) à Compiègne. Il totalise plus de 510.000 € de gains. Son père, Layman (Sunday Silence), était tout sauf un sauteur et n’était pas destiné à produire des chevaux d’obstacle. J’adore ce type de cheval car cela permet aux éleveurs de croire que tout est possible.

À quoi rêviez-vous quand vous aviez dix ans ?

Issu d’une famille nombreuse et modeste du nord de la France, je rêvais de gagner de l’argent. Les fins de mois arrivaient très tôt. Coluche a d’ailleurs dit : « Quand j’étais petit, à la maison, le plus dur c’était la fin du mois… Surtout les trente derniers jours ! »

 

Que faisiez-vous il y a dix ans, en 2007 ?

Il y a dix ans, j’achetais le haras d’Haspel, avec et pour ma fille. Je faisais toujours le même métier qu’aujourd’hui, promoteur immobilier. J’espérais pouvoir me consacrer à plein temps à l’élevage et arrêter cet autre métier. Mais j’étais trop optimiste ! Je dois continuer mon travail car la création d’un haras en partant de rien est une démarche très longue et coûteuse. En tout cas, plus que ce que je ne l’avais imaginé.

Comment vous voyez-vous évoluer, vous-même et/ou votre structure, dans dix ans ?

Dans dix ans, j’espère arrêter mon métier de promoteur immobilier et me consacrer à plein temps à l’élevage, accompagné de ma fille et de mon gendre. Nous avons beaucoup investi dans les terres et les bâtiments. Nous possédons 250 hectares, qu’il faut finir d’aménager. Depuis trois à quatre années, nous avons commencé à acheter des poulinières de qualité qui nous permettront, dès l’année prochaine, de pouvoir prétendre aux ventes de sélection. Notre objectif, dans la décennie qui arrive, et j’espère auparavant, est de figurer dans les dix premiers vendeurs de yearlings dans les ventes de sélection. Et, surtout, avoir la même place dans le palmarès des éleveurs ayant fait naître le plus grand nombre de gagnants. La cerise sur le gâteau serait que nos élèves remportent de belles courses. En conclusion, dans dix ans, j’espère, moi, le petit éleveur, prétendre rivaliser avec les structures internationales. Avec toujours autant de modestie et mes petits moyens. Je souhaite pouvoir me comparer à eux, leurs moyens illimités et leurs poulinières qui vont aux meilleurs étalons. Dans la décennie qui arrive, moi, le poids plume, je battrai en finale du championnat du monde les poids lourds.

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer une qualité, parmi les dix listées ici : à l’écoute, calme, courageux, droit, enthousiaste, humble, infatigable, intelligent, original, sage… À votre avis, laquelle a-t-il choisie ?

Je les ai toutes (rires) ! Plus sérieusement, je pense avoir un peu de chaque qualité citée. Mais aussi, les défauts qui vont avec. Si je dois en détacher une ou deux, je dirais que les personnes qui me connaissent trouvent que je suis droit et infatigable.

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer un défaut, parmi les dix listés ici : autoritaire, bavard, distrait, entêté, impatient, moqueur, possessif, rancunier, secret, stressé… À votre avis, lequel a-t-il choisi ?

J’ai tous les défauts et besoin de personne pour le savoir ! Mais celui qui me correspond le plus est autoritaire. Je pense que c’est le défaut des dirigeants d’entreprises. Quand nous gérons un nombre important de collaborateurs, nous sommes toujours pressés par le temps. Nous ne pouvons pas « enrober » nos directives et nos formulations sont donc souvent décrites comme autoritaires. De plus, il semblerait que j’ai un air froid, distant et autoritaire.

Qui est votre modèle dans le monde des courses (vivant ou disparu) ?

Je ne citerais pas un nom, mais une entité. Coolmore. C’est l’apothéose de la réussite dans le monde des courses. Il suffit de regarder le développement de cette entreprise durant les vingt dernières années, au niveau international. Que ce soit sur l’étalonnage, la jumenterie et les résultats qu’ils obtiennent avec leur propre centre d’entraînement.

Qui est votre modèle dans le monde tout court (vivant ou disparu, célèbre ou inconnu) ?

Je ne suis pas du genre à admirer les gens, mais mon modèle, c'est mon père. Il représente tout ce que l’on peut imaginer.

Que vous apprend une victoire ? Et une défaite ?

Pour les victoires, j’essaye d’abord de les comprendre afin de les répéter. À chaque fois, elles me démontrent, s’il en est besoin, qu’il est vraiment difficile de gagner, et ce dans tous les domaines. Les défaites, quant à elles, sont salutaires. Elles me rendent d’abord humble, puis j’essaye de les comprendre pour ne pas les répéter.

Le coup de cœur de José Delmotte

L’homme d’Haspel a choisi le lot 364. Ce fils de Rio de la Plata est le frère de Myboy (American Post), titulaire de trois victoires. La troisième mère est Bint Pasha (Affirmed), lauréate des Yorkshire Oaks et du Prix Vermeille (Grs1). José Delmotte apprécie beaucoup ce poulain, de par son physique. Il possède de beaux points de force. Malgré sa grande taille, il est taillé comme un 2ans.

LES YEARLINGS DE LA v.2

Lot Sexe Père Mère

364 M. Rio de la Plata Mamitador

469 F. Iffraaj Desert Sunrise