Les étalonniers défendent les étalons français et leur apport à la filière

Institution / Ventes - Élevage / 30.10.2017

Les étalonniers défendent les étalons français et leur apport à la filière

Ce lundi, un groupe d’étalonniers s’était donné rendez-vous à proximité du siège de France Galop. À quelques minutes du Conseil d’administration, ils nous ont présenté le sens de leur démarche de ces derniers jours.

Pour le dialogue et contre le blocage. Julian Ince nous a expliqué : « Dimanche matin, plusieurs groupes, dont les éleveurs, les entraîneurs, les étalonniers et les propriétaires, ont été reçus par Édouard de Rothschild et Olivier Delloye. Les discussions ont été constructives. Le président et son directeur général ont pris le temps d’examiner toutes les idées que nous avions à exprimer, en sachant que le Conseil d’administration de ce lundi serait l’occasion de revoir plusieurs points. Concernant la question des "conçus" et des "non conçus", elle a fait l’objet d’un deuxième rendez-vous ce dimanche. La commission des étalonniers, c’est-à-dire Christiane Head-Maarek, Aliette Forien, Larissa Kneip, Alain Régnier et moi-même, a défendu les éleveurs et les étalons français. L’échange a duré 45 minutes environ. Édouard de Rothschild a encore une fois écouté l’ensemble des idées que nous avions à formuler. Nous étions satisfaits de la teneur et de l’ambiance de ces deux rencontres. Suite à ces temps d’échange, une partie des professionnels a décidé de bloquer les courses. Ce n’était pas prévu et ce n’est pas ce que nous voulions. Nous sommes en faveur du dialogue, pas du blocage. Les entraîneurs qui avaient assisté à la réunion du matin n’étaient pas forcément déçus ou ravis. Ils avaient simplement le sentiment d’avoir pu dialoguer. Ce sont d’autres professionnels, qui n’avaient pas assisté à la réunion, qui ont provoqué le blocage. Un tel rapport de force ne correspond pas à l’image que nous voulons donner des courses françaises, en présence d’importantes personnalités hippiques étrangères. C’est aussi un manque de respect vis-à-vis des spectateurs et des parieurs qui ont fait le déplacement et qui ont payé leur entrée. Comme les propriétaires, ils étaient venus voir une belle journée de course et non pas un tel spectacle. »

Une troisième rencontre ce lundi. Julian Ince et Pascal Noue ont ensuite précisé : « Ce lundi matin, un groupe d’étalonniers s’est rassemblé près du siège de France Galop. Nous avons invité les élus à venir à notre rencontre avant la réunion de l’après-midi. Le président de France Galop et celui de la Fédération des éleveurs se sont déplacés en compagnie de plusieurs membres du Conseil d’administration. Nous avons pris le temps de dialoguer à nouveau. Leur geste a été grandement apprécié. Dans notre filière, personne n’est uniquement étalonnier. Nous sommes aussi éleveurs, agriculteurs, employeurs, propriétaires… Dès lors, nous avons conscience des problématiques propres à chaque catégorie et cela guide notre action. »

Les étalons, un élément clé de l’attractivité française. Au sein de la réforme, un point cristallise les inquiétudes du monde de l’élevage. Julian Ince et Benoît Jeffroy ont détaillé : « Le fait d’aligner la prime des chevaux "non conçus", qui était à 10 %, sur celle des "conçus", qui est à 15 %, correspond à une dépense. Il faut trouver l’argent qui correspond à cette augmentation de 5 %. Cette réforme n’est pas la bienvenue au moment où l’on cherche à faire des économies. Pour les étalonniers français, ces 5 % de différence sont un argument commercial. Et face à la fiscalité allégée de l’Irlande, nous avons besoin de tous les arguments disponibles. Notre système offre beaucoup de liberté. Chaque éleveur peut aller à la saillie à l’étranger s’il le souhaite. Et son élève sera tout de même éligible à des primes. Le système actuel ne punit pas ceux qui font saillir hors de nos frontières. Il donne simplement un petit avantage à ceux qui font le choix de la France. C’est l’un des éléments qui permet d’expliquer l’amélioration du parc étalon français depuis cinq ou six ans. Il ne faut pas briser la spirale positive qui a poussé des investisseurs étrangers à installer des très bons étalons en France. Ils ont acheté des haras et créé des emplois en se basant sur les données disponibles au moment de leur prise de décision. Leur arrivée et l’attractivité retrouvée du parc étalon français se traduisent par une amélioration notable de la jumenterie. En outre, autour des grands haras, il y a beaucoup de petites structures qui bénéficient des pensions de ces juments étrangères mais aussi des françaises qui restent désormais dans l’Hexagone. L’ensemble de l’écosystème en bénéficie. Y compris les entraîneurs, car les responsables des haras incitent les investisseurs étrangers à faire courir en France. Cette année, il y a beaucoup de jeunes étalons de qualité dans l’Hexagone. Des personnes ont donc investi et fait le choix de la France. Ces nouveaux venus vont avoir besoin de juments pour se lancer et si le nombre de poulinières qui traversent la Manche repart à la hausse, cela sera problématique. Ces jeunes reproducteurs représentent l’avenir des courses et de l’élevage français. D’une manière plus générale, la filière française a un équilibre et même si la réforme s’impose, il faut avoir conscience du fait que les petits et les gros acteurs sont interdépendants. »