Groupes 1 annulés : et maintenant ?

Courses - Institution / Ventes - International / 30.10.2017

Groupes 1 annulés : et maintenant ?

Par Anne-Louise Échevin

Trois Groupes étaient au programme de la réunion du dimanche 29 octobre à Saint-Cloud : les deux derniers Grs1 de la saison européenne, le Critérium de Saint-Cloud et le Critérium International, et un Gr3, le Prix Perth. Suite au blocage de la réunion, ils ont été annulés et France Galop a annoncé que, comme les autres épreuves de la réunion, ils ne seraient pas recourus. Le cas des Groupes est différent de celui des handicaps et courses à conditions au programme : ils entrent dans le cadre d’un programme européen, sous la direction de l’European Pattern Committee (E.P.C.), et leur annulation pure et simple en 2017 suscite de véritables interrogations.

Que va faire l’European Pattern Committee ? La première question est celle de la réaction de l’European Pattern Committee. Il est difficile de savoir si la France prend le risque de s’exposer à des sanctions de la part de l’E.P.C. suite à ce qu’il s’est passé dimanche. Les Grs1 sont jugés sur le rating et, si celui-ci n’est pas suffisant trois ans de suite, ils peuvent être rétrogradés. En 2017, le Critérium de Saint-Cloud et le Critérium International n’auront pas de ratings.

Des Grs1 annulés et non courus dans le passé, il y en a eu, lors de circonstances exceptionnelles. Reste à savoir si l’E.P.C. jugera comme circonstance exceptionnelle et justifiée le blocage de ce dimanche, dû à des différents politiques propres à la France et ayant pénalisé des Français, mais aussi des étrangers, venus pour rien. En décembre, à Hongkong, les handicapeurs du monde entier se réunissent lors du Comité du Pattern, afin de discuter des ratings internationaux. On peut s’attendre à ce que le cas des deux Critériums soit abordé. Et on peut s’attendre à ce que la France se retrouve bien isolée pour se défendre à ce moment-là.

Si France Galop change d’avis… Prenons une autre option : France Galop décide finalement de reprogrammer les deux Critériums. Sur les deux courses réunies, on trouvait quatorze partants, dont neuf étrangers parmi lesquels cinq pensionnaires d’Aidan O’Brien. Après la douche froide de ce dimanche, les Anglais et Irlandais auront-ils vraiment envie de refaire le déplacement qui, rappelons-le, n’est pas remboursé ? On peut franchement en douter et les Grs1 recourus sans une bonne partie de ces concurrents risqueraient de prendre une sacrée claque au rating, même si des éléments très prometteurs comme des Sacred Life ou des Luminate venaient à se promener. Si, derrière eux, le niveau ne suit pas, leurs ratings ne pourraient en aucun cas être vraiment élevés.

Les Grs1 ne sont pas qu’une affaire française. Sur les réseaux sociaux, nous avons pu lire des réactions très variées suite au blocage. Les pour, les contre, les mitigés… Et certains ont considéré que l’annulation des Grs1 n’étant finalement pas une mauvaise nouvelle, puisqu’ils auraient de toute façon été remportés par des étrangers venant prendre "notre" argent. Les différents entraîneurs et propriétaires français qui devaient avoir des partants apprécieront.

De même, dans le plan de réforme de France Galop, il est prévu d’utiliser l’argent économisé sur les primes propriétaires dans les Grs1 pour renforcer les épreuves de ce niveau faisant face à une concurrence européenne forte. Même type de réactions : pourquoi renforcer les allocations d’épreuves traditionnellement remportées par les Anglais et les Irlandais ? Ce n’est probablement pas se poser la bonne question. Les Grs1 sont une affaire internationale et il est logique d’y retrouver une concurrence internationale forte : c’est même un signe de bonne santé. Nous nous enthousiasmons régulièrement sur Royal Ascot par exemple, qui attire les chevaux du monde entier : c’est ce qui fait la force du meeting et son aura internationale de plus en plus forte. Le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe fascine le monde hippique parce qu’il attire les meilleurs français, anglais, irlandais, allemands, japonais… Le galop n’est pas le trot : il est international et vit de ses flux mondiaux. Les courses françaises ne peuvent en aucun cas se passer de leur rayonnement international, qui permet aussi aux plus petites catégories d’exister.

La France est peut-être le modèle hippique le plus complexe du monde : les "petits", les "gros", les handicaps qui font la recette, les courses de Groupe qui font la sélection… Dimanche, ces deux mondes se sont opposés : il est essentiel pour eux de trouver une unité et une voix commune car, sans les uns ou sans les autres, la France hippique ne s’expose qu’à une faillite inéluctable.