TRIBUNE LIBRE - « Les filles sont-elles meilleures dans les Groupes, les Listeds et les Quintés, pour ne pas avoir besoin de décharge dans ces épreuves ? »

Courses / 31.10.2017

TRIBUNE LIBRE - « Les filles sont-elles meilleures dans les Groupes, les Listeds et les Quintés, pour ne pas avoir besoin de décharge dans ces épreuves ? »

 

Par David Powell

« Je trouve le terme "femmes jockeys" un peu vulgaire. Je pense que "jockeys féminins" serait plus élégant. Ensuite, hormis l'aspect un peu injurieux évoqué au début par les Anglaises, on peut aussi relever un certain nombre d'incohérences dans le raisonnement. Il est paradoxal, à une époque où l'on va vers l’interdiction progressive de la cravache, d’invoquer le fait que les femmes ont "moins de force" pour soutenir un cheval à l'arrivée. On cherche en effet à expliquer au public que l'on encourage un animal dans l'effort et non pas qu’on le contraint par la force. À mon avis, quand les femmes sont douées à cheval, elles sont aussi efficaces que les hommes. Comme l'a expliqué l'une d’entres d'elles, plus que de "force" pour le pousser, les ressources dont dispose un cheval dans une arrivée résultent d'un bon parcours, bien dosé, où il a respiré et regonflé ses sangles, avant de prendre son équilibre pour placer correctement son effort. Nous avons des exemples, parmi les professionnelles ou les amateurs, où la décharge confine au ridicule. Dans certains cas, il s'agit un vrai "cadeau" pour reprendre une expression en vogue. D'ailleurs, pourquoi cette décharge s'applique-t-elle dans certaines courses et pas dans d'autres ? Les filles sont-elles meilleures dans les Groupes, les Listeds et les Quintés, pour ne pas en avoir besoin ? Ou reconnaît-on par là même que la décharge fausse le résultat d'une course, mais que l'on peut tolérer cela dans les épreuves de moindre importance ? Il y a un petit défaut dans la logique.

En tout cas, deux de nos meilleurs entraîneurs, qui ont assez de réussite pour ne pas être aigris, sont d'avis que la vérité de base "2 kilos = 2 longueurs" se confirme, que ce soit un garçon ou une fille en selle, et qu'effectivement on altère le classement. Le vrai souci que l'on perçoit, c'est le cumul avec la décharge apprenti, où l'on arrive à des situations assez originales. Ce cumul peut d'ailleurs effectivement transformer un maiden en handicap, si en plus il y a une décharge "inédit" et par ailleurs des surcharges pour les gains ! C'était d'ailleurs la première objection soulevée à l'époque par une des bonnes "jockettes" (écriture inclusive oblige...) anglaises. C’est "unfair" pour les jeunes apprentis masculins, qui ont déjà du mal à percer. À cet effet, j'ai toujours pensé que les pertes de décharge pour les apprentis intervenaient de manière un peu abrupte : beaucoup de jeunes ont du mal à franchir le cap en passant professionnels. Je pense que l'on pourrait à la fois simplifier le système, tout en échelonnant de manière plus progressive les diminutions de décharge, afin que le passage de novice complet à jockey se fasse davantage en douceur.

La situation actuelle pénalise presque plus les apprentis à succès, qui, perdant leur décharge trop vite, se retrouvent dans le grand bain avec une expérience insuffisante pour être compétitifs face aux professionnels dans la recherche de montes ...

À cet effet aussi, je serais assez en accord avec la tendance actuelle anglaise visant à restreindre la possibilité aux jockeys de monter dans plusieurs réunions le même jour. D'abord par respect pour leurs clients et les parieurs – la fatigue, cela compte –, mais aussi pour donner une chance aux jeunes... Certes, on règlemente toujours trop, et il y a des cas de réunions du matin suivies de réunions en semi-nocturne, où la logistique s'y prête, mais il y a peut-être matière à réfléchir. Pour revenir à la décharge accordée aux filles, avec un an de recul, je perçois effectivement un effet "déclenchant" chez les entraîneurs pas trop "machos" pour "penser à elles" plutôt qu'à un autre, mais qui ne semble pas durable.

Constatant les problèmes soulevés, serait-ce logique de reconnaître que cette année aura été utile pour provoquer une prise de conscience chez les entraîneurs, mais qu'elle aura été suffisante. Le but étant atteint, on pourrait dire "mission accomplie" et désormais laisser faire le libre arbitre de la compétition ? »