LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Gun Runner, vamos Argentina !

International - Élevage / 08.11.2017

LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Gun Runner, vamos Argentina !

Par Franco Raimondi

 

Les étalons européens ont été battus 12 à 1 lors de la Breeders’ Cup 2017 à Del Mar. Wuheida (Dubawi) a sauvé l’honneur des sires du vieux continent. Elle a offert à son père, Dubawi (Dubai Millennium), un premier succès dans ce meeting américain. L’édition 2007 fut la première sur deux jours. Depuis cette date, lors de chaque édition, au moins un gagnant était issu d’un père européen. L’exception remonte en 2014, à Santa Anita, où le seul lauréat entraîné en Europe était Karakontie (Bernstein). Ce cantilien, présenté par Jonathan Pease, était un fils de l’américain Bernstein (Storm Cat) et portait le label JPN. Il était en effet né au Japon, où sa mère Sun Is Up (Sunday Silence) attendait d’être saillie par Bago (Nashwan). Le succès de Wuheida est le 50e pour les chevaux conçus en Europe. L’histoire de la Breeders’ Cup est riche de 318 courses mais aussi de 319 gagnants, suite au célèbre dead heat entre High Chaparral (Sadler’s Wells) et Johar (Gone West) dans le "Turf" 2003. L’entraînement du vieux Continent peut se prévaloir de 60 victoires.

La réussite des ex-français. Les européens ont gagné 21 courses avec des produits d’étalons américains, dont deux en 2017, avec Talismanic (Medaglia d’Oro) et Mendelssohn (Scat Daddy). L’Amérique compte pour sa part sur 11 victoires avec des chevaux conçus en Europe. Ces succès, tous acquis sur le gazon, ont été décrochés par des sujets ayant débuté leur carrière en Europe. Parmi ces derniers, neuf sur onze ont réalisé leurs premiers pas en France, avant d’être vendus ou réorientés vers l’Amérique du Nord. C’est le cas de Steinlein (Habitat), Kotashaan (Darshaan), Intercontinental (Danehill) et Lahudood (Singspiel).

Le Turf, chasse gardée des enfants de l’Europe. Sans surprise c’est dans le Breeders’ Cup Turf que l’élevage européen s’en sort le mieux (18 victoires), suivi de près par le Mile et le Filly & Mare Turf (12 et 12). Nous ne comptons que deux succès sur le dirt, ceux d’Arcangues (Sagace) dans le Classic 1993 et de Sheikh Albadou (Green Desert) dans le Sprint 1991, lorsque le meeting n’avait que sept courses. Vale of York (Invincible Spirit) a remporté le Juvenile dans l’édition sur la P.S.F. à Santa Anita.

Plus difficile pour les Juveniles sur le gazon. On pouvait attendre plus des courses pour les 2ans sur le gazon. La réussite des chevaux conçus en Europe y est faible. Dans le Juvenile Turf, ils ont certes gagné sept des onze éditions. Mais seulement trois gagnants sont issus d’étalons européens : Outstrip (Exceed and Excel) en 2013, Wrote (High Chaparral) en 2011 et Donativum (Cadeaux Genereux) en 2008. Sur 10 éditions du Juvenile Fillies Turf, l’Europe ne compte que deux succès et Chriselliam (Iffraaj) est la seule conçue sur le Vieux Continent.

Une Medaglia d’Oro pour deux. Le étalons américains ont dominé l’édition 2017 de la Breeders’ Cup. Il ne s’agit pas d’une surprise. Medaglia d’Oro (El Prado) et More than Ready (Southern Halo) sont les deux sires ayant plus d’un gagnant. Le premier grâce aux succès de Talismanic et de Bar of Gold dans le Filly & Mare Sprint. Il peut désormais s’enorgueillir de 21 gagnants de Gr1. More than Ready a rajouté un laureat de Gr1 à son palmarès, avec la pouliche Rushing Fall qui s’est imposée dans le Juvenile Fillies Turf. Roy H (More than Ready) qui a remporté le Sprint, avait déjà décroché son Gr1 avant la Breeders’ Cup. Son père a lui aussi déjà donné 21 lauréats à ce niveau.

More than Ready, du Nord au Sud. Ces deux sires ne sont plus tout à fait des jeunes hommes, mais ils se portent très bien et ils ont encore une fois réalisé la double saison. Medaglia d’Oro n’a que deux générations en âge de courir en Australie et logiquement, ses gagnants de Gr1 sont presque tous américains, sauf Astern et le lauréat du Golden Slipper Vancouver. More than Ready a effectué des allers-retours depuis ses débuts au haras en 2001, au point qu’il a presque la même quantité de produits dans les deux hémisphères (1.279 Nord et 1.272 Sud). Mais, encore plus surprenant, sur 81 gagnants de Groupe, 40 sont conçus aux États-Unis et 41 en Australie, alors que ses lauréats de Gr1 sont 8 au Nord et 13 au Sud.

Candy Ride, 14 ans après. Le père de Gun Runner, lauréat de la Breeders’ Cup Classic, n’est autre que le crack Candy Ride (Ride the Rails). Ce dernier est né en Argentine et il est donc un A.O.C hémisphère Sud. Cet étalon n’a plus repris l’avion depuis son arrivée aux États-Unis. Il a quelques produits sud-américains, mais il s’agit du fruit des saillies effectuées à Lane’s End Farm. Candy Ride a fait ses débuts à 10.000 $. Grâce à Gun Runner, un des ses 30 gagnants de Groupe, son tarif est passé à 80.000 $. Candy Ride, gagnant de Gr1 sur le dirt et sur le gazon, avait connu son jour de gloire à Del Mar. Dans le Pacific Classic 2003, il avait ridiculisé Medaglia d’Oro. Il aurait sans doute gagné la Breeders’ Cup mais une blessure l’en a privé. Il a du attendre 14 ans pour être vengé par son fils. Les Argentins ont fait un feu d’artifice samedi à Del Mar. Candy Ride est né là-bas et More than Ready, fils d’un étalon du haras La Quebrada, Southern Halo, est un peu argentin. Gun Runner prendra sa retraite après la Pegasus World Cup et officiera chez Three Chimney Farm, qui appartient au Brésilien Gonzalo Torrealba. Vamos !