« MON CARNET DE VOYAGE EN AUSTRALIE » - TROISIÈME ÉPISODE - Jean-Étienne Dubois à la conquête de l’Australie

International / 19.04.2018

« MON CARNET DE VOYAGE EN AUSTRALIE » - TROISIÈME ÉPISODE - Jean-Étienne Dubois à la conquête de l’Australie

Les voyages forment la jeunesse : Charlotte Rimaud, l’une de nos plus jeunes recrues, est partie à la découverte de l’Australie. Pas ses plages ou ses déserts, non ! Ses courses, ses ventes de yearlings, ses haras démesurés… Dans ce troisième épisode, elle est partie à la rencontre de Jean-Étienne Dubois.

La fin de mon voyage approche à grands pas. Toutes les bonnes choses ont une fin ! Au planning de cette dernière journée : visite de Woodpark Stud où se trouve le fameux Aylmerton (Siyouni). Le premier produit de Siyouni (Pivotal) vu en Australie a fait grande impression en remportant les UNSW Todman Stakes (Gr2). Importé in-utero en Australie, il a été acquis à 50 % par Coolmore avant de prendre part au Longines Golden Slipper (Gr1). Jean-Étienne Dubois, son entraîneur, est à la tête de Woodpark Stud, où le poulain a été élevé. Après avoir connu les sommets au trot en France, il a fait le choix de l’Australie et du galop. Son haras Woodpark Stud accueille une vingtaine de juments sur 180 hectares. Entre paddock et piste d’entraînement en woodchip, nous distinguons une petite écurie où loge, entre autres, la star des lieux : Aylmerton. Juste à côté, une piscine naturelle où les chevaux passent entre 2 et 4 minutes par jour, tout dépend de leur travail.

Jour de Galop. – Comment va Aylmerton ?

Jean-Étienne Dubois. – Très bien. Il est au repos depuis sa dernière course, donc au paddock. Ceci dit, même quand ils sont au travail, ils sortent une heure par jour. Aylmerton est en pleine forme. J’ai eu beaucoup de chance avec lui. Il est arrêté pour le moment, entre 6 et 8 semaines, avant de partir chez David Hayes. Il devrait recommencer les exercices dans un mois environ, en faisant 4 minutes de piscine par jour. De manière générale, je trouve que la piscine rend le travail moins monotone pour les chevaux.

Quelles sont vos habitudes en matière d’entraînement ?

Je suis un petit peu arrivé à l’aveuglette ici, car en France je n’avais jamais entraîné de pur-sang. Pour ma part, ils sont sur la piste 25 minutes maximum par jour. Et je trouve que la fraîcheur et la vitesse sont un bon compromis. Ma piste est faite en woodchip et elle comporte une courbe pour que les chevaux prennent l’habitude de changer de pied.

L’entraînement à l’australienne est-il comparable à ce qui se fait en France ?

Comme je n’ai jamais entraîné de pur-sang en France, j’aurais du mal à comparer les deux méthodes. Cependant, la méthode australienne est très comparable à la méthode des trotteurs que j’avais l’habitude de pratiquer. C’est-à-dire que l’on dresse un cheval avant de lui apprendre à courir. Il doit être capable de rester calme à l’attache puis d’évoluer à côté d’un poney. Après ce dressage d’écurie, ils partent toujours par groupes de trois ou quatre. Il faut qu’ils n’aient pas peur de se bousculer. Dans un parcours, ici, en Australie, les courses peuvent être un petit peu brutales. Ils veulent donc que les chevaux soient habitués à rentrer en contact. Les poulains sont entraînés sur un huit de chiffre. Ce sont des choses que nous faisons, nous, avec les trotteurs, car nous avons besoin de chevaux agiles.

Vous appliquez donc aux galopeurs ce qui a fait votre succès au trot ?

J’ai essayé d’appliquer un petit peu ce que l’on faisait avec les trotteurs, mais c’est quand même différent. Par exemple, l’interval training ne fonctionne pas. Mentalement, le galopeur est un animal complètement différent.

La désensibilisation semble tout de même importante ici ?

Ils ont des chevaux qui sont habitués à attendre en tout cas. Ils sont très rigoureux. Par exemple, les chevaux rentrent dans les stalles en 2 minutes chrono, 2’30 maximum. Les courses s’enchaînent à un rythme précis et respecté. On se croirait dans une horlogerie suisse ! Il y a des courses toutes les 10 minutes. Les chevaux ont donc les trials [courses sans enjeux et sans allocations pour préparer les chevaux avant leurs débuts ou leur rentrée, ndlr] les jump-out [exercice de sortie des boîtes]. Ils doivent être dressés. Deux essais ratés ? Le cheval est rayé de la course et l’entraîneur est convoqué par les commissaires. Je trouve cela génial ! J’ai été convoqué une fois : tu n’as pas envie que cela t’arrives à une autre reprise. Les yearlings au débourrage passent tous automatiquement aux stalles. Autre chose : en Australie, il faut déclarer les ordres que nous donnons au jockey et si nous les changeons, il faut absolument en informer les commissaires sinon nous sommes à nouveau convoqués…

Les médias généralistes s’intéressent aux sports hippiques en Australie. À votre avis, comment pourrions-nous faire pour avoir la même effervescence et booster la popularité des courses en France ?

Ici, c’est culturel. En France, il y a un réel manque d’intérêt pour les chevaux en général et pour les courses en particulier. Ici, les gens aiment les chevaux, ils en ont tous. Cela fait partie du quotidien. Ils ont maintenu l’envie d’aller aux courses. Tous les samedis, il y a du monde aux courses, même si c’est une réunion banale. Pas 20.000 mais toujours 5.000 ou 6.000 personnes sur le champ de courses. Quand tu traverses le hall à Randwick, tu ne vois que des jeunes ! Entre amis, ils se sont habillés, passent une après-midi autour d’une table au soleil, boivent des coups, etc. Les courses sont bien vues, c’est un autre lieu de rencontre. Socialement, on se retrouve aux courses le samedi après-midi comme tu irais voir un match de foot dans un bar le soir à Paris.

Pourquoi avons-nous perdu notre clientèle ?

Je pense qu’en France, on a raté une étape. Quand j’étais jeune, il y avait du monde aux courses. Je pense que l’on a négligé notre clientèle et qu’elle ne s’est pas renouvelée. Nous n’avons plus la même base de joueurs. Il manque la génération de trentenaires qui ont les moyens d’aller aux courses. Les Français ont perdu l’envie d’aller aux courses. Tu ne remplis pas un hippodrome uniquement avec des passionnés de courses, c’est impossible. Ici, c’est impressionnant : tu ne vois que des jeunes. Ils s’amusent en buvant du champagne ou des bières. L’avantage, c’est qu’il fait souvent beau. C’est tout de suite plus sympa ! La foule du Grand Prix d’Amérique ou du Prix de l’Arc de Triomphe, c’est une légende ! C’est plus petit, c’est pourquoi nous avons cette impression de foule.

Le digital, les réseaux sociaux, les spectacles sur les hippodromes, les courses de pays, etc., pourraient-être une solution ?

En effet. Récréer une clientèle n’est pas impossible. Il y a plus de leviers en France qu’en Australie en tout cas. Je pense tout de même que le facteur météo est un problème. Et le deuxième gros avantage de l’Australie, c’est qu’économiquement cela marche bien. Les gens ont du pouvoir d’achat. Pour rentrer à Randwick, c’est déjà 30 dollars australiens, donc 22 €. C’est énorme !

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