Magic Bibou, un conte de fée… avec l’accent !

Courses / 11.04.2018

Magic Bibou, un conte de fée… avec l’accent !

Par Adrien Cugnasse

Lundi à Deauville, Magic Bibou a signé une fin de course très remarquée dans le Prix Djebel (Gr3). Deuxième de cette préparatoire aux classiques, il se dirige à présent vers l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains. Ne cherchez pas plus loin le conte de fée de cette première partie de la saison 2018…

Le Tarn est l’un des rares départements français sans hippodrome. On y élève peu de chevaux de course en général : une vingtaine de naissances annuelles, en cumulant trotteurs et galopeurs. Je suis moi-même né au cœur des montages du Sud-Ouest du département, qui font office de frontière naturelle avec l’Hérault et l’Aveyron. Dans cette région escarpée, la rugosité s’exprime pleinement dans la dévotion des "gavach" pour le rugby, leur seconde religion. Le climat rude tranche avec la douceur de la campagne normande. Jamais, au grand jamais, je n’aurais pu imaginer qu’un candidat à la Poule verrait le jour à quelques kilomètres de mon village de naissance. Et c’est pourtant le cas. Magic Bibou (Panis) a été élevé dans le Haut Languedoc, au Bez, par les frères Joucla. Master Dino (Prix Cambacérès, Gr1) fut le premier gagnant de Gr1 de l’histoire de l’élevage tarnais… Magic Bibou sera certainement son premier lauréat de Groupe en plat !

Je laisse la parole à Sébastien Joucla, menuisier dans le civil, et coéleveur du poulain…

Un rêve d’enfant. « J’ai toujours eu la passion des chevaux. Mais il n’y en avait jamais eu dans ma famille. Et personne n’élève de pur-sang dans le Haut Languedoc. Au départ, j’ai acheté une trotteuse et progressivement, sans aucune expérience, j’ai appris de manière empirique. Mais rapidement, j’ai eu envie de faire de l’élevage. J’ai rencontré un commercial qui vendait de la peinture à Castres. Cet éleveur de selle français m’avait donné un bon conseil : "Un mauvais cheval mange autant qu’un bon. Alors autant investir un peu pour essayer de produire de la qualité." Nous avons commencé, en famille, au début des années 2000, sans connaissance hippique particulière, en achetant des juments gagnantes et pleines. J’ai beaucoup étudié les pedigrees et les performances. Il a fallu ensuite partir à la rencontre des professionnels des courses pour se créer un carnet d’adresses. Dans les premiers temps, nous avons fait des erreurs, suivi de mauvais conseils. Il fallait apprendre. Nous ne connaissions absolument personne. Mais le premier galopeur que nous avons élevé, Lordly Chief (Ski Chief) a gagné. »

Un croisement qui a fait ses preuves. « Je voulais reproduire le croisement de Panis sur une fille de Bering car il avait déjà donné plusieurs bons chevaux, à l’image de Myasun (Prix de Meautry et de Seine-et-Oise, Grs3), Blue Panis (Prix de Tourgéville et Aymeri de Mauléon, Ls) et Lou Fligaz (2e Bosra Sham Fillies’ Stakes, L). Après un séjour en Normandie, Panis était de retour dans le Sud-Ouest, au haras des Faunes, chez Alain Chopard. Nous en avons donc profité. J’ai acheté Hidden Magic (Bering) dans une course à réclamer à Salon-de-Provence, avec des associés de la région toulousaine. C’est une aventure collective. Je suis coéleveur de Magic Bibou avec mes frères Stéphane et Romuald Joucla, en association avec Éric Dupont. Nous avons arrêté l’élevage il y a un an, pour des raisons de santé. Voir un de nos élèves sur le podium d’une préparatoire classique, c’est exaltant. Nous faisions naître deux ou trois poulains par an. Par bonheur, nous avons élevé un certain nombre de gagnants mais aucun n’avait le talent de Magic Bibou. Son nom fait référence au surnom de mon neveu, Noé, qui est né à peu près au même moment que lui. »

Il fallait y croire. « C’était un beau poulain, avec du chic, mais il avait pris du caractère en vieillissant. Nous ne savions pas quoi en faire car il n’avait pas été sélectionné pour les ventes. Il a été prédébourré par une jeune fille dans un centre équestre, avant de partir au débourrage et préentraînement dans le Gers, chez Benjamin Chauvel. C’est lui qui a décelé la qualité du poulain et qui a contacté Bruno de Montzey. Il a pris le cheval en location et l’a finalement acquis pour une somme modique avant ses débuts. Il devait initialement se diriger vers le Prix de Fontainebleau (Gr3). J’étais prêt à me libérer pour aller le voir courir mais heureusement, je n’ai pas réservé mon billet car il a finalement pris la direction du Prix Djebel (Gr3). Lors de sa prochaine sortie au niveau Groupe, je serai là pour le voir courir ! »

 

Côté pedigree : pas une incongruité

L’origine de Magic Bibou était loin d’être ridicule. S’il est le premier gagnant de Hidden Magic, il faut noter que sa deuxième mère, née chez son Altesse l’Aga Khan, avait donné Escalada (par American Post, fils de Bering,), deux fois placée de Listed en Italie. Balanka (Alzao), la troisième mère, placée du Prix de l’Opéra (Gr2 à l’époque), est l’aïeule de cinq black types, dont Bayrir (Secretariat Stakes, Gr1). Son père, Panis (Miswaki), connaît une seconde jeunesse et en l’espace de huit mois, il a également donné Sands of Mali (Gimcrack Stakes, Gr2) et Princesschope (3e du Prix Vanteaux, Gr3).

 

Le culot de Bruno de Montzey

Bruno de Montzey, l’entraîneur de Magic Bibou, a fait preuve d’un certain culot pour "monter à Paris" avec son poulain. L’homme de Mont-de-Marsan n’en est pas à son coup d’essai…

« Plusieurs entraîneur l’ont refusé avant qu’il n’arrive chez moi car la mère n’avait pas produit de gagnants. Je l’ai pris car j’aime bien la production de Panis avec laquelle j’ai connu une certaine réussite, notamment grâce à Veneto (deuxième de la Poule d’Essai des Poulains, Gr1). L’éleveur me le proposait pour une location ou un tout petit prix. Pour être honnête, Magic Bibou aurait été aussi bon chez un autre entraîneur. Mais il fallait oser prendre le risque. Et il fallait ensuite oser le courir face aux bons, alors que certains auraient pu penser que nous n’avions rien à faire dans la cour des grands. Parfois, il faut savoir faire preuve d’un peu de culot. Beaucoup de gens ont dû se demander pourquoi je montais à Paris l’an dernier avec Miss Julia Star (Prix de Saint-Cyr et Millkom, L), qui a ensuite couru au niveau Gr1 aux États-Unis, et La Sardane (Prix de Sandringham, Gr2). Vous savez, je ne fais pas mes courses chez Fauchon et parfois, en sortant des sentiers battus, on peut trouver de bons chevaux !

 

Au départ, il ne montrait rien de particulier. Le poulain était facile mais assez lymphatique. Or, tout a changé le jour où nous avons commencé à le travailler. Au fil des mois, il se baladait lors de ses travaux face à des chevaux black types. Magic Bibou a débuté au mois de septembre de ses 2ans par une victoire de 17 longueurs à Mont-de-Marsan. J’ai alors reçu plusieurs coups de téléphone, en particulier de l’étranger. Mais je voulais absolument le garder en France. Mon fils qui le montait le matin l’adorait. Par bonheur, et je souhaite le remercier pour cela, monsieur Teboul a accepté d’en acheter 50 %. Nous allons donc pouvoir poursuivre l’aventure ensemble. Magic Bibou s’est ensuite classé cinquième du Grand Critérium de Bordeaux (L) car il n’était pas prêt. Pour sa rentrée, le 3 mars, il a gagné aisément le Prix de la Société d’Encouragement de Bordeaux (Classe 2). À Deauville, dans le Prix Djebel (Gr3), il a vraiment fait un truc pour décrocher la deuxième place, en plaçant un bon coup de rein, sans être vraiment avancé en condition. C’est un poulain qui fait tous les terrains. Nous l’avions engagé dans la Poule d’Essai et il va courir cette épreuve. La distance ne devrait pas lui poser de problème, mais je pense que celle du Prix du Jockey Club est au-delà de ses aptitudes. »

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