S’il te plaît, Frankie, dessine-moi un Cracksman

Courses / 17.06.2022

S’il te plaît, Frankie, dessine-moi un Cracksman

Par Franco Raimondi 

Cracksman (Frankel) a offert à Lanfranco Dettori un souvenir inoubliable : un bleu au gros orteil. Comme une médaille pour célébrer l’inauguration de ParisLongchamp et le succès dans le Prix Ganay (Gr1). Le pilote rigole : « C’est arrivé au moment de lui enlever la selle, j’étais fou de joie et Cracksman a décidé de monter sur mon pied. Pendant un instant, j’ai eu les larmes aux yeux, et ce n’était pas à cause de l’émotion ! J’ai essayé de le pousser mais c’était perdu d'avance : un homme de 50 kg n’a aucune chance face à un cheval de 600 kg ! Résultat des courses : j’ai une bonne excuse pour prendre un jour de vacances… »

Un Ganay avec 124 de RPR. Cracksman a rempli sa mission de star de l’inauguration de ParisLongchamp d’une façon impressionnante. Il a gagné de quatre longueurs son deuxième Gr1. Il n’a pas eu à forcer son talent, comme l’indique le Racing Post rating de la course, 124, soit sept livres de moins que celui affiché dans les Champion Stakes (Gr1), mais tout de même le deuxième de sa carrière. Lanfranco Dettori explique : « Je ne suis pas handicapeur mais je pense que Cracksman a fait un truc. Un cheval qui affiche un rating de 124 lors de sa rentrée, après un hiver qui n’a pas été très favorable pour l’entraînement, cela n’arrive pas souvent. En plus, il avait placé la barre très haut dans les Champion Stakes. Je suis persuadé qu’il a énormément progressé. Sa performance à Ascot avait eu lieu sur du terrain lourd, ce qui amplifie les distances à l’arrivée et les sensations. Le Ganay, c’était en bon terrain. Le résultat est plus pur… »

Un furlong de pur sprinter. Le Cracksman 2018 est donc meilleur que celui qui avait terminé la saison 2017 avec un vrai coup d’éclat. Frankie ajoute : « Comme je vous l’ai dit dimanche, il a fait 200m comme un avion au moment du décollage. L’une des premières choses que Luca Cumani m'ait apprises, c’est que lorsqu’un cheval de 2.000m, 2.400m fait un furlone [la version italianisée du furlong, ndlr] en 11’’, c’est un crack. Dimanche, Cracksman est allé encore plus vite ! » En effet, le chrono officiel des 400 aux 200 derniers mètres est sans appel : 10’’84. Cracksman avait encore deux longueurs à refaire sur Wren’s Day (Medaglia d’Oro) au poteau des 400m. Il a donc couru son avant-dernier furlone en 10’’52.

Des foulées 20 % plus longues. Un cheval qui affiche un rating de 130 ne doit pas être comparé avec ses adversaires, mais plutôt avec les champions de sa ligue. Et ils ne sont pas nombreux ! S’asseoir sur Cracksman, ce doit être une sensation assez spéciale. Lanfranco confirme : « Je n’ai pas eu la chance de monter son père, Frankel, mais j’ai été associé à quelques cracks. La sensation que l’on a quand on est en selle est assez surprenante. Il faudrait une machine pour contrôler cela, mais je ne pense pas me tromper en disant que Cracksman déploie des foulées 20 % plus longues que celles de tous les champions. Il donne la sensation d’être un peu brutal, encore plus que son père qui n’était pourtant pas un danseur de ballet, mais il couvre énormément de terrain. »

Cracksman vs Golden Horn. Le jeu des comparaisons entre les champions nous offre, sans remonter trop dans le temps, un cheval qui défendait la même casaque Oppenheimer : Golden Horn (Cape Cross). Le crack qui a baissé le rideau du vieux Longchamp, face à celui qui a coupé le ruban de ParisLongchamp. Lanfranco garde la tête froide en disant : « Le dernier champion donne toujours des émotions plus vivaces, mais il ne faut pas enlever à Golden Horn ce qu’il a fait. Une chose est sûre et certaine : à 3ans, Golden Horn a été bien meilleur que Cracksman. Golden Horn a été retiré à la fin de sa saison de 3ans. On ne sait pas s’il aurait progressé à 4ans. Cracksman n’était pas encore un vrai champion jusqu’au mois d’octobre de ses 3ans. C’était un gros bébé qui manquait vraiment de force. Il a changé pendant la seconde moitié de la saison et il a beaucoup évolué cet hiver. 

Cracksman vs Enable. L’autre comparaison revient à poser la question qui brûle nos lèvres : Enable (Nathaniel) ou Cracksman ? Lanfranco répond très franchement : « Il faut attendre. Enable n’a pas encore repris l’entraînement sérieusement. Elle a passé un bon hiver et donne l’impression d’avoir encore pris de la force. Elle ne demande qu’à galoper, mais c’est quand elle retrouvera la compétition que les premières réponses arriveront. J’espère qu’ils se croiseront le plus tard possible, parce qu’un match entre ces deux champions sera très dur. Je ne dis pas cela car je veux retarder le moment du choix, mais un match Enable vs Cracksman sera très dur pour les deux chevaux. Et je ne voudrais faire de mal ni à l’un ni à l’autre. »