Stéphane Delhommeau : « Mes jockeys s’entraident, c’est ce qui fait avancer mon équipe »

Courses / 04.04.2018

Stéphane Delhommeau : « Mes jockeys s’entraident, c’est ce qui fait avancer mon équipe »

Par Alice Baudrelle

En 2017, la moitié des jockeys du top 10 en obstacle avait un agent. Pourtant, si le métier d’agent paraît essentiel dans la discipline du plat, il soulève plusieurs questions dans celle de l’obstacle. Stéphane Delhommeau l’exerce depuis deux ans et demi. Avec Benoît Gicquel et Thierry Majorcryck, il fait partie des plus sollicités. Il nous a raconté la pratique de ce métier encore très "neuf" en obstacle.

Jour de Galop. – Quels sont les critères pour faire partie de votre équipe ?

Stéphane Delhommeau. – Mon équipe est composée de sept jockeys. Jonathan Plouganou, Alain de Chitray, Kevin Nabet et Wilfried Denuault sont ceux que j'appelle les "meneurs". Ils sont accompagnés d’Edgar Labaisse, Pierre Dubourg et Alejandro Ruiz-Gonzalez, ces deux derniers ayant une décharge. Je m’occupais aussi de Jonathan Nattiez, mais il est en arrêt depuis le mois de décembre 2016 suite à une mauvaise chute. Alain de Chitray et David Cottin ont été les premiers à travailler avec moi. Je choisis mes jockeys au feeling, je veux qu’ils s’entendent bien entre eux. C’est un critère de sélection très important. Tout le monde veut Jonathan Plouganou, parce qu’il a bonne presse, et sûrement parce qu’il est au-dessus des autres. Mais il ne peut pas tout monter, alors il souffle le nom de ses confrères aux entraîneurs quand il n’est pas disponible. Mes jockeys s’entraident, c’est ce qui fait avancer mon équipe. J'ai conscience que mon métier ne fait pas toujours l'unanimité. Il y aura toujours des gens qui penseront que je suis là pour leur voler leur pain. Mais je fais mon maximum pour améliorer l'image de la profession en faisant chaque jour consciencieusement mon travail.

Comment faites-vous pour gérer autant de jockeys à la fois ?

J’ai tout simplement le téléphone greffé sur l’oreille ! Mais quand je vois mes confrères anglais, je suis complètement admiratif. Certains d’entre eux travaillent bien plus dur que moi ! Nous sommes encore très loin du modèle britannique. J’ai travaillé un peu avec un jockey irlandais qui s’appelle Connor O’Farell. Il était venu en France deux fois pour une durée d’un an au total. Il m’avait expliqué qu’en Angleterre, certains agents s’occupaient chacun de plusieurs dizaines de jockeys. Ce sont des gens qui connaissent vraiment bien les courses, bien mieux que moi. Mais c'est un cercle vertueux. Plus on a de jockeys, plus on connaît de chevaux, plus on connaît d’entraîneurs, et plus c’est facile.

Comment gérez-vous le choix des montes ?

Certains montent en priorité pour un entraîneur. Alain de Chitray et Jonathan Plouganou se partagent les montes pour Guy Cherel, mais c’est Jonathan qui a la priorité. Chacun monte ses propres chevaux et ils sont capables de se remplacer mutuellement. Mais ils se mettent aussi en selle sur des chevaux différents pour l’extérieur. Kevin Nabet est très sollicité par Guillaume Macaire. Je travaille avec des pilotes que j’adore, qui sont devenus pour la plupart des amis. Je pense que notre collaboration a déclenché une réelle amitié. C’est très enrichissant, et parfois même gratifiant, de pouvoir leur faire mieux vivre leur métier.

Quels sont vos rapports avec les entraîneurs ?

Ma relation avec eux est vraiment passionnante. Jehan Bertran de Balanda est le premier auquel je me suis adressé, puis j’ai été voir Guy Cherel et François Nicolle. Notre collaboration se déroule également très bien avec Guillaume Macaire. Ce sont des gens qui n’ont pas besoin de moi. Pourtant, ils ont adhéré tout de suite à mon système, en se montrant très compréhensifs. De manière plus générale, j’aime bien communiquer, servir d’intermédiaire entre l’entraîneur et le jockey. Il y a aussi des entraîneurs qui m’ont dit qu’ils avaient déjà leurs jockeys. Au début, il m’est arrivé de me prendre quelques "vestes", alors évidemment, j’appelle les professionnels avec lesquels je sais que j’ai une petite chance d’y arriver. Plusieurs fois, j’y suis allé au culot et ç'a d'ailleurs marché !

Vous qui avez été jockey d’obstacle, attachez-vous une importance particulière au dressage du cheval le matin par son jockey de l'après-midi ?

Oui, énormément. Un jockey "maison", qui va travailler tous les matins chez un entraîneur et qui n’a pas d’agent, ne va pas gagner toutes les courses. Mais sur dix courses gagnées, trois ou quatre de ces victoires auront eu lieu grâce à lui. Alain va sauter les chevaux le matin à Maisons-Laffitte et aussi à Moulins chez Augustin Adeline de Boisbrunet. C’est important pour fidéliser les professionnels et découvrir les chevaux auxquels mes jockeys pourraient être associés. Mais je pense que l’une des grandes qualités d’un jockey, c’est la faculté d’adaptation. De plus, le visionnage des courses nous permet d'apprendre à connaître un peu les chevaux sans les monter. Nous regardons ainsi la façon qu'ils ont de courir, ce qu'ils aiment ou aiment moins, leur caractère en course, s'ils sont plutôt chauds ou plutôt froids, s'ils tirent ou de quelle manière ils aiment sauter...

Le métier d'agent de jockey d’obstacle a-t-il un bel avenir devant lui ?

Je pense que ce métier va se développer. Après deux ans et demi d'exercice, je me suis par exemple attaché les services d’un ostéopathe, Julien Brarda, qui s’occupe de mes jockeys. Je vais aussi essayer de développer un partenariat avec un conseiller financier. Ce sont des services qui répondent à une demande, voire à des besoins. On peut encore penser à d'autres idées à mettre en place, mais cette année je vais me focaliser sur ces deux points-là car je pense que cela nous rendra déjà plus performants.

En Angleterre, un agent s'occupe à lui seul de 57 jockeys

Parmi les cinq agents s’occupant exclusivement des jockeys d’obstacle, Dave Roberts est considéré comme étant le meilleur. L'homme a par le passé géré une équipe de 57 jockeys !

Il a commencé son activité en 1986 avec deux pilotes : Dean Gallagher et Richard Guest. Le "vendeur de jockeys", comme il aime être qualifié, est connu pour avoir été l’agent du célèbre Tony McCoy, retraité depuis trois ans. Afin d’avoir le temps de s’occuper de tous ses jockeys, Dave Roberts commence sa journée de travail à 5 h 30 et la termine vers 21 h. Il raconte volontiers sur le ton de l’humour que son métier n’est pas compatible avec le mariage et une vie sociale !

La vedette de son équipe actuelle est sans aucun doute Richard Johnson, double tenant du titre de la Cravache d’or anglaise. Le crack jockey a monté 769 fois au cours de la saison 2016-2017 et a remporté 153 victoires. À titre de comparaison, Bertrand Lestrade, dernier détenteur de la Cravache d’or française, a monté 299 courses en 2017 pour 92 victoires.

En Angleterre, ils sont 41 à exercer le métier d’agent de jockeys, toutes disciplines confondues, contre 24 en France.

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