À LA UNE - Le temps d’une après-midi, Seamie Heffernan sera le premier jockey de Ballydoyle

Courses - International / 03.05.2018

À LA UNE - Le temps d’une après-midi, Seamie Heffernan sera le premier jockey de Ballydoyle

Par Franco Raimondi

NEWMARKET (GB), SAMEDI. Cette année, Aidan O’Brien a décidé qu’envoyer trois poulains serait largement suffisant pour décrocher un neuvième succès dans les 2.000 Guinées et ainsi améliorer un record qu’il détient déjà. Il a donc mis de côté US Navy Flag (War Front), qui a déjà gagné sa place au haras après ses succès de Gr1 à 2ans dans les Middle Park Stakes et les Dewhurst Stakes. De même, Murillo (Scat Daddy) sera probablement le leader du favori, Gustav Klimt (Galileo), et de Saxon Warrior (Deep Impact). La première épreuve classique de la saison, samedi à Newmarket, va se dérouler dans une ambiance très spéciale pour les associés de Coolmore et leur entraîneur. Et pour cause, le grand objectif n’est pas à Newmarket… mais à Churchill Downs. C’est pour cette raison que le premier jockey de l’équipe irlandaise, Ryan Moore, a pris l’avion afin d’être en selle sur Mendelssohn (Scat Daddy) dans le Kentucky Derby (Gr1).

Un remplaçant de luxe. Samedi, en l’absence de Ryan Moore, Seamie Heffernan, le deuxième pilote de Coolmore, va vivre une grande journée. Il sera associé à Gustav Klimt. Seamie Heffernan n’est pas un gamin. Il aura 46 ans en juillet. Aidan O’Brien sait qu’il peut lui faire confiance. Ils sont arrivés à Ballydoyle en même temps. C’était en 1996 et il n’a pas quitté la maison depuis. Les premiers jockeys ont défilé, Christy Roche, Mick Kinane, Jamie Spencer, Kieren Fallon, Jamie Spencer, Johnny Murtagh, Joseph O’Brien, Ryan Moore... mais Seamie est toujours là. D’ailleurs c’est lui qui a décroché, en selle sur Proud Titania (Fairy King), la première victoire black type d’Aidan O’Brien pour Coolmore. C’était le 27 avril 1996 dans les Athasi Stakes (L). Plus de deux décennies après ce succès fondateur, le discret Seamie Heffernan s’est forgé un palmarès qui force le respect : 86 Groupes, dont 29 de Gr1 et neuf classiques. C’est certes un remplaçant, mais un remplaçant de luxe.

Il a monté des légendes. Seamie a gagné avec presque tous les champions de Ballydoyle. Même Galileo (Sadler’s Wells). C’était le jour du premier succès de Groupe du futur grand étalon, dans le Derby Trial (Gr3) à Leopardstown. Rares sont ceux qui manquent à sa collection. C’est le cas de Giant’s Causeway (Storm Cat) et de Rock of Gibraltar (Danehill). On peut parier, sans prendre de grands risques, que c’est lui qui était en selle sur ces cracks lors du dernier galop avant les grandes échéances. Seamie n’a pas à rougir de ses 86 succès de Groupes : tout au long de sa vie de deuxième pilote, il a réussi à en gagner plus que beaucoup de très bons cavaliers qui ont eu droit à la distinction de premier jockey.

Deuxième jockey, un titre qui a bien changé. Aidan O’Brien a donc inventé une fonction qui n’existait pas il y a une vingtaine d’année. Le deuxième jockey était alors un gosse au poids léger ou un cavalier assez expérimenté pour monter les leaders. C’était l’homme de confiance de l’entraîneur. Une amie qui a longtemps travaillé pour Sir Henry Cecil me confiait récemment à ce sujet : « Le deuxième jockey allait à Redcar le jour des grandes courses. » Une écurie de haut niveau pouvait compter sur un premier jockey, voire plusieurs, s’ils avaient des contrats avec un propriétaire qui avait ses chevaux chez différents entraîneurs. Parfois, Sir Henry faisait appel à un autre pilote, quand il avait deux bons chevaux à courir dans un classique. C’est comme cela que Mick Kinane avait décroché le surnom de SuperSub… le remplaçant de luxe. Ce travail, Aidan O’Brien le garde pour Seamie Heffernan.

Abondance de biens ne nuit pas. Ballydoyle court souvent plusieurs chevaux dans les grandes courses. Il y a bien sûr une hiérarchie à l’écurie. Mais on a souvent vu le deuxième ou troisième couteau s’imposer alors que le capitaine courait en demi-teinte. Ce samedi, dans les 2.000 Guinées, Seamie sera pour une fois le capitaine de l’équipe irlandaise. La course s’annonce assez ouverte avec quatorze partants. Godolphin présente le redouté Masar (New Approach), un poulain à découvrir. Il est issu de deux lauréats de Guinées (Frankel & Attraction), comme Elarqam, un talent qui doit redorer son image. Expert Eye (Acclamation) doit lui aussi se racheter. La hiérarchie Ballydoyle a toujours été respectée dans les 2.000 Guinées, sauf en 2002, quand Rock of Gibraltar avait battu le numéro un, Hawk Wing (Woodman). Ce jour-là, Seamie montait à Limerick… La roue tourne.

Mendelssohn a découvert la (folle) ambiance du Kentucky Derby

Ce jeudi matin, sous les yeux de quelque 10.000 spectateurs, Mendelssohn (Scat Daddy) a eu un avant-goût de ce qui l’attend samedi, le jour du Kentucky Derby. Le pensionnaire d’Aidan O’Brien est sorti avec ses trois compagnons d’aventure pour se dégourdir les jambes après le voyage et deux jours de quarantaine à Churchill Downs. Il a été vu en troisième position de la petite file indienne qui avait pour leader Threeandfourpence (War Front), suivi par Seahenge (Scat Daddy), le vieux Deauville (Galileo) fermant la marche. Mendelssohn a fait un tour de piste – en sens inverse – avant de se détendre avec un joli galop de chasse. Le poulain, magnifique d’état, a beaucoup sué au niveau de l’encolure. Il a fait quelques fantaisies, en particulier lorsque les spectateurs se sont un peu trop rapprochés du rail avec leurs téléphones portables en mode caméra. Il va falloir que Mendelssohn s’habitue car la foule de ce jeudi n’est en rien comparable avec la marée humaine de 170.000 spectateurs prévue ce samedi. L’ambiance au rond de présentation de Churchill Downs est toujours très tendue… un peu comme un quai de métro parisien à 19 h !

 

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