Alexis Teisseire, secrétaire général du Club des gentlemen-riders et des cavalières - Les nouveaux défis de l’amateurisme

Courses / 16.06.2018

Alexis Teisseire, secrétaire général du Club des gentlemen-riders et des cavalières - Les nouveaux défis de l’amateurisme

Le Prix de Diane Longines, c’est aussi un grand moment pour l’amateurisme, puisqu’une course, le Prix Reine Marie-Amélie, étape du championnat du monde Longines Fegentri, est réservé aux cavalières. À cette occasion, Alexis Teisseire, secrétaire général du Club des gentlemen-riders et des cavalières, nous a parlé de la bientôt centenaire association…

Jour de Galop. - Vous occupez le poste de secrétaire général du Club des gentlemen-riders et des cavalières depuis quatre années. Comment a évolué le monde de l’amateurisme durant cette période ?

Alexis Teisseire. - C’est avant tout une grande fierté d’occuper ce poste. J’ai vite été mis dans le grand bain. Au moment où les turbulences (nécessaires) dans le programme ont commencé, il a fallu beaucoup de doigté pour gérer les frustrations des uns et des autres. France Galop nous a demandé de nous serrer la ceinture et de sacrifier des dizaines de courses ayant peu de partants. Une trentaine de courses dites « parisiennes » passent cette année de Premium en semaine à PMH le week-end. De plus nombreux amateurs peuvent monter dans cette configuration, sans poser de RTT ou des vacances en pleine semaine. Certaines courses sont passées mixtes, comme à Cagnes sur deux jours en février, pour tenter de faire rester les amateurs sur place et limiter les frais de déplacement, au détriment d’une course pour les gentlemen et d’une pour les cavalières. Le résultat a été satisfaisant, j’espère qu’il en sera encore de même l’an prochain. À voir l’ambiance et leur motivation un peu partout en France, en course, en soirée, dans les vestiaires, de la Corse à la Martinique, les amateurs n’ont pas fini d’assouvir leur passion même avec quelques courses en moins, grâce aux professionnels et aux propriétaires qui engagent dans nos courses.

Quel impact a eu cette réduction du nombre de courses dans les rangs des amateurs ?

Nous avons effectivement moins de courses mais l’hémorragie est a priori derrière nous. Le nombre d’amateurs n’a pas été impacté : 95 gentlemen et 95 cavalières ont une licence active. Le nombre des montes en obstacle a beaucoup progressé car il y a eu beaucoup plus de partants. Et le niveau des amateurs en obstacle est vraiment très bon.

Quel est le profil des amateurs aujourd’hui ?

Ces dernières années, ce sont en grande majorité des filles et fils d’entraîneurs. Ils sont nés et élevés dans le sérail, ils ont un niveau de monte très convaincant. Ils sont étudiants, souvent. Et travaillent, pour une minorité. D’autres sont en entreprise ou à leur compte. Certains se cherchent, et trouvent ou pas leur voie. Et il y a ceux qui sont tolérés deux ans, le temps qu’ils finissent leur contrat d’apprentissage en alternance dans le monde hippique ; idem pour les agents de jockeys s’ils le souhaitent, les assistants entraîneurs, les conjoints ou conjointes d’entraîneurs, etc.

Tous sont-ils de « vrais » amateurs ?

C’est un point très délicat. À partir du moment où vous bénéficiez d’une largesse – en l’occurrence cette période de deux ans –, certains en usent correctement. Et d’autres en abusent. Je proposerai d’ici à la fin de l’année à mon président un projet d’évolution sur les critères de l’amateurisme. Pour ensuite le proposer au board, au comité et à France Galop. Lorsque je vois que c’est au quotidien une source de malentendus, c’est que les temps ont dû changer, ou que cette mesure ne devrait simplement pas exister. Elle n’existe qu’en France d’ailleurs. Mais nous n’en sommes pas là.

L’article 142 va aussi, je l’espère, pouvoir être simplifié, c’est un casse-tête pour tout le monde. Qui peut monter ou pas ? Courses AQPS ou pas ? Inédits ? etc.

Les jeunes sont-ils formés à ces critères de l’amateurisme, au code des courses ?

Ils le sont dès le stage des licences, à Chantilly, avec un QCM sur le code. Ce n’est pas éliminatoire. Mais en général ils ont travaillé en amont. La sélection est très exigeante. D’ailleurs, j’ai de plus en plus d’entraîneurs qui appellent pour que je leur trouve un amateur, et ils acceptent les yeux fermés quelqu’un qu’ils ne connaissent pas en général. Ils savent qu’ils auront un pilote qui tient ses rennes.

La remise de poids pour les cavalières est-elle un élément important dans vos courses ?

C’est une évidence. À présent, les courses mixtes ont souvent 50 % de cavalières, voire plus. Avant cette mesure, elles étaient une ou deux sur dix partants. Ces mêmes cavalières trustent 40 % des courses mixtes. C’est une aubaine dont elles peuvent aussi bénéficier dans certaines courses professionnelles.

Quelles sont les choses à retenir du club pour l’avenir ?

Le club est composé de 300 membres, passionnés. Actifs ou non actifs. Avec une section vétérans, très dynamique. Les courses des Grandes Écoles, programmées en ce moment à Longchamp, vont être développées pour rayonner encore plus à partir de la saison prochaine. C’est un produit en or. Le club organise des événements, des soirées comme à Pau et à Vincennes, l’hiver dernier, ou à Chantilly, la veille du Prix de Diane Longines. Grâce au concours de ses membres mais aussi, entre autres, à Aux Courses les Jeunes, tout le monde partage d’excellents moments et « réseaute » dans une ambiance cordiale. Notre week-end international à Deauville approche, fin juillet. Les stages des licences aussi. Beaucoup d’événements donc. Cela impose que le Club des gentlemen-riders et des cavalières soit managé plus à la manière d’une petite entreprise ; et par respect pour nos membres et pour France Galop, on ne peut pas gérer un club sans être exigeant. Et sans faire grincer les dents.

Comment s’annonce le Prix Reine Marie-Amélie dimanche ?

Il y a beaucoup de partants et j’espère qu’Ingrid Grard-Montenegro, la représentante française dans le championnat du monde Longines Fegentri, pourra marquer de précieux points.

Qu’en est-il pour le représentant français Kévin Brayé dans le même championnat ?

Lui n’a pas eu de chance sur les montes qui lui ont été attribuées. Disons qu’il fait une course d’attente. Il coiffera tout le monde sur le poteau à la fin de l’année ! Il fait partie des amateurs les plus discrets et les plus chevronnés en France. Les amateurs nationaux en plat comme en obstacle ont la réputation d’être de fins cavaliers, il n’y a pas de raison que la roue ne tourne pas.