INTERVIEW JEAN DE ROÜALLE

19.06.2018

INTERVIEW JEAN DE ROÜALLE

Arrivé aux Émirats Arabes Unis lors de la saison 2015-2016 comme entraîneur particulier de Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, Jean de Roüalle ne cesse de s’affirmer sur la scène des courses émiraties. Titulaire de onze victoires cette année, il peaufine déjà la prochaine saison. Entretien.

The French Purebred Arabian. – Comment s’est passée votre arrivée aux Émirats ?

Jean de Roüalle. – C’était un peu compliqué car les chevaux sont arrivés en même temps que moi. Ils venaient de France et avaient encore leur poil d’hiver. J’ai eu peu de partants et je n’ai gagné qu’une course. C’était donc vraiment une saison en demi-teinte.

Mais les résultats sont arrivés dès la saison suivante...

Effectivement, Loraa (Mawood) a gagné la H.H. The President Cup (Gr. I PA). Cela m’a fait très plaisir car c’était mon premier Groupe I PA ici. De plus, c’est l’une des trois plus belles épreuves de l’année aux Émirats avec la Dubai Kahayla Classic et la Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Grs I PA).

Après sept victoires en 2016-2017, vous venez d’en signer onze lors de la saison 2017-2018. Une belle satisfaction ?

Oui, surtout que je n’ai pas encore beaucoup de chevaux, même si je pense que cela va évoluer. J’ai notamment eu le propre frère de Joudh et de Mabrooka, qui s’appelle Rmmas (Mahabb). Il a couru trois fois pour moi cette année, pour trois victoires, dont le Liwa Oasis (Gr. II PA) et l’Al Ruwais (Gr. III PA). C’est un cheval de 1 200 mètres, 1 400 mètres, mais je pense que nous pourrons le rallonger un peu. On peut citer également Ziyadd (Bibi de Carrère), un cheval qui avait gagné une Listed PA en Italie et avec lequel j’ai enlevé l’Al Maktoum Challenge Round III (Gr. I PA) à Meydan. C’est un très bon cheval. Il a un peu déçu ensuite dans la Dubai Kahayla Classic (Gr. I PA), mais il avait mal voyagé, ayant subi une panne de l’air conditionné dans le camion. Nous allons faire en sorte que cela se passe bien la saison prochaine.

Vous êtes installé à Al Ain ?

Oui, le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan y a fait construire des installations toutes neuves. De plus, ce site a une signification particulière pour lui puisqu’il y est né, ainsi que toute sa famille. Ils sont donc très attachés à Al Ain, qui est une oasis très calme, sans buildings ni maisons dépassant deux étages, et qui forme un triangle parfait avec Dubaï et Abu Dhabi. Il doit y avoir 140 km entre les trois villes. Toutefois, il y fait chaud.

D’un point de vue personnel, comment votre adaptation s’est-elle déroulée ?

Vous savez, je m’adapte assez vite. Il y a un certain temps, j'ai effectué des stages aux États-Unis et dans plusieurs autres pays. Je suis également parti quatre ans au Maroc en 2011. L’adaptation se passe bien et une opportunité comme celle d’entraîner pour le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan est exceptionnelle. C’est une grande chance ! À présent, je souhaite ardemment que le nombre de chevaux que j’ai à l’entraînement augmente de manière substantielle car le programme s’étendra du 26 octobre au 12 avril à partir de la saison prochaine. Il y aura quatre réunions supplémentaires. J’ai confiance dans le fait que mon effectif augmente afin d’aller concurrencer les "big guns", les gros entraîneurs d’ici. Je suis prêt à en découdre, avec beaucoup de respect et de sportivité.

Comptez-vous venir en Europe avec quelques éléments ?

C’était initialement prévu mais cela n’a pas pu encore se faire. Si mon effectif augmente, pourquoi pas ? Il y a des courses en Turquie et en Angleterre notamment. J’enverrais bien d'Al Ain une dizaine de chevaux de Groupe PA pour passer le printemps et l’été en France. La décision reviendra au management. En plus, ici, en hiver, on a tout ce qu’il faut pour que les chevaux évoluent bien. Les températures ne sont pas trop élevées, il y a des piscines et c’est mieux que d’être en Europe sous des températures négatives. Les chevaux ici sont magnifiques, le climat aide beaucoup. On pourrait donc sortir quelques chevaux à l’intersaison, comme le fait par exemple Alban de Mieulle. C’est un truc amusant, un challenge intéressant.

Si vous avez le feu vert, vous n’hésiterez donc pas ?

Faites-moi confiance, j’appuierai sur l’accélérateur !          

C’est primordial…

C’est l’éternel problème des entraîneurs. Nous sommes un peu dépendants de la qualité des chevaux que l'on nous confie. Il faut de bons éléments pour gagner de belles courses. Comprendre ce qui ne va pas chez un cheval est également important, afin de pouvoir trouver des solutions et avancer.

Vous avez su le faire rapidement…

Je suis arrivé ici en adoptant un profil bas, c'est dans mon tempérament. Je n’allais pas mettre un panneau avec mon nombre de victoires à l’écurie. Grâce au management direct du cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, nous avons pu prendre confiance. Il a également vu que je pouvais gagner des courses et que j’avais une petite expérience. C'est tout un processus, assez long.

Dès votre deuxième saison, vous remportez toutefois la President Cup avec Loraa. Est-ce un signal fort que vous avez envoyé ?

Oui, je suis arrivé toutes voiles dehors et les clignotants allumés (rires). Non, plus sérieusement, les choses peuvent être éphémères. Un jour, vous êtes le meilleur parce que vous avez gagné une belle course, et puis ensuite, l’euphorie retombe vite. C’était un moment génial. J’ai vraiment savouré ce jour-là. La jument avait connu beaucoup de problèmes et nous avions travaillé quatorze mois pour tout régler. Alors la voir gagner dans un canter, c’était une grande joie, même si elle était déjà lauréate de Groupe I PA. Le personnel de l'écurie avait effectué un travail extraordinaire. Toutefois, la saison dernière, elle a montré qu’elle en avait assez et elle est partie au haras comme poulinière. Mais la President Cup a été quelque chose d’extraordinaire ! De même, voir un cheval comme Rmmas remporter trois épreuves est quelque chose de très gratifiant. L’entourage a pu voir les progrès accomplis par un cheval qui n’avait jamais gagné de Groupe PA auparavant. Et ici, il y a de bons chevaux, croyez-moi.

Êtes-vous un entraîneur heureux ?

Tout à fait car entraîner pour le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan est quelque chose d'extrêmement gratifiant.

TOUR DE COUR

Ziyadd (M6) - « Un très bon cheval. »

Rmmas (M5) - « Le frère de Joudh et de Mabrooka, un bon cheval. »

Mirna (F6) - « Elle est placée de Listed PA en France et n’a couru qu’une seule fois pour moi, étant arrivée vraiment tardivement à l’écurie. Elle a pris la cinquième place du Liwa Oasis (Gr. II PA) en étant enfermée. Son jockey, Adrie de Vries, m’a dit qu’elle avait eu peur des autres et n’a pu s’engager, sans quoi il pense qu’il aurait lutté pour la victoire. Cette sortie est donc très bonne. »

Shateh (M9) - « Un bon cheval qui a connu beaucoup de problèmes. Je pense que nous avons réglé l’essentiel et je compte sur lui la saison prochaine. »

Dahham (M5) - « Il est troisième de la H.H. The President Cup (Gr. I PA) à Abu Dhabi sur 2 200 mètres. C’était un peu long pour lui. C’est un vrai cheval de 1 600 mètres. J’espère faire quelque chose avec lui la saison prochaine. C’est d’ailleurs le frère de Shateh. »

Munowra (F4) - « C’est une pouliche que le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan a acquise aux ventes de pur-sang arabes d’Arqana en 2016 (150 000 euros). Elle a gagné un maiden très facilement avant d’être deuxième de l’Arabian Triple Crown Round I (L. PA). Elle peut prétendre avoir un tempérament encore plus solide la saison prochaine. Elle est belle, saine et nous pourrons la rallonger. »

Hajeeb (M?) - « Il a eu un petit pépin à une articulation mais tout semble aller pour le mieux désormais. L’opération a été un succès. C’est un vrai cheval de dirt, un vrai cheval pour Meydan et je compte bien sur lui la saison prochaine. »