PRIX DE DIANE LONGINES J-1 - George Strawbridge, cet Américain qui rêve des classiques européens

Courses / 15.06.2018

PRIX DE DIANE LONGINES J-1 - George Strawbridge, cet Américain qui rêve des classiques européens

PRIX DE DIANE LONGINES J-1

George Strawbridge, cet Américain qui rêve des classiques européens

Par Adrien Cugnasse

Ce dimanche, With You portera les couleurs de son éleveur et propriétaire dans le Prix de Diane Longines. C’est sur elle que reposent les espoirs classiques d’un éleveur et propriétaire américain atypique qui voue une véritable passion à l’Europe des courses…

Alors qu’il a déjà dépassé les 80 ans, George Strawbridge reste un immense passionné de la chose hippique. Il était d’ailleurs présent à ParisLongchamp le 25 mai pour voir With You (Dansili) échouer du minimum dans le The Gurkha Coolmore Prix Saint-Alary (Gr1). Au mois de février, avec douze poulains et pouliches engagés dans les classiques, cet Américain était l’un des propriétaires les plus représentés. Surtout, le nombre de ses engagements était en nette progression par rapport à l’année précédente. Son âme de sportsmen se ressentait jusqu’au choix des engagements : With You et Rock my Love (Holy Roman Emperor) figuraient également dans la liste du Qipco Prix du Jockey Club (Gr1)… Cette ambition classique passe aussi par des achats clés en main. Ainsi, il a acquis Who’s Steph (Zoffany) après sa victoire dans les 1.000 Guineas Trial Stakes (Gr3) à Leopardstown le 14 avril dernier. Elle s’est ensuite classée septième des 1.000 Guinées d’Irlande…

Un palmarès atypique. George Strawbridge a déjà gagné trois classiques en Europe (en tant qu’éleveur ou en tant que propriétaire) : le St Léger (Lucarno) et le St Léger irlandais, par deux fois (Turgeon, Collier Hill). En dehors des épreuves de tenues, ses représentants ne sont pas encore parvenus à remporter un classique sur les distances les plus convoitées, c’est-à-dire 1.600m (Poule d’Essai et Guinées), 2.100m (Jockey Club et Diane) ou 2.400m (Derby, Oaks). Outre-Manche, sa meilleure performance est à mettre au crédit de Presenting (Mtoto), troisième du Derby de Lammtarra (Nijinsky). En France, il a obtenu ses meilleurs résultats dans la Poule d’Essai des Pouliches où Seebe (deuxième d’Always Loyal) et Fantasia (troisième d’Elusive Wave) sont montées sur le podium. Aucun cheval paré de la casaque verte et blanche n’a terminé dans les trois premiers du Prix de Diane Longines. Ce dimanche, With You aura donc une double mission : offrir à son éleveur et propriétaire un premier classique en France, mais également décrocher son premier classique sur une distance intermédiaire.

Venger sa sœur. We Are (Dansili), la propre sœur de With You, avait certainement les moyens de remporter un classique. Invaincue en trois sorties, elle avait survolé le Prix Saint-Alary (Gr1) avant d’être distancée suite à un contrôle antidopage. En effet, son taux de testostérone était trop élevé. Après investigation, il s’est avéré que ce taux anormal était lié à une tumeur ovarienne qui lui a été retirée. We Are avait été ainsi privée de Diane où elle aurait assurément eu un premier rôle à jouer. Surtout qu’en fin de saison, elle avait remporté dans un éclair de classe le Prix de l’Opéra Longines…

GEORGE STRAWBRIDGE ET LES CLASSIQUES EUROPÉENS

Cheval Classique Place Entraîneur Rôle

Lucarno St Léger 1er J. Gosden Él. & Pr.

Turgeon Irish St. Léger 1er J. Pease Él. & Pr.

Collier Hill Irish St. Léger 1er A. Swinbank Él.

Seebe Poule d'Essai des Pouliches 2e I. Balding Él. & Pr.

Presenting Derby 3e J. Gosden Él. & Pr.

Fantasia Poule d'Essai des Pouliches 3e L. Cumani Pr.

Quand la génétique surprend. George Strawbridge est très connu pour avoir élevé et fait courir de remarquables chevaux de vitesse comme Silver Fling (Prix de l'Abbaye de Longchamp, Gr1), Treizième (Prix Jean-Luc Lagardère, Gr1) et bien sûr l’inoubliable Moonlight Cloud (Prix Jacques Le Marois, Maurice de Gheest, trois fois, de la Forêt et du Moulin de Longchamp, Grs1). Ses objectifs en tant qu’éleveur sont pourtant bien différents. En 2012, il confiait à Steve Dennis du Racing Post : « L’élevage, c’est composer avec les accidents de la génétique. Je suis toujours ébahi quand je sors un très bon cheval. J’élève pour les courses qui demandent une certaine tenue. Quand je me rends compte qu’un de mes chevaux ne peut pas dépasser 1.400m, ma première réaction est de dire : "bon sang, j’ai élevé un sprinter !" Bien sûr, le fait que Moonlight Cloud possède autant de vitesse n’est pas totalement un accident, puisqu’elle est une fille d’Invincible Spirit. » On trouve d’ailleurs un peu de tenue dans la famille de cette championne étant donné que sa troisième mère avait donné Generous (Derby d’Epsom, Derby d’Irlande, King George VI & Queen Elizabeth Stakes, Grs1). Depuis plusieurs décennies, George Strawbridge fait appel aux services de James Wigan (London Thoroughbred Services). C’est lui qui a acheté aux ventes des juments comme Bellarida (la deuxième mère de We Are et With You), Ventura (la mère de Moonlight Cloud), ainsi que les aïeules de plusieurs autres gagnants de Gr1 de notre éleveur et propriétaire américain (Lucarno, Selkirk, Turgeon…). James Wigan a déclaré : « Bellarida était une belle jument, bien faite, avec de la taille. Elle était bien née, avait gagné un Groupe et fait preuve de dureté en course. Nous essayons de trouver des reproducteurs sains, avec de la classe, quelle que soit leur distance de prédilection. Ensuite, nous évitons de croiser des extrêmes, tout en espérant obtenir des sujets performants de 1.600 à 2.400m. Dansili, le père de We Are et With You, était un très bon étalon qui produisait des chevaux durs, avec de la classe. Le croisement avec In Clover était surtout complémentaire sur le plan morphologique. Si bien que nous l’avons reproduit cinq fois. In Clover a aussi donné Call the Win (Frankel) qui vient de se classer bon troisième sur 2.800m. En utilisant Frankel, nous nous attendions à avoir un cheval doté de plus de vitesse. En 2015, nous avons vendu Incahoots (Oasis Dream & In Clover), lauréate du Prix Saônois (L) à l’élevage Wertheimer… Or c’est auprès d’eux que nous avions acquis Bellarida en 1997. » 

L’attachement à la tenue. Il est très difficile de prédire quelle sera la tenue d’un poulain à naître. Et lorsque l’on a des ambitions classiques, on peut parfois avoir des surprises, avec des chevaux qui ont moins de tenue que prévu… ou qui en ont plus ! Pourtant, cette deuxième option, qui fait grimacer bien des éleveurs modernes, ne semble pas être problématique pour George Strawbridge. Au contraire. En 2012, quand Steve Dennis lui a demandé quelle était la victoire qui lui tenait le plus à cœur, l’Américain a répondu : « Le St Léger de Lucarno. Je le place au-dessus de mes trois victoires de Breeders’ Cup. Je suis passionné par les chevaux de gazon et de distance. » Et justement, c’est dans cette catégorie que l’Américain a décroché ses trois succès classiques européens. Dès lors, personne n’est surpris de retrouver ses anciens représentants parmi les pères de sauteurs les plus recherchés, à l’image de Presenting (Mtoto), tête de liste à plusieurs reprises outre-Manche ou de l’inusable Turgeon (Caro), qui a encore gagné un Groupe à Auteuil cette semaine avec la victoire de La Griottière dans le Prix Sagan (Gr3).

Passionné par l’Europe et ses courses. Dans cette quête classique, George Strawbridge exprime sa passion pour les courses et la sélection à l’européenne. Il n’a d’ailleurs pas hésité à confier à la presse anglo-saxonne : « Les courses sur gazon sont plus authentiques et plus glamour que les courses américaines, disputées essentiellement sur le dirt. Je préfère vraiment les courses en Europe, cela ne fait aucun doute. Pourtant, les allocations n’y sont pas énormes, à moins que vous n’ayez un champion. Mais c’est très agréable d’y courir… Et il y a une réelle rigueur. On ne voit pas de vétérinaire déambuler dans les écuries comme aux États-Unis. » Dans son pays, George Strawbridge mène une interminable bataille, depuis plusieurs décennies, contre la médication. En France, il a actuellement vingt-deux chevaux à l’entraînement, tous chez Freddy Head, au sujet duquel il a déclaré : « Il dit toujours la vérité et n’essaye pas de faire passer des vessies pour des lanternes, en laissant penser qu’un honnête cheval est un champion. Cela peut sembler un détail, mais c’est en fait fondamental. »