ENCOURAGEMENTS : LE GRAND DÉBAT ! - Gérard Larrieu : « Faisons preuve de pragmatisme ! »

Courses / 14.08.2018

ENCOURAGEMENTS : LE GRAND DÉBAT ! - Gérard Larrieu : « Faisons preuve de pragmatisme ! »

ENCOURAGEMENTS : LE GRAND DÉBAT !

Gérard Larrieu : « Faisons preuve de pragmatisme ! »

C’est sur les réseaux sociaux que Gérard Larrieu, courtier, éleveur et propriétaire, a lancé le débat sur les primes éleveurs, notamment sur la suppression de celles concernant les chevaux de 6ans et plus. Mais, c’est dans Jour de Galop qu’il a choisi de développer son analyse…

Jour de Galop. - Samedi, vous avez posté un message sur Facebook qui a fait beaucoup réagir. Vous y rappeliez que la France était le seul pays à distribuer des primes éleveurs, et que la prime pour les vieux chevaux n’était pas près de revenir. Vous estimiez que c’était un combat perdu d’avance. Pourquoi avoir posté ce message ?

Gérard Larrieu. - Je n’ai pas l’habitude d’intervenir dans les débats concernant l’institution des courses. Mais dans le contexte actuel, j’ai voulu jeter un pavé dans la mare afin de créer un débat, en utilisant les réseaux sociaux… Ce qui est d’ailleurs une erreur, car cela donne l’occasion à quelques rares intervenants de jeter leur fiel et leur aigreur en étant en permanence hors sujet.

Quel a été l’élément déclencheur de ce post ?

Je voulais réagir à la lettre du Dr Fremiot où il parlait au nom des éleveurs du Sud-Ouest dont je fais partie. En cette période où les enjeux décrochent (-10 % en juillet), il y a le feu dans la maison et l’institution doit prendre des mesures drastiques. Il est mal vu d’évoquer le sujet des primes éleveurs pour les vieux chevaux en ce moment. Mais peut-être que si nous n’avions pas autant de courses pour vieux chevaux de qualité médiocre, nous n’aurions pas été obligés de la supprimer…

Ces primes ont été supprimées pour participer à l’effort global d’économie de 25 millions…

Les économies ont été rendues indispensables par la conjoncture. En ce qui concerne les économies de gestion, je laisse le soin à France Galop de prendre ce problème à bras le corps. Il a fallu aussi réduire les allocations, les primes et subventions de toute sorte.

Que proposent certains sur les réseaux sociaux notamment ? De réduire les allocations et les primes éleveurs pour toutes les courses de Groupe. Selon eux, elles sont gagnées par des chevaux trop sélectionnés (qui coûtent trop cher à produire), et qui appartiennent à des propriétaires qui ont tort d’être riches et donc n’ont pas besoin de cet argent !

Mais il faut que tout le monde sache que les gagnants de Groupes ont été très impactés par la baisse des allocations. Deux exemples, l’un avec un « petit » éleveur, François Mathet ; et l’autre avec un « gros » éleveur, l’écurie Wertheimer & Frère. Laurens, lauréate de deux Grs1 cette année, a fait gagner 134.000 € à son éleveur François Mathet. Si elle avait réalisé les mêmes performances l’an dernier, ce montant aurait été de 176.000 € ! Manque à gagner : 42.000 €. Passons maintenant à Polydream. Pour sa victoire dans le Prix Maurice de Gheest, ses propriétaires-éleveurs ont touché 298.000 €. Ils auraient empoché 391.000 € l’an passé. Manque à gagner : 93.000 €. Pour Laurens et Polydream, la baisse a été de 24 % ! Leurs propriétaires et éleveurs ont donc fait un effort supérieur à la moyenne, et supérieur à celui demandé à d’autres catégories, moins relevées. Donc, il faut arrêter avec les contrevérités et les raccourcis.

Et sur l’alternative conçus/non conçus ?

Il est bon de faire aussi un petit rappel sur les primes à l’éleveur. En plat, la prime pour les conçus est de 15 %. Elle est de 10 % pour les non conçus. En 2018, France Galop a choisi de la supprimer pour les 6ans et plus, à l’exception des courses de Groupe. Pour dégager la même économie (2,8 millions au total), sans toucher à la prime pour les vieux chevaux, il aurait fallu baisser les taux de primes ainsi : 13 % pour les conçus, et 8,5 % pour les non conçus… Or, on le sait, et les études chiffrées l’ont démontré, 90 % des primes sont gagnés entre 2 et 5ans. Autrement dit, le travail de l’éleveur est rémunéré à 90 % entre 2 et 5ans.

Comprenez-vous tout de même ceux qui regrettent la disparition des primes pour les 6ans et plus ?

L’essence même de l’élevage, c’est la sélection par la course. Mais évidemment, en France, le mot sélection passe mal. Il faut donc subventionner les mauvais pour faire des partants.

C’est comme si dans le Tour de France, on récompensait de la même manière les équipes Movistar et Sky qui sont en tête, que la Lotto Soudal, classée dernière. Il est évident que les coureurs de la Lotto Soudal ont souffert autant et même sans doute plus que ceux de la Sky, mais ils sont derniers ! Concernant les chevaux de 6ans et plus, je me suis amusé à étudier les effectifs de cinq éleveurs représentatifs de la diversité française. Le rating moyen des chevaux privés de prime est de 25. À ce niveau de valeur, ne seraient-ils pas plus heureux à faire des promenades sur une plage qu’à se produire sur un champ de courses ? Sans compter que, contrairement aux idées reçues, plus la qualité des chevaux qui composent la course est basse, plus les enjeux sont tirés vers le bas. Et vice-versa si on augmente la qualité.

Pourquoi ? Parce que les parieurs jouent plus en confiance sur les bons chevaux, dont les entourages sont connus, les valeurs sûres, etc. À nombre de partants égal, un maiden fera plus qu’un réclamer. Trois exemples chiffrés, à Cagnes, cet hiver :

- Maiden de 3ans : 10,6 déclarés partants en moyenne : enjeux par course de 713.000 € ;

- Réclamer de chevaux d'âge : 10,1 déclarés partants en moyenne : enjeux par course de 556.000 € ;

- Réclamer de 3ans : 11,6 déclarés partants en moyenne : 582.000 €.

Toute activité d’élevage, si elle veut être viable, doit être commerciale. Or, dans toutes les activités économiques, naturellement, les moins performants disparaissent, alors que les plus performants prospèrent. Protectionnisme, primes, subventions entraînent systématiquement au fond du gouffre. Les courses en Italie et en Belgique en sont la preuve la plus récente.

Que proposez-vous ?

Deux constats d’abord. Nous faisons face à plusieurs mutations. Les revenus de l’institution des courses sont basés sur le jeu, mais la clientèle se meurt, et nous n’avons pas su la remplacer. Nous proposons en 2018 le même mode de pari qu’il y a quarante ans. La nouvelle clientèle se dirige vers les paris sportifs, poker, Française des Jeux !

La mutation concerne aussi les chevaux : Chantilly est passé de plus de 3.000 chevaux à 2.000 à peine. Idem pour Maisons-Laffitte qui ne compte plus que 500 équidés. Ces chevaux sont partis vers le Grand Sud-Ouest, ou Deauville qui affiche complet. Face à ces mutations, nous devons faire preuve de pragmatisme.

Le programme des courses, et notamment les meetings tels qu’ils sont organisés en Angleterre, permet de concentrer les énergies sur des laps de temps courts. Il faut donc les favoriser.

Tous ces nombreux projets d’avenir doivent être mis dans les mains de professionnels par France Galop. On ne peut pas demander à la même personne de gérer la maison qui brûle, les ressources humaines, d’organiser l’accueil des propriétaires, de chercher et négocier des sponsorings… et de prévoir et préparer les grands projets de demain.

Comment vous positionnez-vous dans cet environnement ?

Je voudrais rappeler à ceux qui me reprochent de n’être que courtier que je suis fils d’un petit éleveur du Sud-Ouest. J’ai acheté ma première jument à 14 ans. J’ai exercé tous les métiers de l’élevage. J’ai ensuite été assistant de François Boutin et de Matt Miller. Si j’ai été amené à faire du business, plutôt que de m’installer comme entraîneur, c’est suite à un concours de circonstances… Avec mes deux frères, j’ai repris l’affaire familiale, et d’une ferme de 20 ha avec 15 chevaux, nous en avons fait une structure de 150 ha avec une centaine de chevaux !

Nous devons tous nous remettre en question : l’institution, les acteurs des courses… Nous, éleveurs commerciaux ou pas, nous sommes tous dans le même bateau. Il n’y a pas de petits éleveurs. Il y a des gens petits et il y a ceux qui se battent pour évoluer… Le marché des chevaux à l’entraînement, que ce soit en plat ou en obstacle, n’a jamais été aussi dense et porteur. Le métier d’éleveur, en pleine mutation, est lui aussi très porteur, comme en témoigne la réussite de nombreuses jeunes structures qui ont su s’adapter à leur environnement. Alors, relevons nos manches et travaillons ensemble !