Pourquoi aimons-nous tant le prince Khalid Abdullah ? - Par Franco Raimondi

Courses / 08.10.2018

Pourquoi aimons-nous tant le prince Khalid Abdullah ? - Par Franco Raimondi

Pourquoi aimons-nous tant le prince Khalid Abdullah ?

Par Franco Raimondi

Nous avons gagné ! Je dis "nous", parce que le vert, rose et blanc du prince Khalid Abdullah, c’est le drapeau de la passion et de tous les passionnés de courses et d’élevage. Son sixième Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, le quatrième avec un produit maison, c’était un peu le nôtre aussi. Les autres grandes opérations du galop européen nous inspirent un sentiment d’admiration, de respect… mais souvent d’impuissance. Le prince Khalid Abdullah, ou plutôt M. Khalid Abdullah comme il aime apparaître dans Horses in Training, est notre modèle à tous. Pourquoi ? Voici six raisons, six comme ses Arc de Triomphe…

1. Parce qu’il aime le sport

Le prince Khalid Abdullah a le goût du défi. Tous ses gagnants d’Arc ont couru au moins une fois après avoir remporté la grande course sauf Rainbow Quest (Blushing Groom) et Rail Link (Dansili). C’est le cas de Dancing Brave (Lyphard), qui avait accepté le voyage en Californie pour la Breeders’ Cup Turf en 1986, et de Workforce (King’s Best), qui a été gardé à l’entraînement à 4ans. Enable (Nathaniel) a suivi le même chemin avec la réussite que l’on connaît. D’autres champions ont joué avec succès les prolongations, alors que, pour des raisons commerciales, ils auraient pu prendre leur retraite. Frankel (Galileo) a encouru le risque de perdre son invincibilité à 4ans et il nous a offert cinq merveilles supplémentaires. Arrogate (Unbridled’s Song) aurait pu partir au haras après sa Breeders’ Cup, mais il est resté à l’entraînement et il est devenu le cheval le plus riche du monde avec le coup de deux Pegasus World Cup - Dubai World Cup.

2. Parce qu’il est fidèle à ses collaborateurs

Les chevaux passent, les entraîneurs restent. De mémoire, aucun professionnel n’a été remercié par le prince Abdullah. Les mauvaises saisons n’influent pas sur le jugement de ses collaborateurs. Il y a une hiérarchie au moment de la distribution des yearlings, mais une ou plusieurs années difficiles ne sont pas une raison suffisante pour oublier les succès et les motivations de ses choix. Travailler avec des chevaux Juddmonte, c’est un titre d’honneur pour tous les entraîneurs. C’est pareil avec tous ses collaborateurs, sauf à de très rares exceptions. L’équipe de Juddmonte est solide, fidèle, dévouée. Le prince est fidèle à ses chevaux aussi : en témoigne cette vidéo de ses juments retraitées. https://youtu.be/Iai6fLopz88)

3. Pour la solidité de son élevage depuis trente ans

L’élevage du prince Abdullah a produit cent onze gagnants de Gr1 depuis 1988, quand Warning (Known Fact) a remporté les Sussex Stakes et les Queen Elizabeth Stakes. En trente et une saisons, il a gagné au moins un Gr1, sauf en 2016 et en 1998. Cette année, avant ce fameux dimanche, il affichait encore un score de zéro. Et pourtant, outre Enable, il compte trois chevaux de Gr1 en puissance : le malheureux Calyx (Kingman), le difficile Expert Eye (Acclamation) et le prometteur Sangarius (Kingman) qui samedi, à Newmarket, sera le grand rival du favori Too Darn Hot (Dubawi) dans les Darley Dewhurst Stakes (Gr1).

Tous les gagnants de Gr1 de Juddmonte durant la période 1992 - 2016 sont des produits maison. La décision de revenir doucement sur le marché des yearlings a payé presque tout de suite avec un certain Arrogate. Chez Juddmonte, même dans la gestion des étalons, tout est bien réglé : pas de navette dans l’hémisphère Sud, pas de carnets trop chargés pour les étalons afin de les faire durer et ne pas inonder le marché, au bénéfice de leurs clients, très peu de foal sharing. Le résultat de cette gestion est exceptionnel. Juddmonte n’est ni une machine qui génère du profit ni un puits sans fond qui engloutit des millions. C’est une entreprise saine, qui produit en plus des œuvres d’art !

4. Parce qu’il n’hésite pas à expérimenter

Les amoureux des pedigrees se font plaisir en se penchant sur les origines Juddmonte et les croisements. Il y a quelques années, on se demandait si un inbreeding 3 × 3 sur Sadler’s Wells (Northern Dancer) était un risque jouable. Juddmonte nous a apporté la réponse : Enable est inbreeding 3 × 2 sur le grand étalon Coolmore. La philosophie de Juddmonte en matière d’élevage est moderne, jamais banale, mais en même temps très solide.

5. Parce qu’il a su fabriquer son autonomie

Le premier lauréat classique issu d’un étalon maison fut Quest for Fame (Rainbow Quest), le héros du Derby en 1990. C’est au cours des premières années du troisième millénaire que Juddmonte est réellement devenu une opération d’élevage capable de sortir des champions de ses étalons et ses poulinières. Il y a dix ans, quand Dansili (Danehill) et Oasis Dream (Green Desert) ont pris place parmi les meilleurs étalons d’Europe, Juddmonte les a beaucoup utilisés, comme pour ses autres étalons, au point qu’un quart ou un tiers seulement de leurs poulinières allaient à la saillie à l’extérieur.

Le prince Abdullah et ses collaborateurs ont toujours cherché ailleurs ce qu’ils n’avaient pas à la maison pour se rapprocher de l’autonomie. Il leur manquait un vrai Sadler’s Wells - Galileo et ils ont réussi à le fabriquer : un certain Frankel. Ce n’est pas du tout une chose nouvelle chez Juddmonte : après avoir laissé partir Danehill (Danzig) — l’étalon qui détient le record de gagnants de Gr1 (89) — ils ont fait son continuateur : Dansili.

6. Parce qu’il prend du plaisir à partager

Juddmonte a vendu Danehill, mais aussi d’autres étalons qui n’auraient pas trouvé leur place dans l’élevage maison. Ils ont ensuite réussi aussi bien aux ventes que sur les pistes, comme Showcasing (Oasis Dream), Camacho (Danehill) et, pour l’obstacle, Martaline (Linamix). Mais c’est surtout avec les poulinières et les pouliches sortant de l’entraînement que cet élevage fait des merveilles. Depuis 1998, les consignments Juddmonte aux trois ventes de Tattersalls (February, Horses in Training et December) ont engendré un chiffre d’affaires de 74,55 millions de Gns et un prix moyen de 30.987 Gns pour 2.406 vendus. Une partie vient de chevaux à l’entraînement, de plus en plus recherchés par les acheteurs du Moyen-Orient et d’Australie, mais la majorité vient des femelles. Le consignment Juddmonte chez Tattersalls est toujours l’un de points forts de la vente. En 2016, les femelles du prince ont même enregistré un chiffre d’affaires plus important que le top price de la vente. Pour chaque éleveur, rentrer dans une souche Juddmonte, c’est à la fois un plaisir de collectionneur et un investissement. Vingt et une juments vendues par Juddmonte ont produit un gagnant de Gr1, dont Tugela (Riverman), la mère de la légende australienne à trois Melbourne Cup, Makybe Diva (Desert King), ou encore Green Room (Theatrical) qui a produit trois gagnants de Gr1, les deux propres sœurs Forever Together et Together Forever, par Galileo, et Lord Shanakill (Speightstown). Le dernier produit de Green Room passé sur un ring a enregistré mercredi le record des pouliches chez Goffs : 3,2 millions !

À chaque fois qu’un cheval de Juddmonte gagne un Groupe, c’est du plaisir pour les supporters et ce plaisir est partagé aux quatre coins du monde par un ou plusieurs petits éleveurs. Enable a gagné pour nous tous.