Christian Bresson, un permis d’entraîner dans la cour des grands

Magazine / 24.11.2018

Christian Bresson, un permis d’entraîner dans la cour des grands

Malgré un effectif très réduit – deux chevaux en moyenne –, Christian Bresson est régulièrement présent au niveau black type. Âgé de 73 ans, cet ancien journaliste a toujours élevé, possédé et entraîné de bons chevaux, à l’image de Whim. Dernièrement, il a été une nouvelle fois mis à l’honneur grâce à un produit maison, Palpitator. Cet homme discret a accepté de lever une partie du voile qui entoure sa réussite…

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Vous alignez les bons résultats avec Palpitator, qui vient de conclure deuxième du Prix du Grand Camp (L). Vous en êtes en partie l’éleveur, mais aussi le propriétaire et l’entraîneur. Cela doit être une grande satisfaction personnelle…

Christian Bresson. – Oui, d’autant que le cheval a manqué le début de saison, qui lui aurait pourtant été propice avec les terrains collants. Il s’était coincé dans son box l’hiver dernier et s’était fait mal au jarret, raison pour laquelle il n’a fait sa rentrée que cet été. J’ai reçu des propositions d’achat pour lui, mais je les ai refusées [Palpitator avait déjà conclu deuxième dans le Prix Vulcain (L), battu d’un nez, ndlr]. J’avais essayé de le vendre lorsqu’il était poulain, sans résultat. Son père, Motivator (Montjeu), est un bon étalon, mais certainement pas apprécié à sa juste valeur. Sa mère, Féerie Stellaire (Take Risks), était prometteuse, mais elle a eu une fêlure et n’a jamais couru. J’ai gardé Palpitator entier car il possédait déjà un beau modèle et il ne posait pas de problèmes. Sa deuxième mère, Comète de Halley (Lichine), était bonne et lui-même montrait pas mal d’aptitudes le matin. Finalement, il n’a pas réalisé une carrière digne d’un futur étalon. Il y a une grosse concurrence chez les reproducteurs et ses performances actuelles ne suffisent pas pour le faire entrer au haras. S’il reste bien et que le lot est à sa portée, il courra peut-être le Prix Max Sicard (L) à Toulouse, le 9 décembre. Il passera un hiver tranquille et nous essayerons de lui faire gagner un petit Groupe l’année prochaine.

Vous connaissez bien sa branche maternelle, puisque vous possédez la souche depuis longtemps. Racontez-nous comment l’histoire a commencé…

Tout a commencé avec la troisième mère de Palpitator, Sparte (Val de l’Orne), une jument que j’avais achetée chez Alec Head à l’amiable. Elle n’a guère brillé en compétition, mais elle a donné deux bons chevaux, dont Comète de Halley, qui se classa notamment troisième de Gr3 à Hanovre, sous mes couleurs et sous l’entraînement de Jean-Marie Béguigné. Ce jour-là, nous l’avions emmenée jusqu’en Allemagne avec ma femme, Sylvie, dans un vieux Citroën TUB ! Elle avait conclu troisième tout près, après avoir attendu dans une course sans train. Comète n’a ensuite produit qu’une femelle, la mère de Palpitator. J’ai toujours voulu garder les femelles de la famille. Ma femme est, comme moi, une grande passionnée. Nous avons commencé l’élevage avec deux juments, Sparte et Valenda (French Friend), et elles ont toutes les deux très bien produit. Valenda a donné plusieurs vainqueurs, dont Queen Place (Diamond Prospect), qui m’a à son tour donné le bon Hinterland (Poliglote). J’ai vendu ce dernier et il a notamment gagné un Gr1 sur les gros obstacles de Sandown. Sa propre sœur, Lofte Place (Poliglote), a gagné à Auteuil et s’est classée aussi deuxième du Prix Magne (L) et quatrième du Prix Bournosienne (Gr3).

Vous aviez déjà entraîné un cheval de Listed, avec Whim. Comment aviez-vous acquis cette jument, qui était bien née ?

Nous avions acheté Whim à peu près 12.000 € aux ventes Goffs à Saint-Cloud. Elle me plaisait beaucoup et elle marchait très bien. Sa mère, Loretta Gianni (Classic Account), avait fait l’arrivée de Groupe à de multiples reprises. Whim n’avait pas beaucoup de modèle, mais une très jolie tête, et j’attache de l’importance aux chevaux qui marchent bien et qui ont un bon œil. C’est la meilleure que j’aie entraînée, elle a gagné le Prix Charles Laffitte (L) et elle a fait l’arrivée de Groupe à plusieurs reprises. Elle avait une double accélération ! On m’en a proposé beaucoup d’argent et je ne l’ai pas vendue. Malheureusement, elle est morte en poulinant de son premier produit, qui n’a pas survécu non plus.

Comment vous est venue cette passion des chevaux ?

Mon père était officier de cavalerie et la passion m’est venue très jeune. J’envisageais d’enseigner l’équitation et j’ai donc passé mon brevet de moniteur, puis j’ai opté pour le journalisme. J’ai fait un stage de deux mois au Paris-Turf avant d’entrer au Figaro, où je suis resté durant 35 ans. J’ai obtenu mon permis d’entraîner dans les années 1970 et j’ai pu concilier mes deux passions. Quand j’ai eu Whim, on m’a proposé de passer ma licence d’entraîneur public, mais j’ai préféré garder mon activité familiale.

Vous gardez la majorité des chevaux que vous élevez. Est-ce un choix ?

J’essaye de les vendre lorsqu’ils sont yearlings mais, quand je ne réussis pas à les vendre, je les amène à la maison et je les garde. Je regrette que les chevaux soient devenus pour beaucoup une question d’argent. Il y a énormément de chevaux sur le marché, qui est de plus en plus sélectif. C’est difficile de vendre, et puis je fais beaucoup de sentiment avec mes chevaux.

Vous avez été associé en tant qu’éleveur avec de grands noms tels que les frères Wertheimer ou encore Shadaï Farm. Comment est-ce possible ?

J’ai fait des foal sharing avec eux afin de pouvoir obtenir des saillies de bons étalons comme Groom Dancer (Blushing Groom), par exemple. J’en ai fait aussi avec la famille Maktoum. Lorsqu’on possède une jument de qualité, on peut se le permettre et obtenir des saillies de valeur sans trop dépenser.

Pourquoi n’entraînez-vous pas de chevaux d’obstacle ?

Lorsque je travaillais au Figaro, j’écrivais surtout sur l’obstacle et j’ai toujours aimé cela. Mon premier gagnant, Lato (Carmarthen), s’est d’ailleurs imposé dans cette discipline, mais la discipline de l’obstacle est très difficile. J’aime que mes chevaux soient montés par de bons jockeys qui les connaissent bien, et il est rarement possible d’avoir toujours le même à sa disposition dans mon cas de figure. De plus, j’ai des chevaux qui vont bien en plat, donc j’aime autant les y laisser.

Comment gérez-vous l’entraînement de vos pensionnaires ? Quand on est permis d’entraîner, ça ne doit pas être évident de travailler seul…

J’ai un salarié, Frédéric Tison, qui monte mes deux chevaux. J’ai la chance de bien connaître Jean-Marie Béguigné et Nicolas Clément, qui me permettent de travailler mes pensionnaires avec les leurs. Ce sont tous les deux des entraîneurs classiques, remarquables, qui savent tirer la quintessence de leurs chevaux. Pour ce qui est du reste, je fais tout moi-même, les boxes, la cour, les engagements… J’essaye d’entraîner mes chevaux pour leur bien. Je les fais sortir longtemps le matin et je les promène en main à l’écurie du soir. Je tiens compte de leur forme, je ne les surclasse pas, et je leur montre beaucoup d’affection mais sans rien leur céder, un peu comme il faut faire avec les enfants ! Je ne demande pas d’efforts rapprochés à mes chevaux. J’ai toujours fonctionné comme cela par amour pour eux, et ils me le rendent bien !

Vous habitez à Lamorlaye, où vous entraînez également vos chevaux. Êtes-vous un éleveur sans sol ?

Oui, j’ai deux poulinières chez Pierre Lamy, au haras de Pierrepont, et une chez Éric Aubrée, au haras de la Placière. Je les exploite en association avec eux. Au niveau des croisements, j’essaye dans la mesure du possible de choisir des étalons confirmés et de reproduire ce qui a marché. La mère de Palpitator est d’ailleurs pleine de nouveau cette année de Motivator.

Vos enfants sont-ils aussi passionnés que vous ?

Mes enfants montent tous à cheval et ils aiment tous cela, mais ma fille Flavie est la seule qui compte en faire son métier. Elle a monté un peu en courses d’amateurs et elle souhaite s’installer entraîneur public à terme. Elle prendra donc la relève ! Elle a déjà fait des stages chez Jean-Marie Béguigné et Willie Mullins, et elle travaille actuellement chez Joseph O’Brien.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre carrière de journaliste ?

J’ai été le premier à écrire des articles dithyrambiques sur André Fabre. Je voyais ses chevaux, qui étaient très bien présentés, très beaux, et qui sautaient avec plaisir. Ils arrivaient prêts aux courses et ils répétaient. Je n’ai jamais revu un aussi bon entraîneur, même s’il y en a évidemment d’autres, réussir de manière aussi flagrante. Une amie, Mme Volterra, m’avait dit à l’époque que lire mes articles sur André Fabre l’avait incitée à placer ses chevaux chez lui, mais elle m’avait peut-être dit ça pour me faire plaisir (rires) ! C’était une dame pleine de bons sentiments.