Des chiffres et des chevaux…

Élevage / 30.11.2018

Des chiffres et des chevaux…

Des chiffres et des chevaux…

New York est la ville qui ne dort jamais. Un peu comme les courses. Nous vivons en effet au cœur du seul sport qui ne prend jamais un seul jour de vacances. Le plus grand de tous les journalistes hippiques, le célèbre Tony Morris, ne s’en accordait pas, mais il s’installait plutôt dans une période de quasi-hibernation. Elle durait de novembre au Craven Meeting, c’est-à-dire mi-avril. Il prenait la peine de se réveiller deux ou trois jours pour les December Sale avant de replonger dans son demi-sommeil. Mais les temps ont changé et aujourd’hui la planète course ne s’arrête jamais, en particulier depuis l’arrivée de Dubaï et de son Carnival, véritable trait d’union entre les hémisphères Nord et Sud. L’élevage et les ventes, eux non plus, ne nous laissent aucun moment de répit ou de réflexion. L’époque de Federico Tesio est bien loin. Et le pezzo di legno, le fameux poteau d’Epsom, n’est plus le seul moyen utilisé pour sélectionner le pur-sang, pour juger un cheval, un étalon ou une poulinière.

Il y a le marché, bien sûr, qui est de plus en plus important. De nos jours, un étalon court le risque d’être enterré avant même la naissance de son premier produit. La montée en puissance des statistiques de ventes nous permet de juger de la réussite d’un étalon sur le marché, alors qu’il a simplement rempli ses premières juments. Nous allons certainement trop loin ! On a déjà entendu que tel ou tel étalon était décevant, car ses premiers foals avaient reçu un accueil glacial aux ventes. Le même sire pouvait être qualifié de catastrophe après les ventes des yearlings... avant de réussir avec ses premières générations en piste ! Souvenez-vous, pendant l’été 2013, ce qui se disait alors tout le monde attendait le premier gagnant de Sea the Stars (Cape Cross). On connaît la suite de l’histoire… pour cet étalon qui a eu deux produits sur le podium de l’Arc 2018.

Désormais, l’élevage, comme New York, ne dort donc jamais. Federico Tesio avait des mois entiers pour laisser galoper son inspiration. Même si son approche de l’élevage était assez scientifique, il n’était pas obsédé par les statistiques. Et encore moins par celles du marché, même s’il a été le premier véritable éleveur et propriétaire professionnel. En décembre, nous avons reçu une avalanche d’informations en vue de la saison 2019, en particulier de nombreux prix de saillies et une longue liste de nouveaux étalons. Les éleveurs vont donc avoir besoin de quatre yeux, pour surveiller quatre points : un pour les chevaux, un pour le budget, un autre pour le marché et un quatrième pour les statistiques.

Même s’ils sont toujours imparfaits, les chiffres sont importants et efficaces, surtout si l’on est capable de les nuancer avec son analyse de terrain. Il faut les interpréter et ne pas dépendre uniquement d’eux pour ses choix. La multiplication des classements peut devenir parfois déroutante si on ne sait pas ce que l’on recherche chez un étalon... C’est pour cela que nous vous proposons dans cette édition un "Dossier Étalons". C’est un premier coup d’œil vers la saison 2019. En élevage, comme en agriculture, il faut commencer à travailler en amont pour obtenir une belle récolte. Un peu de lecture constitue une bonne première étape, avant d’aller rendre visite aux sires, chez eux, à domicile, pour les regarder droit dans les yeux. Bref, prendre la Route des Étalons…