LE MAGAZINE - Jacques Ricou, le film d’une grande carrière

Courses / 26.11.2018

LE MAGAZINE - Jacques Ricou, le film d’une grande carrière

Par Christopher Galmiche

Vendredi 30 novembre, Jacques Ricou va raccrocher les bottes à l'issue de la dernière réunion d’Auteuil, après une carrière longue de plus de vingt ans. La plupart des épreuves de prestige françaises sont à son palmarès, de même que de grandes compétitions britanniques et italiennes. Au crépuscule de son œuvre, revenons sur les moments marquants de l’homme aux cinq Cravaches d’or, au record de victoires et aux plus de 1.300 succès.

10 mai 1998 : premier succès à Compiègne. La carrière de Jacques Ricou commence en 1997, à l’âge de 16 ans et demi. Il s’impose le 10 août 1997 avec un inédit de 2ans, Terrusson (Kaldoun), entraîné par son maître d’apprentissage, Guillaume Macaire. Mais n’ayant pas monté suffisamment en course pour pouvoir se mettre en selle sur un inédit de 2ans... il a donc été distancé à cause du règlement ! En 1997, il prend cinq places en cinq courses. Puis vient la délivrance. Le 10 mai 1998, en selle sur Crème Royale (Garde Royale), Jacques Ricou remporte sa première course, le Prix de la Forte Haie, sous les couleurs Fougedoire, à Compiègne. Le 17 juin 1998, il s’impose pour la première fois à Auteuil avec Shadwel (Jefferson) dans le Prix The Coyote. En 1999, il enlève une douzaine de courses, puis, à partir de 2000, il va s’installer dans le top-trois des jockeys d’obstacle tous les ans et son patron, Guillaume Macaire, va lui confier de plus en plus de chevaux de Groupe. C’est ainsi qu’en 2000, il va faire connaissance avec le crack Jaïr du Cochet (Rahotep), lequel va lui permettre de décrocher son premier Groupe, directement au niveau Gr1, dans le Final Junior Hurdle à Chepstow, en 2000.

Jacques Ricou

Né le 20 juillet 1980 à Château-Gontier

13 Cravaches :

5 en or (2005, 2006, 2007, 2008 et 2011)

4 en argent (2004, 2010, 2012 et 2014)

4 en bronze (2000, 2001, 2002 et 2003)

Record de victoires françaises en une saison d’obstacle : 133 succès (2006)

La barre des 100 victoires passée à quatre reprises (2005, 2006, 2007 et 2011)

Plus de 1.300 victoires dont 25 en plat

Le contrat Mulryan. En 2007, Jacques Ricou est devenu l’un des rares jockeys d’obstacle à bénéficier d’un contrat de première monte. De fait, il a succédé à Christophe Pieux en tant que premier pilote des chevaux de Sean Mulryan. Il s’est alors retrouvé en selle sur une myriade de vainqueurs de Groupe comme Mid Dancer (Midyan), Or Noir de Somoza (Discover d’Auteuil), Zaiyad (Sadler’s Wells), Cyrlight (Saint Cyrien)… Après cette période, il s’est installé en région parisienne et avait notamment travaillé à Maisons-Laffitte, pour Jehan Bertran de Balanda, tout en continuant à monter quelques pensionnaires de Guillaume Macaire jusqu’en 2013. Par la suite, Jacques Ricou a collaboré avec divers entraîneurs pour lesquels il a gagné des Groupes ou des Listeds, comme Jean-Paul Gallorini (Irouficar Has, Kotkikova **, Chegei Has, Roll on Has), François Nicolle (The Stomp, Alex de Larredya ** et Carlita du Berlais **), Philippe Peltier (Fleur d’Ainay, Baxter, Prince Oui Oui), Emmanuel Clayeux (Vézelay **), Guy Cherel (Volca de Thaix), Willie Mullins (Gitane du Berlais), Dominique Bressou (Milord Thomas, Échiquier Royal, Paulougas)…

De futurs sires sous sa selle. Jacques Ricou a été associé à plusieurs chevaux qui n’ont plus à faire leurs preuves en tant qu’étalon. Il a notamment monté Saint des Saints (Cadoudal), même si le jockey attitré de celui-ci était Benoît Gicquel. Avec lui, il a décroché le Prix Fifrelet (L) et pris deux places de Gr3. Il a aussi eu l’occasion de piloter Kapgarde (Garde Royale), avec lequel il a gagné le Prix Lusignan, ainsi que Balko (Pistolet Bleu), avec lequel il a enlevé les Prix Georges de Talhouët-Roy, Congress (Grs2) et Duc d’Anjou (Gr3)…

Le jockey de ces "dames". Les meilleurs jockeys terminent souvent leur carrière en ayant monté des juments qui sont devenues de grandes poulinières. Mais rares sont ceux qui ont piloté autant de futures mères de haut vol que Jacques Ricou. Ce dernier a monté Vie de Reine (Mansonnien), laquelle lui a offert son premier Groupe en France dans le Prix Edmond Barrachin (Gr3) 2002. Vie de Reine a aussi conclu troisième du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), avant de produire le vainqueur de Gr1 Terrefort (Martaline), mais également Grandissime (Saint des Saints), Taruma (Martaline), Las Ventas (Poliglote) et Vino Griego (Kahyasi), série en cours. Jacques Ricou a aussi piloté Liberthine (Chamberlin), avec laquelle il a enlevé le Prix de Chambly (L) et qui n’est autre que la sœur du crack Long Run (Cadoudal), gagnant de la Cheltenham Gold Cup, du Prix Maurice Gillois et du Prix Cambacérès (Grs1). Dans le même registre, on peut citer Scarlet Row (Turgeon), mère de Politologue (Poliglote), Flower des Champs (Robin des Champs), génitrice de plusieurs bonnes juments, Santa Bamba (Saint des Saints), mère de la championne De Bon Cœur ** (Vision d’État), Ladies Choice (Turgeon) et Shekira (Medaaly), lauréate du Prix Renaud du Vivier (Gr1)…

Le plus beau palmarès britannique chez les jockeys d’obstacle français. Jacques Ricou a incontestablement le plus beau palmarès anglais chez les pilotes tricolores. Jugez plutôt : grâce à Jaïr du Cochet (Rahotep), il a pu enlever de très grandes épreuves britanniques comme le Final Junior Hurdle, le Feltham Novices’Chase (Grs1), le Finesse 4yo Hurdle, le Premier Hurdle (Grs2), le Fulke Walwyn Novices’Chase (L), le Peterborough Chase et le Pillon Property Chase (Grs2). Si Jaïr du Cochet ne s’était accidenté mortellement lors d’un galop matinal, il compterait aussi une Cheltenham Gold Cup (Gr1) à son livre d’or. Avec un autre cheval appartenant à Francis Montauban, Tempo d’Or (Esprit du Nord), il avait enlevé le Final Junior Hurdle 2001 à Chepstow. Et avec Rigoureux (Villez), il a enlevé le Gran Premio di Merano (Gr1) en Italie. Le prochain jockey d’obstacle qui aura ce palmarès international n’est sans doute pas né…

LES 11 GRS1 DE JACQUES RICOU       

Milord Thomas Grand Steeple-Chase de Paris 2015
Prix La Haye Jousselin 2016
Prix La Haye Jousselin 2015
Prix La Haye Jousselin 2014
Prix Maurice Gillois 2013
Jaïr du Cochet Finale Junior Hurdle 2000
Feltham Novices’Chase 2002
Rigoureux Gran Premio di Merano 2012
Fleur d’Ainay Prix Ferdinand Dufaure 2014
Zaiyad Grand Prix d’Automne 2007
Monoalco Grand Prix d’Automne 2008

Le pilote des deux chevaux de cœur de Guillaume Macaire. Lors d’une longue interview qu’il nous avait accordée en 2016, Guillaume Macaire n’avait pas caché qu’il portait dans son cœur Jaïr du Cochet et Rigoureux. Deux chevaux qui sont d’ailleurs présents dans son bureau sous forme de tableaux. Et devinez-quoi, ces deux chevaux, Jacques Ricou en a été le pilote attitré. Belle récompense pour celui qui a fait ses armes chez Guillaume Macaire. L'entraîneur nous avait confié : « Le cheval qui m’a le plus marqué dans ma vie est probablement Jaïr du Cochet. Parce que la reine mère d’Angleterre m’a fait appeler dans sa loge, après l’une de ses victoires à Cheltenham. Il y a des choses marquantes en rapport avec ce cheval-là. Lorsqu’il s’est cassé la jambe, avant la Gold Cup, j’ai quand même reçu quatre-vingt lettres de condoléances en provenance du Royaume-Uni et seulement deux nationales. Il y a eu une minute de silence à Cheltenham juste avant la Gold Cup cette année-là. […] Je dois tout à ce cheval. Il m’arrivait d’être dans le fin fond de l’Angleterre, dans un pub, les gens venaient me dire : « Ah, vous êtes Macaire ! Jaïr du Cochet, Jaïr du Cochet ! » Avec lui, nous étions des rock stars. Un jour, lorsque nous sommes arrivés à la douane, le douanier nous a demandé ce que nous allions faire. Nous lui avons répondu que nous venions courir un cheval. Il a voulu savoir qui c’était. Nous lui avons répondu que c'était Jaïr du Cochet. Lui a enchérit : « Vous ne battrez pas Best Mate ! » Le soir quand nous sommes repassés, il nous a dit : « Respect ! » […] L’histoire autour de ce cheval que j’entraînais, appelé Rigoureux, qui a gagné, même à 12ans, le Grand Steeple de Merano, me tenait à cœur. Son nom résonnait en moi comme une règle d’or. C’est le cheval qui m’a fait passer la première fois la barre des deux cents gagnants dans une année. Il y avait une histoire. Les tablettes le garderont comme le plus vieux cheval à avoir gagné le Gran Premio di Merano. C’était un petit cheval, qui avait un cœur plus gros que lui. Jamais je ne l’oublierai. C’était de l’émotion à l’état pur. »

Les plus grands ont fait appel à ses services. Tous les meilleurs entraîneurs ont fait appel aux services de Jacques Ricou, avec succès, comme Guillaume Macaire évidemment, mais aussi Arnaud Chaillé-Chaillé, Willie Mullins, Philippe Peltier, Jehan Bertran de Balanda, Emmanuel Clayeux, François-Marie Cottin, Bernard Secly, Dominique Bressou, Guy Cherel et Jean-Paul Gallorini. Là encore, un palmarès impressionnant !

Milord Thomas, la dernière aventure. L’histoire d’amour entre le champion Milord Thomas (Kapgarde) et Jacques Ricou n’a pas commencé de la meilleure des manières. C’était le 17 juin 2013, dans le Prix Caldarium, un steeple disputé à Auteuil. Ils étaient alors tombés à la rivière des tribunes, d’où certainement les hésitations sur cet obstacle du champion. Deux mois plus tard, ils ont remporté un steeple à Dieppe, puis le Prix Bayonnet avant le Prix Maurice Gillois (Gr1). La suite, on la connaît : trois Prix La Haye Jousselin et un Grand Steeple-Chase de Paris (Grs1) pour le duo. Milord Thomas, c’était la dernière aventure au top-niveau de Jacques Ricou.

Jacques Ricou, la grande interview. Retrouvez dès demain dans nos colonnes la grande interview de cette légende de l’obstacle. Grand jockey, mais également personnage d’une grande générosité, Jacques Ricou nous a livré un long entretien ce lundi.