BILAN DES VENTES EUROPÉENNES -  L’obstacle fait un bond à plus de cent millions

International / 13.12.2018

BILAN DES VENTES EUROPÉENNES - L’obstacle fait un bond à plus de cent millions

Par Franco Raimondi

J’ai deux nouvelles à vous annoncer sur la santé du marché du pur-sang, une bonne et une mauvaise. Laquelle souhaitez-vous apprendre en premier ? Je vais vous donner la mauvaise d’abord, parce qu’avec quelques explications, vous comprendrez qu’elle n’est pas si mauvaise. Cette année, en Europe, le chiffre d’affaires des ventes – il manque encore les résultats de la Goffs December National Hunt Sale qui se termine ce jeudi soir et de la petite session Tattersalls Ireland de vendredi à Cheltenham – a perdu 29 millions d’euros. C’est beaucoup mais on peut se consoler en se disant que le cumul des ventes affiche encore 771,61 millions et, vendredi soir, il dépassera aisément les 775 millions. Le chiffre d’affaires aura reculé de 2,8 % environ, mais il faut considérer que, par rapport à 2017, la livre a chuté de 3 %, que 57 % des transactions ont eu lieu en Angleterre et que Tattersalls, où le commerce se fait en Guinées, pèse encore presque la moitié du marché européen. Réellement, on est autour de 2 %, on parle donc de virgules comme dirait le puissant ministre italien Salvini, avec lequel je n’ai même pas l’accent en commun car je suis Milanais et lui prétend l’être… Le marché du pur-sang en France a marqué une très légère hausse et affiche 139,79 millions, une hausse de 0,05 %. À l’époque du pessimisme, monter d’une virgule est un signal important. Le poids de la France au niveau du volume d’affaires européen a progressé de quelques décimales. On est à 18 %, ce qui est très correct.

Douze sauteurs à plus de 300.000 €. Sur un segment du marché qui est le seul capable d’afficher une franche hausse, pas besoin de se perdre dans les virgules. L’obstacle a battu son record et il a franchi un palier historique, celui des cent millions, avec encore deux ventes à comptabiliser. Ce mercredi, chez Goffs, un foal d’obstacle par Walk in the Park (Montjeu) a signé le nouveau record de la vente à 90.000 €. Tout au long de la saison, seize ventes sur vingt-trois ont affiché une hausse du chiffre d’affaires, mais il y a un autre indicateur qui affiche une vraie montée en flèche du marché pour les chevaux avec un profil obstacle. Cette année, dans les ventes qu’on peut cataloguer "obstacle", douze sujets ont été adjugés pour l’équivalent de 300.000 € ou plus. L’année dernière, ils n’étaient que cinq. Il faut bien sûr ajouter les achats de celle que les anglais appellent la NH Fraternity, la confrérie de l’obstacle, aux ventes de chevaux à l’entraînement vocation plat.

Un top price "FR" pour Joseph O’Brien. Le top price des ventes d’obstacle est bien le "FR" Dilauro (Lando), 5ans, gagnant d’un point-to-point à Belhabour, qui a été acheté par 410.000 £ (468.000 €) à Cheltenham, en février, par Joseph O’Brien. Il agissait pour le propriétaire australien Lloyd Williams. Cheveley Park Stud s’est offert pour 400.000 £ (456.000 €) Envoi Allen (Muhtathir), un 4ans qui venait lui aussi de gagner un point-to-point et qui a remporté de belle manière un bumper début décembre pour la célèbre casaque anglaise. Des propriétaires de haut niveau en plat qui misent sur l’obstacle pour se faire plaisir, sans penser à un retour commercial (les deux sont hongres), c’est un signal important.

Coolmore a acheté le frère d’Altior. Même Coolmore, qui n’a pas oublié ses racines, figure dans la liste des grands acheteurs avec un store de 3ans par Milan (Sadler’s Wells), le top price (365.000 €) de la Derby Sale de Tattersalls Ireland. Pour ceux qui, comme moi, pensent toujours plat, l’idée même d’acheter un 3ans qui doit encore passer au débourrage, même s’il est un demi-frère du crack Altior (High Chaparral), est difficile à comprendre, mais comme disait James Delahooke dans une interview, les Irlandais ne sont intéressés que par l’obstacle.

Un Vision d’État à 350.000 € chez Arqana. Cinq "FR" ont dépassé le seuil de 300.000 €, dont Vision d’Honneur (Vision d’État), lauréat d’un bumper à Fontainebleau en avril. C’est pour 350.000 € que Gigginstown Sud s’est assuré cet élève de Gaëtan Gilles à la vente du Grand Steeple Arqana. Il est maintenant chez Gordon Elliott et a été engagé dans le Future Champions Novice Hurdle (Gr1) à Leopardstown. Le poulain était passé sur le ring lors de la vente d’été 2016, comme store de 2ans, et il fut racheté 24.000 €.

Les douze sauteurs vendus 300.000 € ou plus

Cheval Père Âge Prix en € Acheteur Vente
Dilauro (FR) Lando 5 468.000 J. O'Brien Cheltenham Feb.
Envoi Allen (FR) Muhtathir 4 456.000 T. Malone Cheltenham Feb.
Feel my Pulse Stowaway 4 369.000 G. Elliott Cheltenham Fest.
Andy Dufresne Doyen 4 369.000 G. Elliott Cheltenham Fest.
N. Milan 3 365.000 M.V. Magnier Derby Sale
Malone Road Kalanisi 4 360.000 G. Elliott Goffs Uk Aintree
Vision d'Honneur (FR) Vision d'État 4 350.000 M. O'Toole Arqana Grand Steeple
Asterion Forlonge (FR) Coastal Path 4 330.000 W. Mullins Cheltenham Feb.
N. Flemensfirth 3 325.000 P. Nicholls Goffs NH
Lecale's Article Malinas 4 320.000 Highflyer Goffs Punchstown
Ask for Glory Fame and Glory 4 320.000 P. Nicholls Goffs UK Aintree
El Barra (FR) Racinger 4 317.000 W. Mullins Cheltenham May

Quand les stores dépassent les yearlings… Le segment de l’obstacle est le plus sain, ou plutôt le plus simple à expliquer. Les deux grandes ventes de stores en Irlande ont affiché une hausse. La Tattersalls Ireland Derby Sale est montée à 17,89 millions de chiffre d’affaires, avec un prix moyen de 51.558 €, alors que les deux sessions de Goffs National Hunt ont atteint 13,57 millions. Le cumul de ces deux ventes est de 31,46 millions et le prix moyen pour un store de 3ans en Irlande est de 42.513 €. Si l’on compare ce prix moyen avec ceux de quelques autres ventes, on peut être surpris qu’il soit plus élevé que celui de la Goffs November Foal Sale et de toutes les ventes de yearlings du deuxième tiers, comme Arqana octobre et Tattersalls Decembre, sauf Doncaster Premier qui garde un petit avantage. Les sujets qui y sont proposés se ressemblent : ce sont des jeunes chevaux, encore à débourrer.

Rendez-vous avec les yearlings. La différence entre un store (souvent hongre et acheté pour le plaisir de courir et gagner des bonnes courses) et un yearling, c’est plutôt dans la valeur résiduelle. Avec un mâle de plat, en plus de gagner, on peut rêver un futur d’étalon ou une vente en Asie. Dans le cas des femelles, une carrière de poulinière, avec un pedigree à 45.000 €, est presque assurée, même si la pouliche montre peu ou rien sur les pistes. Le manque de sélection des femelles est à la base de la chute des prix dans le troisième tiers du marché des yearlings et des foals, la note plus négative de l’année sur les rings des ventes en Europe. Nous passerons prochainement en revue ce qu'il s’est passé chez les yearlings lequels, avec un chiffre d’affaires de 355,25 millions d’euros, représentent 46 % du marché.