Delta Work, le joyau de la famille Magnien

Élevage / 20.12.2018

Delta Work, le joyau de la famille Magnien

Par Christopher Galmiche

Le 2 décembre, Delta Work a remporté le Drinmore Novice Chase (Gr1) à Fairyhouse. À Cheltenham, il avait gagné le Pertemps Network Final Handicap Hurdle (Gr3). En quelques mois, cet AQPS a offert un premier Groupe, puis un premier Gr1, en tant qu’éleveur, à la famille Magnien. Charles, coéleveur du poulain avec son père, Jean-François, nous a raconté l’histoire de Delta Work, mais également celle de sa famille. À lire sans modération.

Un premier Gr1, une fierté. Installé à Saint-Gratien-Savigny, dans la Nièvre, à deux pas du haras de Cercy, la famille Magnie– Jean-François, le père, Françoise, la mère, et les deux fils Charles et Benoît – est réunie par la passion des courses et de l’élevage. Au fil du temps, ses membres ont grimpé les marches les unes après les autres. Aussi, le jour où l’on atteint le Graal – c’est-à-dire une victoire dans un Gr1 –, cela marque les esprits. Mais surtout, cela rassure sur la marche suivie depuis plusieurs années par l’élevage. Charles et Jean-François Magnien nous ont expliqué : « Nous ne nous rendons pas forcément compte de l’importance que revêt une telle victoire car c’est un peu loin de chez nous. Mais sur le pedigree, ça laissera une trace importante. Nous n’avons pas vu la course en direct. Nous l’avons regardée en différé sur At The Races. Le dernier obstacle est houleux, il ne l’a pas bien pris, mais il a réussi à remettre un coup de rein. Et ce n’est pas facile de se relancer sur l’hippodrome de Fairyhouse après une faute sur le dernier obstacle [cette difficulté est très proche du poteau, ndlr]. Il faut de la qualité pour se relancer. Ce succès, c’est une grande fierté. Ca rassure aussi sur notre travail qui est fait depuis plusieurs années en essayant de croiser les juments avec des étalons de qualité, en pratiquant un élevage de plus en plus précis. C’est ce que l’on recherche : toujours améliorer. Cela semble porter ses fruits, même s’il y a toujours une partie de chance. Le cheval a eu un bon début de carrière. Il est dans une bonne maison, avec des propriétaires qui prennent soin de leurs chevaux. L’entraîneur est l’un des meilleurs d’Irlande. Tous les feux sont au vert pour exploiter au mieux les chevaux qui ont de la qualité. »

Une relation de confiance avec Gigginstown House Stud. Les frères Eddie et Michael O’Leary, propriétaires de Gigginstown House Stud, sont sous le charme des produits de Robbe (Vidéo Rock), la mère de Delta Work. Ils ont commencé par acheter Cap York (Ballingarry), récent vainqueur à Navan, puis Delta Work, et enfin Elwood (Martaline), qu’ils ont acquis à la vente Arqana du Grand Steeple pour 170.000 €. Le point commun entre ces trois poulains est qu’ils ont tous débuté chez Emmanuel Clayeux. « Ces propriétaires nous avaient déjà acheté des chevaux dans d’autres familles. Mais ils n’avaient pas été très chanceux. Nous élevons nos chevaux, les exploitons un peu en course et les frères O’Leary font partie des gens qui sont intéressés par cette manière de faire, par le fait de détecter des chevaux dressés par les entraîneurs français dans les courses plates à 3ans comme Delta Work ou sur des courses d’obstacle comme Elwood. Cela correspond à ce qu’ils recherchent. »

Network cochait toutes les cases. L’étalon Network (Monsun) était encore au haras de Cercy lorsque la famille Magnien a décidé de faire appel à lui en 2012 pour produire Delta Work. Il était complémentaire des qualités et défauts de Robbe. « Nous avons été à Network car c’est un étalon qui marchait bien. Et le croisement Network sur une jument par Vidéo Rock avait bien fonctionné. L’étalon a ramené du cadre car la jument n’était pas très grande. Jeune, Delta Work était un poulain assez chic, qui se déplaçait bien. Il avait une belle locomotion, il était plaisant. C’était déjà un beau poulain, sans avoir un gros gabarit. On pouvait penser que ça allait faire un bon cheval. Il avait tout pour le faire. Cette année, Robbe est pleine de Doctor Dino. »

Naissance récente de l’écurie Magnien. La carrière de course de Robbe, qui était chez François Nicolle, a été louée. À l’époque, la famille Magnien n’avait pas encore ses couleurs, ce qui est chose faite depuis quelques années. Cela permet notamment d’exploiter les chevaux et de les mettre en valeur en vue d’une vente par exemple. À l’image d’Elwood. « Nous avions loué la carrière de course de Robbe. Elle n’était pas très performante. Mais tous ses frères et sœurs ont gagné. À l’époque, nous n’avions pas encore nos couleurs. Nous les avons prises en 2010 grâce à Éric Leray. Ensuite, nous avons décidé d’exploiter notre production en créant l’écurie Magnien il y a trois ou quatre ans. »

Kelinda, la jument base. C’est grâce à Jacques Cyprès que la famille Magnien est tombée dans le monde des courses d’obstacle et de l’élevage. C’est le patron du Domaine de Pron qui a proposé Kelinda (Pot d’Or), la troisième mère de Delta Work, à Jean-François Magnien. C’est aussi lui qui a emmené ce dernier à Auteuil. « C’est Jacques [Cyprès, ndlr] qui a acheté Kelinda, la troisième mère de Delta Work. À l’époque, nous n’avions pas encore de chevaux d’obstacle, pas d’AQPS à proprement dit. Nous avions essayé avec une ou deux juments, mais en loisir. Jacques est un ami et a demandé à mon père s’il voulait se lancer plus sérieusement. Il lui a proposé Kelinda, qui provenait d’une famille de ma belle-mère, Lucie Couétil. Nous l’avons achetée le prix de la réforme et elle est devenue la base de l’élevage. Elle nous a fait une jument qui s’appelle Hôtesse du Bouillé (Luchiroverte), la grand-mère de Delta Work. À la naissance de la pouliche, la jument était vieille et Jacques nous avait conseillé de conserver Hôtesse du Bouillé inédite pour éviter de la perdre à cause d’une blessure en course. Nous l’avons gardée et fait saillir à 3ans. Son premier produit est Law (Lute Antique) qui est la mère d’All the Law (Fragrant Mix), Val de Law (Epalo)… Après Kelinda, nous avons racheté d’autres juments qui provenaient d’autres souches, notamment de celle de Sprinter Sacré (Network), mais avant que ce dernier ne voie le jour. Au total, nous avons une petite trentaine de juments. On se rend compte que ce n’est pas forcément les meilleures juments en course qui font les meilleures poulinières. J’ai l’impression qu’elles sont meilleures au haras lorsqu’elles ont eu des carrières courtes. Mais avec les chevaux, il n’y a rien de précis. »

Cercy, terre de passion et… de conquête ! L’environnement nivernais a joué un rôle dans la passion naissante qui a gagné la famille Magnien. Entre la concentration d’éleveurs, l’importance capitale de leurs activités pour la région, la montée en puissance de Cercy, ça produit une saine émulation dont sort grandi le cheval d’obstacle. « Mon père a fait un peu d’endurance. Il a appris sur le tard. Nous sommes arrivés dans le monde des courses par l’intermédiaire de la famille Cyprès. C’est Jacques qui nous a emmenés aux courses à Auteuil. Et lorsque l’on vit dans les environs de Cercy, fatalement, on croise des gens des courses, on parle courses et la passion naît. Lorsque nous avons eu Kelinda, nous nous sommes mis à l’élevage de manière plus professionnelle, petit à petit. Au départ, nous avions un ou deux poulains. Au fur et à mesure, les juments sont revenues à l’élevage après avoir eu un peu de réussite. C’est devenu une passion. D’autant que le haras de Cercy nous aide beaucoup. Le fait d’avoir un outil comme ça à notre porte, cela nous permet d’avoir plus de juments. S’il fallait emmener vingt-cinq juments loin, nous ne le ferions certainement pas. Nous avons un bel outil de travail avec Cercy, du coup, nous l’utilisons. Nous avons ainsi diversifié nos activités à la ferme. À l’origine, nous avons des bovins, un peu de cultures et des chevaux. Toute la famille suit. Avec mon père, nous nous occupons de l’élevage, c’est notre métier. Benoît s’occupe plus du relationnel, il prend des infos. De par son métier, il côtoie les étalonniers, les éleveurs. »