Hongkong et la France, une longue histoire d’amour

International / 02.12.2018

Hongkong et la France, une longue histoire d’amour

Par Franco Raimondi

Dimanche prochain, en milieu de matinée, nous saurons si la France, représentée par Waldgeist (Galileo) et Inns of Court ** (Invincible), a poursuivi l’histoire d’amour qui la lie depuis vingt ans à Hongkong… En attendant, je vous propose un petit voyage dans l’histoire des Longines Hongkong International Races par le biais de sept champions tricolores qui les ont marquées.

La grande journée des Longines Hong Kong International Races fêtera dimanche sa vingtième édition avec le format actuel de quatre courses. La France occupe la première place des pays visiteurs avec un total de onze succès sur 76 courses depuis 1999. Elle devance le Japon qui en compte dix. Si l’on prend aussi en compte la Cup ancienne formule (sur 1.800m), le Mile qui, avant 1999, s’appelait le Bowl et se disputait sur 1.400m, et le Vase des premières années, la France arrive à quatorze victoires. Les locaux ont engrangé trente-cinq victoires depuis 1999 et ils ont remporté vingt-deux courses lors des dix dernières éditions. Le niveau des courses à Hongkong est monté en flèche et la France a joué un rôle important avec ses chevaux et ses hommes dans cette progression.

Jim and Tonic, le citoyen d’honneur

Hongkong était passée depuis un an sous le contrôle chinois quand Jim and Tonic (Double Bed), avec ses bandages orange fluo, a débarqué pour la première fois à Sha Tin. C’était en décembre 1998. Il arrivait de son premier voyage à l’étranger qui s’était soldé par une deuxième place dans le Woodbine Mile (Gr1). Le Hong Kong Bowl (Gr2), sur 1.400m, était une course sur-mesure pour lui et il a gagné. En avril 1999, il a repris ses bagages pour la Queen Elizabeth II Cup (Gr2). Sur 2.000m, il affrontait l’idole des turfistes locaux, Indigenous (Marju), et il l’a battu sans faire dans le détail. Un troisième voyage était presque obligatoire pour honorer la première édition du grand meeting. Il avait deux objectifs jouables : le Mile ou la Cup. François Doumen a choisi la course sur 2.000m malgré la présence de Sunline (Desert Sun), qui était la Winx de cette époque. Bien joué ! Quand Jim and Tonic a pris l’avantage, la tribune de Sha Tin a explosé, le français était devenu une idole, un cheval de Hongkong. Ce succès est le seul  au niveau Gr1, mais ce n’est pas de sa faute. Quand il s’est imposé dans le Dubai Duty Free, en 2001, la course était encore Gr2 et les allocations des grandes épreuves mondiales n’étaient pas encore ce qu’elles sont devenues. Jim and Tonic est ensuite passé encore trois fois par Sha Tin.

Borgia, du Derby allemand au Vase

Borgia (Acatenango) a été la première gagnante d’un Derby européen à courir à Sha Tin. Elle avait battu les poulains dans le Deutsches Derby (Gr1) lors de sa première carrière, sous la férule d’Andreas Schutz. Pouliche de grande classe, Borgia avait ensuite ajouté à son palmarès un succès dans le Grosser Preis von Baden (Gr1), une troisième place dans l’Arc de Peintre Célèbre (Nureyev) et une deuxième place dans le Breeders’ Cup Turf (Gr1). Elle a quitté ensuite l’Allemagne, direction les écuries d’André Fabre. Borgia a disputé huit courses en 1999, dont cinq Gr1, avec un grand tour Arc - Breeders’ Cup - Japan Cup avant ses adieux à Sha Tin. Le Hong Kong Vase (Gr2) était sa dernière chance après avoir croisé le chemin de champions de la taille de Montjeu (Sadler’s Wells), Daylami (Doyoum) et El Condor Pasa (Kingmambo). Borgia l’a exploitée avec classe et courage. Quel joli cadeau à 24/1… Elle portait la même casaque d’un certain Waldgeist.

Precision, de Deauville à Sha Tin

Precision (Anabaa) a fait l’histoire en remportant la Cup 2002. Il est le seul griffin qui se soit imposé dans cette course. Griffin n’est pas une insulte, littéralement c’est un griffon et le mot utilisé pour indiquer un cheval qui arrive à Hongkong sans jamais avoir couru. À cette, époque le Jockey Club n’organisait pas de breeze up et n’achetait pas des yearlings en Europe. Les propriétaires préféraient investir sur les chevaux clef en main ou s’adresser au marché australien pour dénicher des poulains qui avaient déjà montré de la vitesse dans les barrier trials. C’est à Deauville, en 1999, que pour 750.000 F. (115.000 €), Asian Bloodstock Services (Marie Yoshida) avait acheté un fils d’Anabaa (Danzig) élevé par la famille Devin. Il a quitté la France sous l’identité Anabar et a changé de nom. Il a remporté deux courses à 3ans, face à ses aîinés, il s’est classé deuxième dans le Hong Kong Derby et, le jour J, il a créé la surprise à 65/1.

Vision d’État, le classique globe-trotteur

Un seul lauréat du Prix du Jockey Club s’est imposé à Sha Tin. Il s’agit de Vision d’État (Chichicastenango), que le marché jugeait, avant l’explosion de l’obstacle français, pas assez intéressant comme étalon de plat. Avec Éric Libaud, la famille Détré a décidé de se faire plaisir avec ce vrai cheval de Gr1 pour une campagne sans frontière. Son succès dans la Cup en 2009 a été le point d’orgue d’une saison fantastique, avec un succès dans le Prix Ganay (Gr1) et un triomphe dans les Prince of Wales’ Stakes (Gr1) à Royal Ascot. De Bon Cœur ** nous a démontré que Vision d’État était aussi un super étalon.

Portus Blendium ou California Memory ?

Quand il a ouvert son palmarès à Dax, il était encore entraîné en Espagne. Portus Blendium (Highest Honor) est passé ensuite sous la férule de Carlos Laffon-Parias et, à 3ans, il a montré assez de talent pour remporter deux courses, se classer troisième à deux reprises au niveau Listed et décrocher une valeur 46,5. Il y a une dizaine d’années, il était le cheval parfait pour Hongkong : assez bon mais pas trop bon. Il a rejoint les écuries de Tony Cruz et s’est transformé en California Memory, un cheval historique pour le galop de Hongkong. Il a gagné le Derby, ce qui est déjà bien, mais surtout il est le seul double lauréat de la Cup. D’autres chevaux gagneront deux fois la grosse mais California Memory restera pour toujours le premier qui a remporté une des Longines HKIR monté par un jockey local, Matt Chadwick.

Doctor Dino, le plus international

Le Vase est la course des français, qui comptent huit succès depuis 1999. Doctor Dino (Muhtathir) n’est probablement pas le meilleur en valeur pure parmi les lauréats de la course sur 2.400m, mais il est le seul qui l’a gagnée deux fois consécutivement. Grand voyageur, il était le cheval pour Sha Tin où il trouvait un terrain parfait pour s’exprimer. Élevé par l’Italien Osvaldo Pedroni, appartenant aux Espagnols Javier Martinez Salmean et Dino Nanni, entraîné à Chantilly par l’Anglais Richard Gibson qui s’est installé ensuite à Sha Tin, Doctor Dino était la synthèse parfaite de la dimension internationale de Hongkong. Il est devenu un étalon de Gr1 en plat et aussi en obstacle, en France, en Angleterre et en Irlande.

La France, ses chevaux et ses pilotes

Le classement officiel des jockeys qui tient aussi compte des succès avant 1999 propose un jumelé français Gérald Mossé & Olivier Peslier. Ils ont remporté respectivement huit et sept courses. Le grand Gérald est aussi le jockey qui a le plus de montes et il peut se vanter d'un autre record : il a remporté son premier succès sur le légendaire River Verdon (Be my Native) en 1991 et le dernier en 2012, avec Red Cadeaux (Cadeaux Généreux), pour la même casaque, celle de l’Honorable Ronald Arculli, l’un des hommes forts de Hongkong et pas seulement dans le milieu des courses. Les jockeys français sont en tête au classement par nations avec 23 succès et ceux qui ont gagné, en plus des vétérans, sont Olivier Doleuze (3), Christophe Soumillon, Christophe Lemaire, Thierry Jarnet, Maxime Guyon et Dominique Bœuf.