Jacques Bacot : « Une collection très rare »

Institution / Ventes / 21.12.2018

Jacques Bacot : « Une collection très rare »

Qui dit vente dit expert. L’expert de la vente de bronzes est Jacques Bacot. Il nous parle de la collection qui passera sous le feu des enchères.

Jour de Galop. – Que doit-on regarder en premier dans un bronze ?

Jacques Bacot. – La ciselure et la patine, qui est très difficile à réaliser. Elle n’est pas du tout une usure du temps, comme on le croit parfois, mais une action chimique volontaire sur le bronze. C’est le travail des patineurs. Ils déposent sur le bronze des produits dont ils ont le secret, chauffent, et cela crée la patine. Sans cela, la pièce resterait dorée et s’oxyderait avec le temps, comme tous les cuivres.

Comment jugez-vous la patine des bronzes que vous présentez ?

Les œuvres sont dans des tons différents, parfois plus mordorés, parfois plus proches du noir. Mais la majorité des pièces ont une teinte, jugée comme la plus belle, que nous appelons « patine médaille ». C’est une couleur qui se rapproche du marron.

Connaît-on toujours le fondeur et l’artiste ?

On sait toujours qui est l’artiste mais pas toujours le fondeur. Parfois, certains artistes fondaient à compte d’auteur. Dans les bronzes d’édition, destinés au grand public, les fondeurs sont presque toujours connus. Alors que, pour les plus beaux bronzes, ceux de la plus haute qualité, le fondeur n’est pas toujours mentionné.

Quelle est la particularité des pièces qui passeront en vente ?

Il est très rare de voir une telle réunion de bronzes, surtout venant d’un particulier. On voit que c’est un œil avisé qui les a rassemblés. Tous sont connus et parfaitement référencés dans les ouvrages spécialisés. Parmi ceux-ci, il y a le bronze de Gladiateur, que nous connaissons bien puisqu’il nous accueille à ParisLongchamp ! Autant, dans les gravures anglaises, on a l’idée du cheval qui est représenté, autant, dans les bronzes, les chevaux sont souvent anonymes – à l’exception donc de Gladiateur dans notre sélection. Nous présentons aussi une représentation de deux chevaux sur la même terrasse. C’est très rare.

De qui sont les œuvres ?

Nous rassemblons les sculpteurs les plus connus de la fin du XIXe dont on sait qu’ils se sont intéressés au cheval de course : Alfred Barye, Emmanuel Frémiet, Christophe Fratin, Paul Comoléra, Geoffroy de Ruillé, John-Willis Good, Isidore Bonheur…

Sait-on à combien d’exemplaires ces bronzes ont été tirés ?

Ce ne sont pas des tirages numérotés. Mais ce sont des éditions anciennes, pas toutes tirées du vivant de l’artiste mais peu de temps après – au plus tard à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Certains de ces bronzes ont probablement dû être des trophées de course.

Acheter un bronze est-il une bonne affaire ?

Chaque tirage coûtait extrêmement cher, les moules étaient très onéreux. Nous vendons probablement ces bronzes très en dessous de ce qu’ils ont coûté à produire. Par ailleurs, quand un bronze sort du moule, il est très imparfait. Il faut faire ce que l’on appelle la reparure : c’est un travail d’orfèvre pour gommer toutes les imperfections. C’est très long. C’est aussi ce qui fait tous le prix d’œuvres comme celles-ci.