Olivier Delloye explique le dossier Maisons-Laffitte

Courses / 07.12.2018

Olivier Delloye explique le dossier Maisons-Laffitte

Olivier Delloye explique le dossier Maisons-Laffitte

Jeudi, le directeur général de France Galop a reçu Jour de Galop, en compagnie de Matthieu Vincent, le patron des hippodromes parisiens et des centres d’entraînement de Chantilly, Maisons-Laffitte et Deauville.

On en sait plus sur "Maisons" et sur les autres dossiers chauds du galop français.

Jour de Galop. – France Galop a été silencieux depuis l’annonce de la fermeture de Maisons-Laffitte, malgré de vives réactions du monde socioprofessionnel. Pourquoi avoir attendu une semaine pour répondre ?

Olivier Delloye. – Très simplement, nous ne souhaitions pas prendre la parole publiquement sur le sujet avant le lancement de l’information-consultation du comité social et économique (CSE) central qui a eu lieu mardi. Cette procédure s’est d’ailleurs poursuivie toute cette semaine avec le CSE de Maisons-Laffitte et les instances des autres sites. Par respect pour les partenaires sociaux et pour nous conformer au cadre légal, nous n’en avons pas dit plus que ce qui a été annoncé de façon très factuelle la semaine dernière. C’est aussi une façon de réunir les meilleures conditions pour démarrer les négociations avec les organisations syndicales.

Quelle est, aujourd’hui, l’actualité autour de Maisons-Laffitte ? Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Ce vendredi, c’est le lancement des premières négociations avec les partenaires sociaux. Celles-ci s’inscrivent dans le cadre de la procédure initiée qui devrait nous emmener jusqu’à début mars prochain. À cet effet, les instances représentatives du personnel ont été informées du contenu et des motivations du projet et du cadre du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui leur est soumis. Notre objectif est bien évidemment de trouver le meilleur accompagnement possible pour les salariés concernés, notamment ceux qui seront amenés à être reclassés. Nous souhaitons aboutir à un accord majoritaire avec les organisations syndicales sur le PSE.

Les autres sites de France Galop sont-ils aussi impliqués dans cette procédure ?

Parallèlement au CSE central, tous les CSE des établissements de France Galop mènent effectivement cette même démarche d’information-consultation.

Est-il obligatoire d’élargir aux autres sites ?

C’est effectivement le cadre légal. Nous sommes conduits à suivre cette information consultation au niveau de chaque établissement, c’est-à-dire, Chantilly, Deauville, les hippodromes de l’Ouest parisien, Maisons-Laffitte et le siège. Cela représente plusieurs réunions par établissement. Pour autant, c’est au niveau du CSE central que la procédure a débuté et qu’elle devra s’achever. Cela fera au total une quarantaine de réunions à mener… En parallèle, les négociations entre la direction de France Galop et les délégués syndicaux centraux sur les conditions du PSE nous permettront d’apporter les réponses adaptées aux situations des salariés dont les postes sont visés.

« Aujourd’hui, la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte n’est encore qu’un projet. Tant que nous ne sommes pas allés au bout de la procédure d’information-consultation et que nous n’avons pas recueilli l’avis des CSE, ce projet ne peut pas être mis en œuvre. »

Toute cette procédure explique-t-elle ce décalage dans le temps entre l’annonce de la fermeture de Maisons-Laffitte et la mise en place de cette fermeture, qui interviendra en 2020 ?

Aujourd’hui, la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte n’est encore qu’un projet. Tant que nous ne sommes pas allés au bout de la procédure d’information-consultation et que nous n’avons pas recueilli l’avis des CSE, il ne peut pas être mis en œuvre. Nous avons d’ailleurs publié un calendrier pour 2019 avec des courses à Maisons-Laffitte. Nous menons notre projet dans le respect de la réglementation et le calendrier 2019 n’est pas remis en question.

Le délai entre l’annonce de la fermeture et la fermeture effective n’est donc pas, non plus, un moyen pour France Galop de donner une chance à la possibilité de reprise de l’hippodrome par un tiers ?

Non. Nous sommes à l’écoute de tous les projets de reprise. Nous aiderons tous ceux qui souhaitent étudier un projet de cette nature. Patrick Fellous est venu nous en parler et nous avons commencé à l’équiper de premiers éléments d’information pour alimenter sa réflexion et l’aider à évaluer la faisabilité de son idée.

Je crois que l’échéance 2020 nous laisse le temps de nous poser sur le calendrier de Maisons-Laffitte. Nous souhaitons bien examiner la question du devenir des vingt-quatre réunions annuelles disputées à Maisons-Laffitte et prendre le temps nécessaire pour bâtir un bon programme pour elles à partir de 2020, en consultation avec les socioprofessionnels. C’est aussi le temps qu’il faut pour travailler sur un projet de reconversion du site, qui est un sujet important sur lequel nous allons coopérer avec la ville de Maisons-Laffitte et les autres parties prenantes locales. Il y a une période de deuil que chacun doit faire pour passer à l’étape suivante. Nous ne souhaitons pas trop brusquer les choses, tout en travaillant activement sur la suite qui arrive vite.

Si l’hippodrome venait à ne pas fermer, quels seraient les prérequis, pour France Galop, d’une bonne reprise ?

S’il se crée une société de courses indépendante pour poursuivre l’activité sur l’hippodrome de Maisons-Laffitte, à l’image d’une société de courses régionale, il faudra que cette structure trouve son équilibre économique dans le cadre du régime commun de l’intéressement premium actuellement en vigueur. Autrement dit, il faut que ce projet soit viable avec vingt-quatre réunions de courses et les règles de rémunération des sociétés régionales existantes. Cela pose un certain nombre de défis : faire venir beaucoup plus de monde à Maisons-Laffitte qu’actuellement, certainement être capable de développer une activité lucrative en dehors des courses pour couvrir les frais d’exploitation d’un site à Paris, tenir compte du niveau d’exigence des professionnels pour une piste en région parisienne. C’est une belle idée, ambitieuse et challenging sur le plan de l’équation économique.

Quelles sont donc les possibilités de reconversion de Maisons-Laffitte, sachant qu’il s’agit d’un site très particulier ?

La ville de Maisons-Laffitte a déjà mené des études sur les possibilités d’exploitation des tribunes. Celles-ci pourraient accueillir toute une palette d’activités. C’est une base de travail intéressante pour France Galop et les partenaires locaux afin de réfléchir à la meilleure utilisation possible du site, à la fois côté pesage et côté piste/espaces verts. France Galop a le souhait de travailler activement à cette reconversion, d’y mettre les moyens pour que l’étude soit parfaitement menée, et cela passe par un travail en partenariat avec la municipalité, mais aussi avec l’association du parc de Maisons-Laffitte.

Pour situer le site en question : France Galop est propriétaire du terrain, qui se trouve sur une zone inondable inconstructible…

En partie inondable. La partie piste est inondable. Côté tribune, il est possible de démolir et de reconstruire en respectant la même emprise au sol. Enfin, les écuries de l’hippodrome sont hors de la zone inondable. Il est donc tout à fait possible d’imaginer l’aménagement d’autres activités côté tribunes, comme des bureaux, du coworking, des événements d’entreprise… La ville de Maisons-Laffitte a été assez proactive en mandatant un cabinet d’études, et nous avons des bases intéressantes sur ce qu’il est possible d’imaginer.

« Aujourd’hui, nous allons mettre les moyens nécessaires pour bâtir un projet de reconversion. Nous ne pouvons pas le faire seuls. Il faut réussir à fédérer les acteurs locaux, dont la ville de Maisons-Laffitte et le parc de Maisons-Laffitte, autour de cette réflexion. »

En cas de reconversion, que ferait donc France Galop ? Vendre, louer ?

Il est difficile de répondre à cette question. Nous sommes ouverts à tout. D’une part, il faut que ce lieu vive, dans l’intérêt de la ville de Maisons-Laffitte. Et d’autre part, il faut que cela ne représente plus de charges à terme pour France Galop. Aujourd’hui, nous allons mettre les moyens nécessaires pour bâtir un projet de reconversion. Nous ne pouvons pas le faire seuls. Il faut réussir à fédérer les acteurs locaux, dont la ville de Maisons-Laffitte et le parc de Maisons-Laffitte, autour de cette réflexion.

Les professionnels ont été mécontents de ne pas avoir été consultés sur la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte. Est-ce le cas et pourquoi ?

Nous en revenons au cadre légal de ce type de projets. À partir du moment où un projet de réorganisation doit être mis en œuvre, les représentants du personnel doivent être les premiers informés. Toute annonce antérieure constitue un délit d’entrave. Je comprends bien que certaines personnes aient pu être heurtées par la brutalité de l’annonce de la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte, annonce qui est en elle-même un choc. Nous avons tous vécu de beaux moments sur cet hippodrome, il appartient à la mémoire collective. C’est une décision douloureuse qui ne peut laisser les amoureux des courses insensibles. Mais sur la séquence des annonces, nous ne pouvions pas faire autrement.

Pourquoi avoir choisi Maisons-Laffitte et pas un autre hippodrome France Galop ?

Essentiellement pour des raisons d’ordre technique. Le sol ne permet pas de courir avant avril et après octobre. C’était un hippodrome intéressant pour la variété de ses parcours et nous avons perdu ceux corde à droite, car ils étaient jugés dangereux par les jockeys. La ligne droite est magnifique et unique, mais quand nous avons voulu courir certaines courses en ligne droite sur plus de 1.600m, comme le Prix Eugène Adam par exemple cette année, la majorité des entraîneurs ont préféré courir corde à gauche, alors que ce parcours est jugé insuffisamment sélectif par de nombreux professionnels. Il faut ajouter à cela les déplacements de réunions liés aux inondations (huit en trois ans), qui compliquent l’organisation. Je n’oublie pas non plus l’impossibilité de construire une P.S.F., car la première crue venue l’aurait emportée. C’est d’ailleurs en grande partie parce que la nature du sol n’était pas adaptée au "cahier des charges" que France Galop avait renoncé à en faire un hippodrome d’obstacle. Ce n’est pas le site idéal pour courir de nombreuses réunions dès le mois de mars.

« Quand on analyse les enjeux moyens par course à Maisons-Laffitte, il y a un écart d’au moins 10 %, en défaveur de Maisons-Laffitte, par rapport aux enjeux sur les autres hippodromes de plat France Galop. »

Pourquoi fermer un hippodrome parisien alors que le PMU nous dit que les enjeux les plus forts ont pour cadre les courses parisiennes ?

Quand on analyse les enjeux moyens par course à Maisons-Laffitte, il y a un écart d’au moins 10 %, en défaveur de Maisons-Laffitte, par rapport aux enjeux sur les autres hippodromes de plat France Galop. Ce sont même des enjeux un peu inférieurs à ceux de Compiègne, Clairefontaine ou Fontainebleau. Autrement dit : si l’on dispatchait les vingt-quatre réunions de Maisons-Laffitte sur des hippodromes au moins aussi productifs en termes d’enjeux, la rentabilité augmenterait puisqu’on courrait sur un site de moins. Sur le plan des enjeux, Maisons-Laffitte ressemble plus à un hippodrome suburbain qu’à un hippodrome traditionnel de France Galop, comme Longchamp, Deauville, Saint-Cloud ou Chantilly.

Il faut également prendre en considération la politique d’investissements sur les hippodromes. Si l’on met de côté la reconstruction de Longchamp, le budget d’investissements courants sur les hippodromes était égal à 8 à 9 millions d’euros par an il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, c’est à peine 4 millions. Alors, je vous pose la question : est-il intelligent, si nous avons fait la preuve de notre capacité à organiser les courses avec un site de moins pendant les travaux de Longchamp, de continuer à répartir les moyens réduits dont nous disposons en nous dispersant sur trop de sites ? Ne vaut-il pas mieux se concentrer et permettre par exemple à Auteuil et à Saint-Cloud de se maintenir à un bon niveau dans l’accueil du public et des professionnels ?

La fermeture d’un hippodrome est-elle une demande de l’État ?

La réponse est non. Le souhait de l’État, c’est que les sociétés de courses trouvent les moyens d’équilibrer leurs comptes et d’assurer leur pérennité. Il n’y a absolument aucune injonction de l’État de fermer un site ou un autre. J’ai même envie de dire que, pour une fois, cela a été une décision de la société mère de lancer ce projet de manière proactive, responsable, dans le sens de l’intérêt général, qui est le maintien de financement de nos courses et de la filière, sans attendre que la tutelle ne nous impose une décision peut-être contre notre gré. Entre nous, ça serait dix fois plus confortable pour moi de vous dire que c’est l’État qui l’exige. Mais non, ce n’est pas le cas.

« Il n’y a absolument aucune injonction de l’État de fermer un site ou un autre. J’ai même envie de dire que, pour une fois, cela a été une décision de la société mère de lancer ce projet de manière proactive, responsable, dans le sens de l’intérêt général, qui est le maintien de financement de nos courses et de la filière, sans attendre que la tutelle ne nous impose une décision peut-être contre notre gré. »

Il était donc nécessaire, selon France Galop, de fermer un hippodrome parisien ?

Le sujet du nombre d’hippodromes France Galop à Paris n’est pas un sujet nouveau. Il est cependant devenu de plus en plus sensible. Nous sommes dans une logique de transformation des courses en France afin d’abaisser le coût de fonctionnement dans un contexte ayant fortement évolué, et très vite. Nous avons perdu 1,9 milliard d’enjeux sur les paris hippiques en France depuis 2011. Les sociétés de courses vivent avec 100 millions de moins par an qu’en 2011 et 2012… Il faut donc ajuster notre modèle actuel pour nous projeter vers l’avenir !

Dans ces conditions, si l’on doit se dispenser d’un hippodrome parisien pour réduire de manière très sensible le coût de l’organisation de nos courses, il faut faire une revue assez détaillée de toutes les options possibles. Et Maisons-Laffitte, sur le plan technique, comme je vous l’ai déjà expliqué précédemment, n’est pas le plus indispensable des hippodromes de plat de France Galop. Même si c’est une décision difficile, car il fait partie du patrimoine des courses. De plus, pendant les travaux de ParisLongchamp, nous avons vu qu’il était possible d’assurer le service avec un hippodrome de moins…

Il y avait tout de même eu des critiques sur l’état de la piste de Deauville, par exemple, durant les travaux de ParisLongchamp. Elle était très fatiguée à la fin des meetings d’août.

Elle l’avait parfois été par le passé sans pour autant avoir accueilli plus de réunions, mais oui, nous serons très vigilants et nous souhaitons faire les bons choix quant à la redistribution des réunions… La préservation des pistes sur les hippodromes qui vont être utilisés est un critère essentiel.

Il a été dit que toutes les réunions de Maisons-Laffitte allaient partir à Fontainebleau… Info ou intox ?

Je connais la rumeur qui a circulé et elle est fausse. Certaines personnes ont pensé que nous allions faire comme pour Enghien, c’est-à-dire reporter la majorité des réunions sur un seul hippodrome. C’est comme cela que le nom de Fontainebleau est apparu. Mais ce n’est clairement pas à l’ordre du jour.

Ne serait-il pas logique de courir des épreuves comme le Djebel et l’Imprudence à Deauville ?

Effectivement. Raisonnons de manière ouverte sur les hippodromes qui accueilleront les vingt-quatre réunions de Maisons-Laffitte et je suis certain que nous serons capables de bâtir un très beau programme, répondant aux attentes des professionnels.

Avez-vous été étonné par la vivacité des premières réactions ?

Non. Il est normal qu’il y ait eu beaucoup de discussions et de réactions autour de la fermeture de l’hippodrome. Mais ce qui est dommage, c’est que cette annonce a éclipsé le projet autour de la pérennisation de l’activité du centre d’entraînement : le symbole de l’hippodrome a pris le dessus. On a préféré se focaliser sur cela plutôt que sur l’avenir.

Précisément, parlons à présent du centre d’entraînement. Quelle est sa situation actuelle ?

Nous avons depuis longtemps fait le constat que le déficit par cheval entraîné à Maisons-Laffitte est très supérieur à celui constaté sur les autres centres gérés par France Galop. Ce n’est pas parce que les employés y sont payés plus cher, mais parce que l’effectif de chevaux et donc le chiffre d’affaires réalisé par l’activité d’entraînement a fortement diminué. La question des surfaces exploitées et donc des moyens mis en œuvre pour exploiter ces surfaces n’a jamais été traitée. Pour donner un ordre d’idée : en 2018, le déficit par cheval à Maisons-Laffitte va dépasser 4.600 €. À Deauville, c’est moins de 700 €. À Chantilly, moins de 1.700 €. Et ceci, malgré des effectifs salariés sur l’ensemble du site qui sont passés de 62 à 42 en l’espace de 6 ans. C’est un sujet auquel nous nous devions d’apporter une réponse. Dans cette situation de statu quo, il y avait cette angoisse permanente que le centre d’entraînement pouvait fermer à tout moment et cela paralysait toute possibilité de relance d’effectifs et d’installations de nouveaux entraîneurs pour remplacer ceux qui sont partis ou arrêtent leur activité. Nous discutons depuis de nombreux mois avec les entraîneurs de Maisons-Laffitte sur la manière dont nous pouvons redimensionner le centre d’entraînement. C’est la condition sine qua non pour que France Galop réussisse à s’engager à long terme sur le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte et sortir de cette impasse.

« Pour donner un ordre d’idée : en 2018, le déficit par cheval à Maisons-Laffitte va dépasser 4.600 €. À Deauville, c’est moins de 700 €. À Chantilly, moins de 1.700 €. Et ceci, malgré des effectifs salariés sur l’ensemble du site qui sont passés de 62 à 42 en l’espace de 6 ans. »

Vous confirmez donc que ce projet sur le centre d’entraînement n’est pas une manœuvre pour, plus tard, le fermer, comme cela a été dit ?

Soyons clairs : la fermeture totale de Maisons-Laffitte, c’est-à-dire à la fois de l’hippodrome et du centre d’entraînement, a été envisagée. Mais nous l’avons écartée. Réfléchissez. Si vraiment nous voulions fermer le centre d’entraînement, ne croyez-vous pas, au vu de la lourdeur d’un dossier comme celui-ci, que nous aurions choisi de tout faire en une fois ? Cela n’est pas notre intention et nous voulons donner un avenir au centre.

Pourquoi ?

Nous pensons que notre filière a besoin de l’activité d’entraînement à Maisons-Laffitte, situé en région parisienne. Nous pensons avoir besoin de ces chevaux à Paris, où il y a beaucoup de courses. Nous pensons qu’il faut soutenir l’entraînement en région parisienne dès lors que nous trouvons les conditions économiques rendant ce soutien acceptable. Nous pensons qu’avoir un centre d’entraînement aux portes de Paris est aussi une vitrine dans notre recherche de nouveaux propriétaires, pour lancer des animations de visite et de découverte…

Il y a aussi Chantilly, mais cela reste loin, alors que Maisons-Laffitte est proche de Paris, avec un bassin de population important. Il faut pérenniser le centre d’entraînement et arrêter avec cette idée constante : « Maisons-Laffitte va fermer. » Il y a plein de jeunes entraîneurs qui ne sont pas venus à Maisons-Laffitte à cause de cette peur. Maisons-Laffitte est un vrai outil de travail pour le plat comme pour l’obstacle. Alors d’accord, des chevaux sont partis en province, mais il est possible d’inverser la situation.

« Soyons clairs : la fermeture totale de Maisons-Laffitte, c’est-à-dire à la fois de l’hippodrome et du centre d’entraînement, a été envisagée. Mais nous l’avons écartée. »

Avouez qu’il faut avoir l’esprit souple ! Vous souhaitez travailler pour pérenniser le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte, où les gens avaient peur de s’installer à cause d’une éventuelle fermeture, mais vous annoncez brutalement la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte. Psychologiquement, ce n’est pas la manière la plus facile de lancer un message de confiance pour l’avenir…

Je conçois que cela puisse paraître contradictoire. C’est pour cela que nous souhaitons insister sur ce point : ce que nous allons faire sur le centre d’entraînement, c’est pour lui donner un avenir et cela passe par cette nouvelle équation économique. L’enjeu, pour nous, est d’assurer le renouvellement des générations et de mettre Maisons-Laffitte sur la carte des entraîneurs souhaitant s’installer, qu’il s’agisse de jeunes ou d’étrangers. En offrant ce cadre sécurisé économiquement, certes sans l’hippodrome… Mais il y a plein de centres d’entraînement qui fonctionnent sans disposer d’un hippodrome à forte activité à proximité directe.

Pour Maisons-Laffitte, vous souhaitez donc parler de renouveau avant tout ?

Je suis convaincu que cela peut être un nouveau départ pour le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte. C’est à la fois de la création et de l’aménagement – le tout avec le concours des entraîneurs. Il faut s’approcher de la rentabilité, mais aussi être attractif pour attirer de nouveaux professionnels, français ou étrangers. Je suis optimiste. On peut retourner la situation, j’en suis certain.

Partons du principe que l’hippodrome de Maisons-Laffitte ferme et que le centre d’entraînement va être redimensionné. En termes d’économies, qu’est-ce que tout cela représente ?

C’est une économie de l’ordre de 5 millions d’euros par an, sachant que dans un premier temps, des charges demeurent tant que l’hippodrome est la propriété de France Galop. Cela signifie qu’à terme, l’économie pourrait être plus importante. Pour vous donner un chiffre plus précis, il faudra aussi connaître le devenir des vingt-quatre réunions de course de Maisons-Laffitte. En effet, le coût ne sera pas le même si nous transférons une réunion à ParisLongchamp ou sur un hippodrome régional par exemple.

Je suis conscient que les moments que nous vivons sont une étape difficile dans la transformation de l’organisation des courses en France. Mais nous avons fait le choix de l’enclencher dans la logique de préserver le financement de la filière et la pérennité de ce financement. Maisons-Laffitte n’est pas le coup de baguette magique qui va nous sortir des difficultés dans lesquelles nous sommes aujourd’hui… Pourtant, c’est un élément nécessaire. Il y a toujours des gens qui vont dire que cela ne suffit pas. Mais s’il y avait une chose à faire et qui se suffisait à elle-même, cela se saurait. L’avenir des courses passe avant tout par la stabilisation et la relance des paris.

« C’est une économie de l’ordre de 5 millions d’euros par an, sachant que dans un premier temps, des charges demeurent tant que l’hippodrome est la propriété de France Galop. Cela signifie qu’à terme, l’économie pourrait être plus importante. »

On entend parfois : France Galop fait faire des efforts à ses filiales comme le PMU, fait faire des efforts à ses sites comme à Maisons, mais le siège central, lui, ne fait pas d’efforts. Que répondez-vous à cela ?

Je réponds qu’il y avait plus de 480 salariés en 2012 dans les effectifs totaux et qu’il n’y en aura plus que 400 à la fin de l’année 2018, avant même la mise en œuvre du projet de Maisons-Laffitte, s’il se concrétise ! La masse salariale est en diminution constante et significative. Donc c’est clair : chacun participe aux efforts, y compris le siège dont les effectifs auront diminué de 12 % entre 2012 et 2019. Nous avons réduit le nombre de directeurs, beaucoup de départs – prévus ou non – n’ont pas été remplacés ces derniers temps, le budget marketing a baissé de plus de 2 millions d’euros depuis que je suis arrivé. Le siège n’est donc pas en reste, même s’il n’y a pas de mesures aussi spectaculaires que la fermeture d’un hippodrome. J’en profite d’ailleurs pour souligner que les chiffres véhiculés par Monsieur Myard sur les salaires de France Galop sont totalement mensongers.

Quelles sont les variables d’ajustements, en dehors des allocations ? L’an dernier, France Galop a baissé les allocations et cette année c’est au tour du Trot. Cette année, le galop annonce la fermeture d’un hippodrome… Et ensuite ? Sur quels leviers pouvez-vous jouer si le PMU met plus longtemps que prévu à redémarrer et s’il n’y a pas de baisse de la fiscalité ?

Si nous restons sur des zones de résultats telles que celles prévues en 2019, sans redressement pour revenir à proximité des 800 millions de résultat annuel, je crois honnêtement qu’il faudra arrêter de se dire que nous pourrons continuer à faire comme nous le faisons aujourd’hui, en continuant à réduire un peu partout. Cela ne marchera plus. On voit bien en régions par exemple que la majorité des hippodromes sont désormais dans une situation économique fragile et n’ont plus vraiment de marge de manœuvre. Si nous devons nous dire que nous n’aurons pas plus que 750 millions d’euros de résultats du PMU dans les années qui viennent, il faudra revoir le modèle : le nombre de courses, le nombre d’hippodromes, comment sont organisés ces hippodromes à Paris et en régions. Ce seraient des changements vraiment structurels qu’il faudrait mettre en œuvre. Et contrairement à ce que certains disent, ce n’est pas avec des coupes franches au siège qu’on assurerait cet équilibre. Tant s’en faut.

« Si nous devons nous dire que nous n’aurons pas plus que 750 millions d’euros de résultats du PMU dans les années qui viennent, il faudra revoir le modèle : le nombre de courses, le nombre d’hippodromes, comment sont organisés ces hippodromes à Paris et en régions. »

Les réformes actuelles sont de quel ordre selon vous ? Nouveau modèle ou ajustement du modèle actuel ?

Maisons-Laffitte est un vrai ajustement de modèle, mais dans une perspective de reprise à laquelle nous croyons. Parce qu’il y a une nouvelle équipe de direction au PMU qui travaille et met en place un plan de relance avec le soutien des sociétés mères. Une équipe qui, comme nous, croit en l’avenir des paris hippiques. Nous ne sommes pas simplement projetés dans un schéma de décroissance, dans lequel nous sommes condamnés à courir après la baisse du résultat du PMU. Mais quand bien même l’équipe du PMU réussit, nous ne reviendrons pas immédiatement au niveau de revenus que nous avons connus il y a dix ans. Et rien que pour gérer cet écart, il y a un gros ajustement à faire, qui a été enclenché et qui se poursuit avec Maisons-Laffitte. Il y a eu la réforme du PMH, la forte diminution des vacations de jours de courses assurées par les équipes du GTHP, des restructurations au pôle média, des économies à l’AFASEC, sans renoncer à son modèle et ses missions, la réforme du régime des retraites supplémentaires de l’Institution, la mise en place de l’établissement unique des hippodromes parisiens. Ce sont des réformes de fond, pas forcément visibles, mais qui portent leurs fruits.

Pouvez-vous nous donner un chiffre de ce que représente l’ensemble des économies effectuées par France Galop ?

En prenant en compte ce plan d’économies chez France Galop ainsi que le plan de développement des recettes en dehors de ce qui est issu des paris, nous serons à plus 12 millions en 2019 par rapport à 2015. Douze millions de mieux en quatre ans, c’est la réalité.

Vous parlez de l’amélioration des recettes. On a souvent l’impression que seul le PMU a un plan de relance… Et France Galop ?

Aujourd’hui, notre modèle économique fait que 90 % des ressources des courses sont issus des paris hippiques. La très grande priorité reste donc de travailler collectivement, avec le PMU, LeTrot et Equidia à la relance des paris hippiques. Nous pourrons faire tout ce que nous voulons, mais si nous n’arrivons pas à relever ce défi, l’avenir sera très compliqué. Parallèlement à cela, il y a pour les sociétés de courses une orientation forte à donner et à encourager : développer nos ressources en dehors des paris.

On pense à ParisLongchamp, qui a rouvert ses portes cette année, et dont c’est l’un des objectifs.

ParisLongchamp est effectivement le premier lieu où s’opère une transformation dans le modèle d’exploitation de nos hippodromes parisiens, avec l’arrivée d’un nouveau partenaire pour développer plus d’activités les jours de courses et en dehors des jours de courses. C’est comme cela que nous saurons créer la richesse dont nous avons besoin. Il faut d’abord réussir les courses, car nos courses et nos plus gros événements sont notre plus gros levier. Ces événements doivent attirer plus de public et générer plus de revenus : pendant des années, chez France Galop, les gros événements coûtaient beaucoup d’argent. Cette année, pour la première fois, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe se rapproche de l’équilibre économique. C’est un point extrêmement important.

« ParisLongchamp est le premier lieu où s’opère une transformation dans le modèle d’exploitation de nos hippodromes parisiens, avec l’arrivée d’un nouveau partenaire pour développer plus d’activités les jours de courses et en dehors des jours de courses. »

Le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe était donc systématiquement déficitaire ?

Hors paris et hors sponsoring, oui. Il était assez largement déficitaire, alors qu’il n’y a pas un hippodrome indépendant au monde qui peut se permettre de perdre de l’argent sur son plus gros événement ! Nous devons donc réussir ce challenge et être capables de valoriser nos plus beaux rendez-vous, par plus de public, plus de recettes, par la vente d’hospitalities pour les entreprises, par de gros partenariats.

Cette année, il y a eu de grosses critiques sur l’Arc, par rapport au manque de toilettes, de bars, de guichets de jeu… Est-ce que c’était lié aux économies faites pour rendre plus rentable ou à un manque de préparation et d’expérience ?

Non, nous n’avons pas radiné, mais quand les gens paient plus cher, ils sont légitimement plus exigeants et vous le font plus savoir. C’est une chose d’essayer de mieux valoriser son produit, mais cela fixe la barre un peu plus haut en termes de qualité de service. Cela élève le niveau de l’engagement que l’on a vis-à-vis de ses clients et donc, il faut être irréprochable sur la qualité de l’accueil dès lors que l’on vend un produit plus cher qu’avant.

Soixante-quinze euros pour la plus grande course française qui doit attirer le meilleur de la clientèle française sur le plus grand hippodrome français, c’est cher et ça ne peut pas marcher en France ?

Vous parlez d’un des produits qui a le mieux fonctionné en termes de volume de ventes…

Oui, mais des clients anglais et irlandais. Et encore, ils disent qu’ils ne reviendront pas.

Je ne dis pas qu’on ne reverra pas la politique de tarifs, que l’on ne reverra pas certains produits, comment on les package, etc. Je suis d’ailleurs personnellement assez convaincu qu’il faut avoir des tarifs plus accessibles pour attirer le public français, francilien, non passionné de courses, mais qui peut avoir envie de venir à ParisLongchamp ce jour-là, parce que c’est le plus gros événement de l’année. Là, vous prêchez à un convaincu. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut tout niveler au tarif minimum comme cela se faisait avant. Il y a tout type de publics un jour d’Arc et donc une variété de produits à proposer. Par exemple, nous avons eu d’excellents retours de la part du public parisien familial présent au jardin de l’Arc. C’est la preuve que l’accès à certaines zones de l’hippodrome comme le rond n’est pas toujours indispensable ce jour-là. L’Arc dans le nouveau Longchamp, c’est un équilibre entre l’adéquation de nos offres et des clients très divers et la gestion des flux dans une tribune quand on en avait deux auparavant !

« Je ne dis pas qu’on ne reverra pas la politique de tarifs, que l’on ne reverra pas certains produits, comment on les package, etc. »

Oui, mais comment développe-t-on la culture hippique chez des gens qui vont aux courses sans pouvoir accéder au rond ?

Il y a d’autres réunions pour cela. Les Dimanche au Galop pour la cible familiale ou les JeuxDi pour une population de jeunes actifs sont autant de réunions de courses où nous pouvons davantage expliquer, faire connaître et diffuser la culture des courses. Quand on va à la Melbourne Cup, dans le public, on ne vit pas la même expérience qu’un jour calme sur ce même champ de courses de Flemington. On a accès à moins d’endroits, on bouge moins sur l’hippodrome. Mais c’est normal et on l’accepte très bien. Ce n’est pas anormal de ne pas pouvoir tout faire le jour de l’Arc sur tous les publics.

Il nous reste quand même un gouffre à combler avec Ascot, non ?

À Royal Ascot, tout le monde se plaignait au début. Ils ont mis deux ou trois ans avant de se caler. Et à présent, tout se passe bien et tout le monde est très content. On sait ce qui a manqué à ParisLongchamp : des toilettes, des points de jeu et des débits de boissons. Ce n’est pas hyper compliqué à régler. On va le faire. Rien n’est insurmontable.

Allez-vous essayer de convaincre les personnes déçues de revenir ?

Nous avons déjà commencé à le faire. Honnêtement, je ne suis pas très inquiet. Nous avons déjà bien retravaillé avec les tour-operators qui gèrent cette clientèle. À nous de mieux faire.

Vous parliez de réduire la dépendance aux paris, comment se portent les ressources périphériques, précisément ?

Le démarrage des nouvelles activités à ParisLongchamp est encourageant. Dans tout ce qui a déjà été fait, il y a des événements qui apportent surtout de la marge additionnelle et de la renommée pour le lieu, comme lorsque nous avons loué ParisLongchamp à Dior et à Hermès pendant la Fashion Week, ou lorsque nous louons le site à des festivals de musique. Et puis il y a d’autres événements qui peuvent avoir un apport indirect pour les courses. Nous avons le projet d’une très grande convention pour une très grosse entreprise française l’an prochain. Elle aura lieu sur plusieurs jours, dont une journée de courses. Là, ce sera l’occasion d’amener ce public hyper intéressant à découvrir les courses, l’expérience des propriétaires... Ce sera à nous, dans le cadre de ce genre d’opérations, de créer les passerelles qui fonctionnent. Cette année, nous avons déjà mené de nombreuses opérations de prospection de propriétaires les JeuxDi. ParisLongchamp est un bel atout et nous amène à nous organiser complètement différemment.

Que voulez-vous dire ?

Avant, un site, c’était une piste et des tribunes où l’on organisait des courses. Quand une réunion se termine, on ferme et on prépare la prochaine journée. À présent, nous vivons nos lieux différemment et cela commence avec ParisLongchamp. Nous développons de nouvelles activités pendant les courses et en dehors des courses, ce qui nous amène à mettre en place une organisation et des moyens humains qui sont assez différents. Ne serait-ce que pour gérer un partenaire comme Noctis aujourd’hui.

Comment passe ce message auprès des sociopros qui voient par exemple dans ParisLongchamp le fossoyeur indirect de Maisons-Laffitte par exemple ?

ParisLongchamp n’est pas responsable du déficit des sociétés mères. La raison des déficits que nous tentons de résorber actuellement, c’est la transformation du marché des jeux d’argent et la baisse des paris hippiques. Si nous avions gardé l’ancien Longchamp, nous nous poserions les mêmes questions concernant l’ajustement de notre modèle et nous mènerions les mêmes actions qu’aujourd’hui. Donc je poserais plutôt la question comme cela : préfère-t-on mettre de l’argent sur un nouveau site et travailler à la relance de l’attractivité des courses et à la création d’un nouveau modèle, ou bien préfère-t-on mettre le même argent simplement pour boucher des déficits chroniques ? Que ParisLongchamp n’ait pas totalement fait ses preuves, je l’admets. Mais beaucoup de choses ont déjà été faites. À nous de progresser, de mieux communiquer sur notre travail et sur les fruits que cela rapporte à la filière.

Avez-vous déjà des chiffres ?

Oui, cette année, c’est 3 millions d’euros de recettes additionnelles qui dérivent de toutes les activités que l’on mène à ParisLongchamp. C’est un début. 2018 a été une année de mise en place et il y a encore un gros potentiel de développement. ParisLongchamp est une vitrine et un moteur.