Pauline Mengès, une vie à cent à l’heure

Courses / 19.12.2018

Pauline Mengès, une vie à cent à l’heure

Autrefois experte dans un cabinet d’audit parisien, Pauline Mengès, 35 ans, est titulaire d’un permis d’entraîner depuis 2015. Elle s’est installée à Lamorlaye afin de se consacrer à sa passion, les chevaux de course. Désormais à la tête de sa propre affaire de gestion administrative et financière pour les professionnels du milieu, elle mène ses deux activités de front avec succès, comme en témoignent ses résultats en 2018. Pauline Mengès a présenté 33 partants cette année, pour 6 victoires (dont deux Quintés !) et 16 places.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – D’où vous vient votre passion des chevaux de course ?

Pauline Mengès. – Mon beau-père, Guy Barsi, du haras du Puy, élève des chevaux d’obstacle en Corrèze. J’allais avec lui sur les hippodromes lorsque j’étais plus jeune, et c’est lui qui m’a transmis sa passion. J’ai commencé à monter à cheval dans un cadre classique, puis à l’entraînement chez Robert Collet, qui m’a tout appris. J’ai découvert les courses via le championnat des Grandes écoles, alors que je travaillais dans un cabinet d’audit à Neuilly. J’ai ensuite obtenu une licence de cavalière amateur. La passion grandissant, je voulais trouver un travail qui me permette de me mettre en selle un peu plus souvent, et j’ai décidé de passer mon permis d’entraîner pour monter mes propres chevaux. J’ai rencontré Fabrice Chappet, qui cherchait quelqu’un pour s’occuper de la gestion administrative de son écurie. J’ai donc quitté mon travail à Paris et je suis partie à Lamorlaye pour monter ma propre boîte, P.A. Management. Je suis parisienne de base et je ne voulais pas trop m’éloigner. De plus, j’avais pris goût aux pistes de Chantilly par le biais de Robert Collet. Aujourd’hui, je m’occupe de la gestion administrative et financière de plusieurs professionnels du milieu des courses, et je ne regrette pas du tout mon ancienne vie !

Vous obtenez des résultats très constants avec des chevaux achetés à réclamer depuis votre installation, il y a trois ans. Vous avez notamment remporté deux Quintés en quatre jours, au mois de septembre. Quel est votre secret ?

Leur donner du moral, tout simplement ! Je n’ai pas du tout la prétention de les faire progresser lorsque je les achète, ils proviennent de grosses écuries qui savent ce qu’elles font. Je pense que je passe plus de temps sur chaque cheval, ce qui est logique, puisque je n’ai pas un effectif très fourni. C’est du travail à la carte, comme on dit. S’occuper de cinq chevaux ou de 200, ce n’est pas pareil. Au niveau du travail, j’essaye toujours de leur donner de la fraîcheur. Je suis aussi très bien entourée grâce à Vincent Sartori, dont j’ai fait la connaissance chez Robert Collet, puisqu’il était son premier garçon, à l’époque. Il a été jockey d’obstacle et entraîneur, donc il sait de quoi il parle.

Pourquoi n’investissez-vous pas aux ventes, pour acheter des yearlings par exemple ?

Je ne suis pas contre le fait d’acheter des chevaux aux ventes, mais j’ai encore beaucoup à apprendre avant d’investir dans un yearling. Je ne me sens pas encore capable d’en dresser un ! À la base, j’avais acheté des chevaux plus âgés pour pouvoir les monter en course. Mais comme ils ont tous accumulé pas mal de gains, ils n’ont pas le droit de participer aux épreuves réservées aux amateurs, ou alors il faudrait que je les réinsère dans le circuit des courses à réclamer. Du coup, je ne monte plus trop en compétition. J’aime bien prendre mon temps pour choisir un cheval, avant de l’acheter. Cela peut me prendre plusieurs mois. Je ne regarde pas forcément les origines, mais plutôt si le papier est régulier. Je n’ai pas voulu me séparer de ma première jument, Temsia (Delfos), qui s’était imposée sous mon entraînement d’entrée de jeu. Je l’ai donnée à un éleveur en échange de la moitié de ses deux premiers produits. J’imagine donc qu’il va falloir que j’apprenne à dresser les poulains, si je veux les entraîner plus tard (rires) !

Votre réussite est admirable à votre échelle. Certains ont déjà dû vous suggérer de demander une licence publique…

Oui, c’est déjà arrivé, en effet. J’adore entraîner mes propres chevaux, c’est ma passion, mais veiller sur ceux des propriétaires, c’est quand même autre chose. Il y a beaucoup de pression, et je ne sais pas si je saurais la gérer. C’est un métier où l’on travaille sept jours sur sept sans coupure, et pour être entraîneur, il faut avoir plusieurs casquettes. Il ne faut pas seulement savoir entraîner les chevaux, mais aussi démarcher les clients, et tout le reste.

Comment vous organisez-vous entre votre travail de gestionnaire et votre activité hippique ?

C’est beaucoup de travail. J’aimerais que les journées durent 36 h ! Mes chevaux sont logés dans l’écurie de Philippe Demercastel, et en général, je monte un ou deux lots le matin avant de filer à mon bureau. Je me mets à cheval vers 7 h 15 et je finis à 19 h. Vincent Sartori est bénévole et m’aide à sortir mes chevaux. Hier, j’avais un partant à Deauville et j’ai pris mon ordinateur avec moi, pour pouvoir travailler quand même !

Vous avez récemment créé une écurie de groupe, le Legend Racing Club. Comment avez-vous réussi à mener à bien ce projet ?

À vrai dire, nous attendons encore l’agrément de France Galop, c’est pourquoi mon effectif est actuellement au complet. J’ai acheté quatre chevaux pour cette écurie de groupe, et ils seront sous la coupe de Vincent Sartori, qui sera l’entraîneur particulier de Legend Racing Club. Cela constitue quelque chose d’inédit. Je pensais que les choses iraient plus vite, et comme il faut bien que les chevaux courent, c’est moi qui les entraîne pour le moment. L’écurie sera composée de 50 copropriétaires, associés sur quatre chevaux. Cela coûtera 3.000 € tous frais compris pour l’année à chaque personne. Nous avons déjà 45 souscriptions, et il reste donc quelques places. L’écurie part sur une base d’un an, et nous verrons ensuite si nous poursuivrons ou non l’aventure. L’idée m’est venue par des proches qui voulaient s’associer sur un cheval avec moi. J’aime les nouveaux challenges et je trouve que c’est une bonne approche pour les gens qui sont novices en la matière. En achetant des chevaux à réclamer, nous prenons moins de risques, car ils sont prêts à courir et nous n’avons pas besoin d’attendre six mois.