Pierre-Yves Lefèvre - Commissaire à plus d’un titre !

Institution / Ventes / 21.12.2018

Pierre-Yves Lefèvre - Commissaire à plus d’un titre !

Au premier trimestre, l’étude Beaussant-Lefèvre vendra à Drouot une série de bronzes représentant des chevaux de course. L’occasion pour nous de mieux connaître Pierre-Yves Lefèvre, commissaire-priseur, commissaire de courses France Galop… et président de la commission électorale, qui veillera au bon déroulement des élections 2019.

Jour de Galop. – Comment avez-vous contracté le virus des courses ?

Pierre-Yves Lefèvre. – J’ai toujours aimé les chevaux, étant originaire du Cotentin, une véritable région d’élevage, plutôt d’ailleurs pour les trotteurs et les chevaux de concours. J’ai commencé par l’équitation classique, en apprenant à monter à cheval avec le cavalier olympique André Legoupil, qui vivait à côté de chez nous, à Martinvast. C’était un cavalier formidable.

On était encore loin des courses ?

Non, parce que, en parallèle, je m’intéressais au trot, dont Cherbourg est le bassin historique. J’ai été jeune commissaire à Cherbourg. C’était une autre époque. Pour juger la ligne d’en face, on faisait comme les Indiens, en plissant les yeux et en visant avec la main sur le front ! Je connaissais les Levesque, Lécuyer, etc.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser au galop ?

En arrivant à Caen, où j’ai suivi des études secondaires, j’ai rencontré Louis de Bourgoing, dont la famille était bien connue dans l’élevage, avec notamment beaucoup de succès en obstacle. Il m’a fait connaître le monde du pur-sang, qui m’a tout de suite fasciné. Je me souviens qu’il arrivait le lundi matin avec des numéros de Courses & Élevage. Je les dévorais en même temps que mes cours ! Après, j’ai commencé à aller aux courses. À l’époque, Jour de Galop n’existait pas, donc je lisais Paris-Turf.

Quel est votre premier grand souvenir hippique ?

Arc 1970 ! La victoire de Sassafras sur Nijinsky ! Cette ligne droite a été un déclic, dont le souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire. Puis ma passion est montée d’un cran à la fin des années 1970 lorsque j’ai fait la connaissance de Jean-Michel de Choubersky. C’était un véritable esthète. Il aimait beaucoup mon métier… et j’aimais beaucoup le sien ! (rires) De cette rencontre est née une amitié très forte. Le jour où je l’ai rencontré, il m’a dit avec son intonation si particulière : « Que faites-vous ce week-end ? Mettez une paire de bottes dans le coffre de votre voiture ! » A commencé là une belle histoire et, pendant plusieurs années, j’ai monté trois lots chez lui… C’était merveilleux. Je faisais semblant de maigrir un peu. C’était très amusant. Je ne sais pas si j’y arrivais mais, ce qui est vrai, c’est que je montais avec des étrivières assez courtes et que cela me faisait très mal aux genoux. Mais pour assouvir sa passion, il faut savoir souffrir un peu.

Et garder un peu de temps pour le travail aussi !

Quand Akiyda a gagné l’Arc en 1982, je passais mon examen de commissaire-priseur le lendemain, et cette victoire m’a tellement fait plaisir, parce que j’étais un très grand fan du trio Aga Khan-Mathet-Saint-Martin, que cela m’a conditionné pour mon examen et je l’ai réussi ! Cela ne m’a pas déconcentré mais mis en joie. Aux courses, c’est formidable : les victoires vous portent, même si ce ne sont pas les vôtres !

Avez-vous continué à monter ensuite ?

Oui, car j’ai eu l’occasion de me rapprocher d’Alain de Royer Dupré, par l’intermédiaire de François Fabius, qui était un très grand cavalier de concours hippique. La Manche nous rapprochait, Alain et moi, puisque son père a longtemps été un très grand directeur du haras national de Saint-Lô. Je suis allé à l’entraînement chez Alain avec mes enfants.

Et le virus est passé ?

Effectivement puisqu’un de mes enfants, Nicolas, est devenu courtier sous la bannière Equos Racing International. Cela me fait très plaisir de le voir heureux. Son père n’avait pas fait de sa passion sa profession ; lui a franchi le pas !

Pas de regrets ?

Non, car le métier de commissaire-priseur est un métier que j’aime. Même si je n’ai jamais vendu un cheval vivant, j’ai créé des passerelles entre ces deux mondes. Jacques Bacot, notre expert de la vente des bronzes, en est un bon exemple, puisqu’il est en cours d’agrément comme propriétaire à France Galop. Et puis je ne me suis jamais tenu très loin, même professionnellement, puisque des gens des courses ont fait appel à moi, comme Alec Weisweiller, pour lequel j’ai beaucoup travaillé.

Il y a aussi beaucoup d’amateurs d’art dans le monde des courses ?

Bien sûr ! Je pense, parmi mes amis, à Robert Fournier-Sarlovèze, grand esthète lui aussi, grand commissaire et amoureux des courses, qui m’a proposé de devenir commissaire à France Galop en 2009 puis membre associé en 2011. Beaucoup de grands propriétaires ont été de grands collectionneurs. Les courses étaient le sport des rois. Il y a dans les deux cas l’amour de la beauté. On a envie d’acquérir la beauté, on est sensible à un certain esthétisme. Je pense aussi à Paul Mellon, grand propriétaire de chevaux [notamment de Mill Reef, NDLR], collectionneur et mécène, dont une infime partie de la prestigieuse collection a récemment été exposée au musée de la Chasse.

Quelle différence y a-t-il entre acheter une œuvre d’art et acheter un cheval de course ?

Je dirais qu’il y a peut-être un peu moins de rêve dans un objet d’art. Quand Georges Wildenstein achetait un Monet, il en connaissait le prix, à l’achat et dans sa galerie. Alors qu’avec un cheval, tout est possible, le meilleur comme le pire !

Vous parlez de Wildenstein : les professionnels de l’art sont également nombreux, parmi les propriétaires de chevaux de galop ?

La famille Wildenstein, Richard Green, qui est un des plus grands marchands anglais, tout comme Cyril Humphreys, Daniel Malingue, Giacomo Algranti, Alain Jathière…

Le lien entre le cheval et l’art semble très fort…

Le cheval est probablement l’être vivant le plus représenté dans l’art après l’homme ! On le trouve dès les origines de l’art, dans les premières peintures pariétales. Ensuite, le cheval est toujours présent, sur tous les continents. En Chine, chez les Grecs, les Romains, au Moyen Âge, à la Renaissance…

Les courses ont d’ailleurs suscité une grande production artistique ?

Les courses ont été un thème d’inspiration en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Nombre de grands artistes français sont concernés : Delacroix, Géricault, plus tard Degas, Toulouse-Lautrec et Dufy vont utiliser le cheval de course pour réaliser les tableaux parmi les plus célèbres que l’on connaît d’eux. Ils s’en sont donné à cœur joie ! Mais il faut aussi parler des Anglais. Le maître incontesté, c’est Stubbs. Il y a aussi Munnings, Herring, Pollard… Autant d’artistes dont on a ensuite tiré toutes les gravures anglaises. Le XIXe siècle a été une période très florissante. Je n’oublie pas non plus l’école de sculpteurs animaliers de la fin du XIXe, dont est issue la collection que nous vendons. Et cette tradition sculpturale se poursuit encore aujourd’hui – par exemple avec le Français Frédéric Jager.

Quand on regarde certaines gravures anglaises, on a presque l’impression d’un compte rendu journalistique !

Les gravures anglaises sont le témoignage des victoires. Il suffit, pour s’en convaincre, de mesurer l’importance des textes qu’elles accueillent en légende : extrêmement détaillées, avec le nom du propriétaire, de l’entraîneur, du jockey, de l’éleveur, la liste complète des victoires, le pedigree, gravés pour l’éternité… Tout y est !