Trois questions à… Nicolas Lefèvre

Institution / Ventes / 10.12.2018

Trois questions à… Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre a fondé sa propre agence, Equos Racing, il y a quelques mois. Ce jeune courtier a acheté plusieurs chevaux lors de la vente d’élevage 2018. Le temps de trois questions, il est revenu sur son parcours, son mode de fonctionnement et ses ambitions.

Jour de Galop. – Quel a été votre parcours dans la filière ?

Nicolas Lefèvre. – Mon père est un véritable passionné et cela l’a d’ailleurs poussé à devenir propriétaire, mais aussi à élever, à être commissaire et membre du Comité de France Galop. Il est proche d’Alain de Royer Dupré. Je me souviens être allé à l’entraînement l’année où Pride a couru le Prix de l’Arc de Triomphe. Voir de près des chevaux du niveau de Mandesha ou Shamdala, je crois que cela a fait naître quelque chose chez moi. Et dès l’année suivante, j’ai commencé à faire des stages dans des haras en Irlande, notamment à Kildaragh Stud. Dans le même temps, je poursuivais mes études d’économie à Paris. Mais la passion était plus forte et je suis revenu faire une saison de monte complète à Gilltown Stud. J’ai aussi fait une saison à Cheveley Park Stud. En septembre 2014, j’ai pris l’avion pour l’Australie pour travailler à l’entraînement chez Peter et Paul Snowden. J’ai aussi fait mes classes dans des haras qui présentaient des chevaux aux ventes en Australie et Nouvelle-Zélande. C’est également là-bas que j’ai rencontré Louis Le Métayer qui avait déjà fondé son agence, Astute Bloodstock, depuis plusieurs années. À partir de 2014, j’ai travaillé pendant trois années à cheval entre l’Australie, de janvier à juin, et la France, de juin à décembre. C’est le navette, version courtage ! Avec Louis, nous avons acheté de très bons chevaux à l’entraînement en l’Europe, à l’image d’Harlem (Champs Élysées). Il a quitté la France avec notamment une troisième place dans le Grand Prix de Chantilly (Gr2) à son palmarès. À Flemington, il a gagné la TAB Australian Cup (Gr1). Pilote d’Essai (Oasis Dream) a remporté deux Listeds en Australie. Ventura Storm (Zoffany) s’est imposé dans la McCafe Moonee Valley Gold Cup (Gr2) et compte près d’un million de dollars de gains. Il a bien couru dans la Melbourne Cup et est monté sur le podium des Seppelt Turnbull Stakes et de la TAB Australian Cup (Grs1). Le marché des chevaux à l’entraînement est énorme et la compétition est rude. Surtout que les français ne sont pas usés prématurément, si bien qu’ils réussissent à l’étranger.

Comment avez-vous eu l’idée de créer Equos Racing Ltd ?

D’un commun accord, cet été, Louis et moi avons décidé de travailler chacun de notre côté car j’avais dans l’idée de me stabiliser en France pour créer mon agence. Je suis un vrai "né et élevé" parisien et peu de jeunes citadins travaillent dans les courses. Mon réseau est donc essentiellement parisien, cela me singularise et c’est certainement une bonne chose. J’ai aussi la chance d’avoir des clients que j’ai pu rencontrer au gré de mes pérégrinations. Je n’imaginais pas que ces gens me feraient confiance aussi rapidement, ce qui est vraiment important pour un jeune courtier. En l’espace de trois mois, j’ai déjà acheté une dizaine de chevaux, dont plusieurs foals destinés à du pinhooking en compagnie d’associés. Ces dernières années, en compagnie de Louis Le Métayer, certains pinhookings se sont bien passés et, forcément, ces résultats sont incitatifs pour ceux qui me suivent dans ces achats. Certains sont du sérail, d’autres non. L’exercice est très intéressant : étudier les pedigrees, essayer d’imaginer ce que vont devenir les foals, faire des paris sur l’évolution de la cote des étalons… J’essaie de monter des groupes de jeunes propriétaires français, par exemple dans le cas d’une yearling que j’ai achetée à Osarus. J’ai aussi des clients irlandais, anglais, australiens et néozélandais… Un de mes clients irlandais souhaite développer son élevage de sauteurs, avec un objectif de qualité, et c’est pour lui que j’ai acheté une fille de Martaline (Linamix), pleine de Saint des Saints (Cadoudal), à la vente de Maisons-Laffitte. Je vais regarder des lots pour lui ce mardi. En outre, je reste en contact avec Louis et, cet hiver, je vais retourner pendant plusieurs semaines en Nouvelle-Zélande et en Australie.

En Australie, le métier de courtier est vraiment très différent. En quoi ce pays peut-il nous inspirer ?

En France, on a tendance à dire que tout va mal, en permanence. Ce n’est sans doute pas la meilleure manière de se vendre. Surtout que la filière française reste très attractive, que ce soit au niveau des allocations ou de la qualité de la compétition. J’ai lu dans vos colonnes une citation de Tony Clout qui vous a confié : « Je me souviens encore d'Étienne Pollet qui déclarait en 1965 que les courses étaient mourantes. Il faut arrêter de dire que tout va mal. Les courses ont résisté à de grandes crises. Et elles survivront à celle que nous vivons si nous trouvons les bonnes solutions. » L’optimisme, la volonté d’aller de l’avant, c’est important pour la confiance. Il y a des éléments positifs en France, comme cette jeune génération de professionnels qui sont droits, travailleurs, passionnés et capable de mener des projets collectifs. J’aime travailler avec les jeunes entraîneurs, comme Joséphine Soudan, Mathieu Brasme ou Henri-François Devin. Nous avons les mêmes codes, le même langage et c’est plus facile quand on arrive avec de jeunes propriétaires. Ils savent communiquer, ce qui constitue l’une des clés de la réussite du système australien. Aujourd’hui ce n’est plus un choix, les gens veulent savoir ce qu'il se passe à l’entraînement. Cela a un coût, cela représente du temps mais c’est indispensable pour les nouveaux propriétaires.

Le dynamisme australien est ahurissant. Deux courses pluri-millionnaires ont vu le jour ces derniers mois. Les allocations sont en progression. Les courtiers achètent beaucoup sans avoir de clients, en choisissant les chevaux qui leur plaisent vraiment. Et ils revendent ensuite ces yearlings à un groupe de 10 à 20 personnes. Cela permet d’acheter mieux et de diviser les risques. En Australie, ce système fonctionne vraiment très bien et cela serait formidable de pouvoir faire de même en France. Beaucoup de vocations de propriétaires sont nées ainsi. Répartir les risques en partant sur plusieurs bouts de chevaux, c’est un vrai plus.

J’ai grandi avec des gens sans aucun lien avec les courses. Ils ont une double image de notre milieu : ultra-élitiste, celle du propriétaire richissime, ou ultra-populaire, celle du joueur dans le bar PMU. Je travaille donc à déconstruire ces préjugés avec les néophytes qui m’accompagnent aux courses. Mais surtout, j’essaye d’aller avec eux à l’entraînement et je crois que c’est certainement encore plus efficace dans ce sens, en préambule d’une journée à l’hippodrome. Ensuite, je ne leur parle pas d’investissement. C’est un loisir, c’est du plaisir.