Brexit : la perspective d’un "no-deal" inquiète la filière hippique

International / 22.01.2019

Brexit : la perspective d’un "no-deal" inquiète la filière hippique

À la veille des premières ventes de l’année, dans le flou inhérent à ce marché spécifique, la nervosité des propriétaires et des éleveurs est accrue par l’issue inconnue des négociations du Brexit.

Qu’il s’agisse d’Enable voyageant de Newmarket à Paris pour le week-end de l’Arc, des poulinières qui se rendent à la saillie d’étalons en Irlande, des chevaux d’obstacle français achetés par des Anglais rêvant de fêter une victoire à Cheltenham, un nombre très important de pur-sang (courses et élevage) circule chaque année entre la France, le Royaume-Uni et l’Irlande.

En 2016, plus de 2.350 chevaux ont traversé la Manche, de la France à l’Irlande, transitant presque tous par l’Angleterre. Jusqu’à présent, ces trajets étaient facilités par l’accord tripartite, conclu dans les années 1960 entre le Royaume-Uni, l’Irlande et la France pour éviter que les chevaux (notamment les plus sensibles d’entre eux) ne soient retardés par des contrôles vétérinaires ou d’identification à la frontière. Mais en 1973, avec l’adhésion du Royaume-Uni et de l’Irlande à l’Union européenne, cet accord est devenu partie intégrante du droit communautaire. Michel Barnier, chef des négociations, a expressément signalé que cet accord ne sera plus en vigueur dès l’entrée en vigueur du Brexit, soit le 29 mars prochain.

Au Royaume-Uni, le ministère de l’Agriculture a assuré qu’il prendrait en compte l’importance de cette filière qui rapporte près de 7,2 millions de livres chaque année. La situation de blocage et l’absence de considérations d’ordre pratique qui résultent des votes d’opposition des députés à toutes les propositions pour trouver un accord sur le Brexit est une source d’inquiétude. Les instances hippiques d’Irlande, de France et du Royaume-Uni souhaitent indéniablement recréer un accord du type tripartite. Pour cela, il faudra harmoniser un certain nombre de normes entre ces trois pays. Cependant, pour les partisans du Brexit, le mot "harmonisation" n’est pas envisageable. Quoi qu’il en soit, tout accord négocié devra passer par Bruxelles, où il est certain que chacun des 27 pays membres sera susceptible de lever ses propres préoccupations quant au bien-être animal ou à la biosécurité. Et en l’absence d’accord sur le Brexit, il semble difficile que cela se fasse dans un climat de consensus et compromis…

Des changements minimes dans le plan B. Actuellement, la filière des courses est prisonnière, suspendue aux termes inconnus de l’accord du Brexit en négociation depuis des mois, ralenti par le vote négatif du Parlement britannique et de la situation de blocage politique dans lequel s’est engouffré le Royaume-Uni.

L’accord négocié avec l’Union européenne ayant été rejeté la semaine dernière par une très forte majorité de députés britanniques, Theresa May devait présenter ce lundi 21 janvier son plan B qui sera soumis au vote le 29 janvier. Les changements proposés sont minimes et la Première Ministre a maintenu fermement sa volonté de ne rien céder, une semaine après la plus grande défaite de l’histoire parlementaire. Theresa May a rejeté toutes les options proposées par les députés britanniques : il n’y aura ni second référendum, ni report de date de sortie de l’Union Européenne. La seule solution pour éviter le scenario du "no-deal" est donc… d’accepter son deal. De nouvelles discussions sont en cours, notamment avec les membres du Democratic Unionist Party (DUP) nord-irlandais, au sujet du "backstop" (clause visant à garantir l’absence de frontière avec l’Irlande). Pour satisfaire le Labour, Theresa May a assuré prendre en compte leurs préoccupations sur le respect des droits sociaux et environnementaux. Mais aucune indication concrète sur le moyen pour y parvenir n’a été présentée.

Les députés seront amenés à voter mardi prochain sur ce programme. Il ne s’agira pas d’un nouveau vote de ratification (tel que la semaine dernière) mais une simple indication de la volonté du Parlement britannique, c’est-à-dire un mandat pour que Theresa May discute avec les Européens.

En attendant, l’Irlande et la France se préparent au "no-deal". Les autorités hippiques irlandaise (Horse Racing Ireland), française (France Galop) et anglaise (British Horseracing Authority) se rencontrent cette semaine pour avancer main dans la main sur le dossier, et prévoir les conséquences d’une absence d’accord politique.

Y aura-t-il des contrôles vétérinaires ? Probablement. Il reste à déterminer leur portée et ce sera à l’UE et au ministre de l’Agriculture britannique de décider lesquels.

Y aura-t-il des contrôles d’identification ? Certainement. D’autant que ce ne sont pas les plus difficiles à mettre en place.

Y aura-t-il des taxations supplémentaires ? Tout dépend des dispositions de l’accord qui sera approuvé.

À l’heure actuelle, à deux mois du Brexit, l’impact du "no-deal" demeure « la grande inconnue » selon Brian Kavanagh. Joe Hernon, le Président de l’Eftba (Fédération européenne des éleveurs), considère que dans l’attente, il faut se rapprocher des députés européens pour qu’ils soutiennent la filière des courses lorsqu’ils étudieront la proposition britannique, qu’un accord soit trouvé ou non.

La Fédération des éleveurs du galop active son réseau de lobbying pour travailler en ce sens, en coopération avec ses homologues irlandais et britanniques, et prépare dès à présent des solutions concrètes pour la filière en termes de transport et de normes sanitaires.