ITM IRISH STALLION TRAIL 2019 - À Ballylinch Stud, on a toujours confiance dans le système français

International / 13.01.2019

ITM IRISH STALLION TRAIL 2019 - À Ballylinch Stud, on a toujours confiance dans le système français

ITM IRISH STALLION TRAIL 2019

À Ballylinch Stud, on a toujours confiance dans le système français

Il n’y a probablement aucun haras eu Europe, pas même dans l’Hexagone, où sont stationnés autant d’étalons ayant gagné un Classique français que Ballylinch Stud. À l’occasion de l’ITM Irish Stallion Trail, John O’Connor, qui connaît l’Hexagone comme sa poche, nous a présenté ses sires pour la saison 2019.

Par Adrien Cugnasse

Dans le grand barnum où les éleveurs venus du monde entier pouvaient se régaler d’un Irish Stew, John O’Connor nous a confié : « Avant même que l’ITM Irish Stallion Trail n’existe nous organisions déjà une journée porte ouverte, avec un repas. C’est une façon de remercier nos clients et de leur permettre de découvrir nos étalons. Nous n’avons eu qu’à nous intégrer à l’événement lorsqu’il a vu le jour. Notre lien avec la France est très ancien. En tant que jeune vétérinaire, j’avais parfait ma formation en Normandie avec le Docteur Plainfossé. Ce fut l’occasion de connaître Top Ville (High Top) ou Kenmare (Kalamoun). Par le passé, nous avons utilisé Linamix (Mendez) et aujourd’hui nous allons à Siyouni (Pivotal), alors que notre effectif compte plusieurs Le Havre (Noverre). »

Les Anglais ont inventé les courses modernes, mais le cœur de l’Europe hippique se trouve en Irlande. C’est vraiment là qu’il bat, en particulier l’élevage. Ce qui caractérise les Irlandais, outre leur résilience face aux aléas du marché, c’est leur capacité à adopter toute bonne idée, d’où qu’elle vienne. Des États-Unis, ils ont importé la préparation des poulains pour les breeze up. En s’inspirant de la Route des Étalons, qui a vu le jour en Normandie, ils ont créé l’ITM Irish Stallion Trail. Le 11 et le 12 janvier, les haras irlandais nous ont ouvert leurs portes. Après Tara Stud et l’Irish National Stud, nous avons fait étape à Ballylinch Stud

Soviet Star, le premier français. La réussite de Ballylinch Stud doit beaucoup aux chevaux issus de programmes de sélection tricolore. Son directeur nous a expliqué : « Le premier étalon ayant gagné un classique français à officier à Ballylinch Stud est probablement Soviet Star (Poule d’Essai des Poulains, Prix de la Forêt & Prix du Moulin de Longchamp, Grs1). Plus tard, nous avons acquis Lawman (Invincible Spirit). Ce gagnant du Prix du Jockey Club (Gr1), le premier à officier chez nous, nous a apporté beaucoup de satisfactions avec sa production. À présent, nous avons trois lauréats du Derby français à Ballylinch Stud ! C’est vraiment une course qui fait des étalons. La réussite de Shamardal (Giant’s Causeway), Lawman, Le Havre (Noverre), Lope de Vega (Shamardal)… en atteste. Nous sommes vraiment très optimistes avec New Bay (Dubawi), lequel a remporté l’édition 2015.

New Bay et Make Believe, la relève. « Nous croyons beaucoup en New Bay. Il s’est rapidement "fait" en étalon. C’est un très beau cheval et tout a été mis en œuvre pour qu’il réussisse. Les éleveurs de France et d’ailleurs l’ont bien soutenu, mais surtout, il a fait l’objet d’une syndication très réussie. Juddmonte, son éleveur, a conservé des parts et lui apporte un réel soutien. Le China Horse Club, autre porteur de parts, lui a envoyé de très bonnes juments. Outre son pedigree remarquable, avec une souche dont les étalons ont connu une belle réussite [Oasis Dream, Kingman… ndlr], il était capable de se classer deuxième d’une bonne édition de la Poule d’Essai des Poulains sur le mile, derrière Make Believe (Prix de la Foret, Gr1, dans un temps record), mais devant Karar (deux fois sur le podium du Prix de la Forêt, Gr1), Helene Paragon (double gagnant de Gr1 à Hongkong), Highland Reel (lauréat de sept Grs1) et Muhaarar (quadruple lauréat de Gr1). Il a ensuite à nouveau battu Highland Reel, avec style, dans le Prix du Jockey Club sur 2.100m. Enfin, il a prouvé qu’il pouvait aller sur plus long en se classant proche troisième d’une grande édition du Prix de l’Arc de Triomphe, derrière Golden Horn (quatre Grs1 à 3ans) et Flintshire (quatre Grs1), mais devant la championne Trêve (Motivator). En montant sur le podium de la Poule d’Essai puis du Jockey Club, New Bay suit le même chemin que Lope de Vega il y a quelques années. Les gens se souviennent aussi de sa bonne performance dans une grande édition des Irish Champion Stakes. Il a sailli cent juments cette année. La victoire de Make Believe (Makfi) dans la Poule d’Essai était vraiment impressionnante. Sa vitesse, son capacité d’accélération et sa générosité nous ont convaincus de le sélectionner pour intégrer notre cours d’étalons. Dès que son jockey lui demandait d’accélérer, le cheval se livrait pleinement, sans avoir besoin d’être beaucoup sollicité. Son entraîneur, André Fabre, nous a expliqué que s’il était resté à l’entraînement, il serait probablement devenu un champion sur le sprint, même s’il a prouvé qu’il était capable d’aller sur le mile, en remportant un Classique, ce qui est plus énorme. Ses premiers poulains semblent taillés pour la vitesse. »

Est-il difficile de promouvoir en Irlande un étalon issu du programme classique français ? « C’est un peu un challenge au départ. Mais le jeu en vaut la chandelle. Surtout qu’une confiance s’est installée grâce à la réussite de Lope de Vega. Même un cheval comme Whipper (Miesque’s Son), qui a fait la monte ici, a tiré son épingle du jeu. Notre clientèle nous renouvelle sa confiance d’étalon en étalon. Nous faisons le maximum pour aider les jeunes sires à réussir sur le plan sportif, mais également commercial. En contrepartie, nous sommes d’une extrême vigilance dans nos choix d’étalons. Quand un jeune sire met un pied à Ballylinch Stud, c’est que nous l’aimons suffisamment pour lui envoyer certaines de nos meilleures juments. Au départ, nous avons beaucoup soutenu un cheval comme Lope de Vega, avec des juments black types et il nous a donné Belardo (Dubai Dewhurst Stakes & Al Shaqab Lockinge Stakes, Grs1) dès sa première génération. La mère, Danaskaya (Danehill), de ce dernier était championne à 2ans en Irlande. Il faut être capable de donner aux jeunes reproducteurs une chance de prouver leur qualité. »

Deux étalons en France. « Dans ce métier, le timing est important. Et Dream Ahead (Diktat) est arrivé au bon moment en France, avec en particulier les performances d’Al Wukair (Dream Ahead) que nous avions élevé et vendu. C’est le seul de nos étalons qui fait la navette avec l’hémisphère Sud. Nous avons envoyé deux très bons reproducteurs en France cette année, avec Dream Ahead et Lawman. Ce sont deux pères de gagnants de Gr1 qui sont en pleine production. Il est loin le temps où la France récupérait des étalons irlandais sur la pente descendante, lesquels n’y auraient plus leur place aujourd’hui. Dream Ahead, comme nos autres étalons, a lui-même couru en France et il a battu Goldikova** (Anabaa) dans le Qatar Prix de la Forêt. Récemment, le propre frère d’Al Wukair, qui s’appelle Dream to Day (Dream Ahead), a bien gagné à Meydan. C’est un cheval que nous avons élevé et la famille a elle aussi été façonnée par le programme classique français puisque ces chevaux descendent de Caerlina (Prix de Diane, Gr1). La mère d’Al Wukair est pleine de Frankel (Galileo). Nous sommes très heureux de travailler avec le haras de Grandcamp qui accueille Dream Ahead et Lawman. Éric Lhermitte est très apprécié des éleveurs français, il a un très bon contact et une clientèle fidèle. L’arrivée de ces deux étalons est une bonne chose pour tout le monde : pour les reproducteurs, mais aussi pour les éleveurs français, le haras de Grandcamp et nous-même. Les Français connaissent bien Lawman depuis son succès classique dans leur pays. Sa production a toujours très bien réussi dans l’Hexagone. C’est le cas de Rocques (Prix d’Aumale, Gr3) en 2018 et comme beaucoup de produits de son père, elle devrait encore progresser à 3ans. »

Et le Brexit ? « Ce haras a été fondé il y a plus d’un siècle pour accueillir The Tetrarch [fils d’un étalon français, Roi Hérode, ndlr]. Les moyens de l’époque étaient rudimentaires pour faire voyager les chevaux. Et pourtant, cet étalon recevait des juments en provenance de France. Après le bateau, elles prenaient ensuite le train jusqu’à une gare proche d’ici. Ce qui était possible il y a une centaine d’années, devrait encore l’être malgré le Brexit ! Malgré tout, cela reste un challenge et le principal point d’inquiétude provient du flou qui règne. Pour faire simple, personne ne sait comment cela va se passer. Nous sommes donc en attente de savoir comment les mouvements d’animaux seront régulés. Je reste cependant optimiste quant à l’émergence d’une solution. Les éleveurs de 2019 sont aussi inventifs et capables de s’adapter que leurs aïeux. Cela implique néanmoins que les autorités hippiques des pays européens continuent à accompagner ce changement. Tout comme il faut que les élus soient conscients qu’il est important de conserver une base large de petits propriétaires. Les courses sont une pyramide et elles ne peuvent reposer sur une poignée de grandes casaques. La raison la plus évidente tient au fait que si l’un de ces grands acteurs internationaux vacille, l’ensemble de l’édifice est en péril. Et ce n’est pas spécifique au monde des courses. Toute filière, toute industrie doit se soucier de cela. Le maintien de cette base doit être une priorité dans tous les pays où l’on court au galop. »

La grande année de Lope de Vega. La couverture du catalogue 2019 de Ballylinch Stud est illustrée avec Newspaperofrecord lors de son éclatante victoire dans la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1). À ce sujet, John O’Connor nous a dit : « Nous l’avons choisie, car elle est vraiment extraordinaire. Au point que je serais surpris si elle n’était pas élue meilleure pouliche de 2ans au monde. La voir remporter une telle course, dans un tel style, c’était un spectacle à part. On ne voit pas cela très souvent, surtout avec une 2ans. Nous sommes heureux de voir que son éleveur, Allan Belshaw, va renouveler le croisement de sa mère avec Lope de Vega en 2019. Il me l’a confirmé récemment. C’est une belle histoire, car la mère lui avait déjà donné un black type avec Lawman. Nous sommes très heureux de voir qu’il connaît la réussite en nous faisant confiance d’étalon en étalon. Mais la victoire de Newspaperofrecord a des conséquences qui vont au-delà du sport. Elle a suscité un intérêt nouveau des Américains pour les yearlings issus de Lope de Vega dans les ventes européennes. Plusieurs pouliches ont traversé l’Atlantique. Leur père a réalisé une très belle saison grâce à une génération de 2ans très solide. D’ailleurs, il termine en tête, à égalité avec Galileo (Sadler’s Wells), du classement des étalons selon le nombre de lauréats black types avec les 2ans en 2018. Clore l’année dans la même foulée que ce sire exceptionnel, grâce à huit gagnants de stakes, c’est vraiment quelque chose de particulier. À présent, Lope de Vega a pris une autre dimension et il saillit tous les ans de très bonnes juments qui lui permettent de rester constamment performant à haut niveau. »

L’obstacle, aussi. « Nous nous sommes toujours limités à un étalon polyvalent, capable de briller à la fois en plat et sur les obstacles. En ce moment, Beat Hollow (Sadler’s Wells) occupe brillamment ce rôle, prenant ainsi la suite des remarquables King’s Theatre (Sadler’s Wells) et Bob Back (Roberto). Notre ambition n’est pas d’avoir plus de pères de sauteurs stationnés à Ballylinch. Pour cela, nous avons un partenariat avec Burgage Stud qui accueille en ce moment Jukebox Jury (Montjeu). Les étalons de ce type, capables de jouer sur ce tableau, sont extrêmement difficiles à trouver. Et cela renforce leur valeur. Ses statistiques en plat sont bonnes. Et je pense que les meilleurs étalons d’obstacles doivent être capables de donner un bon cheval de plat. En France, les meilleurs exemples sont Martaline (Linamix) et Poliglote (Sadler’s Wells). Cette polyvalence, c’est une question de classe, de dureté, de solidité, de conformation et de pedigree. »