LES 150 ANS DU MAGO DI DORMELLO  - Monsieur Tesio, qu’auriez-vous fait face au Brexit ?

International / 17.01.2019

LES 150 ANS DU MAGO DI DORMELLO - Monsieur Tesio, qu’auriez-vous fait face au Brexit ?

Par Franco Raimondi

Federico Tesio est né à Turin le 17 janvier 1969. Soit huit ans après la naissance du Royaume d’Italie. C’était déjà il y a 150 ans, et passer en revue sa carrière d’éleveur, de propriétaire et d’entraîneur n’est pas chose aisée. Même s’il était, d’après ceux qui l’ont connu, vaniteux et très mauvais perdant, le Mago di Dormello n’aurait pas apprécié que nous lui rendions hommage à travers une simple liste de champions et de victoires. Ce fut un génie. Mais même ce terme ne permet pas de mesurer son poids dans l’histoire du pur-sang. Il a élevé Nearco (Pharos) et Ribot (Tenerani), il a dominé les courses en Italie face à la puissance économique de la famille Crespi et de la Razza del Soldo.

Selon Tony Morris, Federico Tesio a été le premier éleveur professionnel du galop. Il ne pouvait pas se confronter aux moyens illimités des grands de son époque et se payer le luxe d’avoir des pur-sang pour se faire plaisir comme à ses débuts. Son travail consistait à gagner des courses, vendre ses meilleurs chevaux comme étalons et se débarrasser des autres pour rentrer les 2ans. Tout avait une logique et Federico Tesio maîtrisait son budget en réinvestissant les bénéfices. La loi du marché appliquée à un sport avec plusieurs décennies d’avance !

En 1938, il a vendu son chef d’œuvre, Nearco, à Martin Benson, pour 60.000 £. Sur le marché de l’époque, c’était une fortune. D’après les taux de conversion de la Banque d’Italie, le montant correspondait à 5,64 millions de lires, c’est-à-dire trois fois les gains de l’écurie dans une année faste. Douze mois auparavant, il avait vendu Donatello pour 47.500 £, triplant  les gains de l’écurie.

Federico Tesio était un génie, un artiste, mais il était aussi obligé de gagner sa vie. Au début des années 1930, il s’était associé au marquis Mario Incisa della Rochetta, car, tout seul, il n’avait pas les moyens de résister à la Razza del Soldo. Un coup de génie… car le talent sans moyens ne garantit pas la compétitivité. Tout comme les moyens sont toujours insuffisants en l’absence de talent. Le marquis Incisa, l’inventeur du célèbre vin Sassicaia, avait à la fois des moyens et du talent.

En 1939, avec l’argent de la vente de Nearco, Tesio et l’aristocrate ont fait saillir à l’étranger 20 poulinières sur un total de 32. Et l’année suivante, en voyant arriver l’entrée en guerre de l’Italie, ils ont compris que les mouvements des chevaux allaient être difficiles. Les associés avaient alors pris la décision de faire saillir 23 de leurs 27 juments hors du pays. Cent-cinquante ans après sa naissance, il serait intéressant de demander à Federico Tesio comment il aurait géré l’émergence du Brexit. Le Mago di Dormello aurait peut-être la bonne réponse.