Les entraîneurs français, entre sagesse et jeunesse - Par Franco Raimondi

Magazine / 13.01.2019

Les entraîneurs français, entre sagesse et jeunesse - Par Franco Raimondi

Les entraîneurs français, entre sagesse et jeunesse

Le jeune Chad Brown, gagnant de vingt Grs1 en 2018, est un génie précoce. Comme Aidan O’Brien l’a été en son temps. Une petite étude sur le classement des entraîneurs en France nous a permis de faire la conclusion suivante : en France, ce métier n’aime pas les jeunes. Pour m’en convaincre, j’ai pris les vingt premiers du classement en 1998. Et je l’ai comparé avec celui de 2018, en calculant l’âge moyen des professionnels français. En 1998, André Fabre fêtait son douzième titre quelques semaines après ses 53 ans. Les entraîneurs du Top 20 affichaient un âge moyen de 46,8 ans. Six de ces vingt entraîneurs sont encore présents. Et comme nous tous, ils ont pris vingt ans. Aussi l’âge moyen en 2018 est monté à 54,6 ans dans le Top 20…

Par Franco Raimondi

Fabrice Vermeulen, le nouveau venu. On peut parfois penser qu’entraîner des chevaux de course est un travail pour gardiens de musée. Ce n’est pas vrai, bien au contraire. Huit professionnels du Top 20 de 2013 ont maintenu leur place en 2018. Et parmi eux, le plus jeune est Christophe Ferland, qui a 42 ans. Douze ont cédé leur place et les Français qui figurent dans cette liste sont au nombre de huit – les autres étant John Gosden, William Haggas, Aidan O’Brien et Charlie Appleby – avec un âge moyen de 48 ans. Le plus jeune est Henri-François Devin, 34 ans. Mais le véritable fait marquant du classement de 2018 est de trouver en cinquième position, Fabrice Vermeulen. Neuvième en 2017, il a monté quatre marches en remportant son premier Gr1, le Qatar Prix Marcel Boussac avec Lily’s Candle (Style Vendôme). Et par la même occasion, il franchit allégrement le cap des deux millions d’euros de gains.

Fabre, Rouget et Pantall toujours dans le Top 10. En 2018, sept entraîneurs ont atteint ce cap des deux millions. Il faut remonter à 2012 pour en trouver plus, soit neuf, et tous français, alors qu’en 2018, Enable (Nathaniel) a propulsé John Gosden à la deuxième place. Ce n’est pas une surprise que de constater que l’entraîneur du gagnant du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) franchit avec une seule course le cap des deux millions. Ces dix dernières années, treize Français ont atteint ou dépassé cette barre. Et parmi eux, onze sont encore actifs. André Fabre, Jean-Claude Rouget et Henri-Alex Pantall sont les seuls à avoir fait dix sur dix. Alain de Royer Dupré a raté l’objectif ces deux dernières saisons, alors que Freddy Head a franchi le cap cinq fois, Robert Collet trois fois, Carlos Laffon-Parias deux fois. François Rohaut, Fabrice Vermeulen, Jean-Pierre Gauvin et Mikel Delzangles une fois. Parmi ces professionnels, deux seulement ont atteint la cible avant d’avoir eu 45 ans : il s’agit de Mikel Delzangles et Fabrice Vermeulen, bi-millionnaires à 41 ans.

Sept sur dix ont plus de 60 ans. J’ai aussi cumulé les gains sur six saisons de 2013 à 2018. Cela nous permet d’avoir une base plus fiable. En effet, les entraîneurs peuvent connaître une ou plusieurs mauvaises saisons. L’an dernier, quarante-sept professionnels encore en activité ont enregistré un cumul de gains de trois millions d’euros. Parmi ces entraîneurs, quatre sont des associations entre père et fils ou fille : Monfort, Botti, Lerner et Prod’Homme. L’âge moyen des quarante-trois professionnels est de 52,5 ans. Sept membres du Top 10 de cette période ont 60 ans ou plus (dont les cinq premiers André Fabre, Jean-Claude Rouget, Henri-Alex Pantall, Alain de Royer Dupré et Freddy Head, dans l’ordre). Le plus jeune est Francis-Henri Graffard (41 ans), dixième, et l’autre plus jeune (moins de 50 ans) est Christophe Ferland, sixième.

Jérôme Reynier, le plus jeune. À partir de la onzième place et jusqu’à la vingtième, nous retrouvons dix entraîneurs entre les 41 ans de Fabrice Vermeulen et les 55 ans de Fabrice Chappet et Jean-Pierre Gauvin. L’âge moyen dans ce créneau est de 49,8 ans, alors que les dix premiers affichent 61,1 ans. Pour trouver un entraîneur qui a moins de 40 ans, il faut arriver à la 22e place du classement, avec le Marseillais Jérôme Reynier, 33 ans. Il est monté de la 132e place en 2013 à la 22e en 2018. Les autres jeunes sont Nicolas Caullery (39), Julien Phelippon (36) et Henri-François Devin (34).

Une écurie virtuelle… Quatre entraîneurs qui ont figuré au moins une fois dans le Top 20 dans la période 2013-2018 ont quitté la profession. Il s’agit de Christiane Head-Maarek (au début 2018), Élie Lellouche (à la fin 2017), Jonathan Pease et Jacques Heloury (à la fin 2015). Une écurie virtuelle avec leurs chevaux a cumulé sur la période de référence 19,05 millions de gains et 363 victoires. Ces quatre entraîneurs ont remporté 49 épreuves black types en 6 saisons et 29 Groupes, dont 16 Grs1. Leurs chevaux : Trêve (Motivator), National Defence (Invincible Spirit), Full Mast (Mizzen Mast) et Epicuris (Rail Link) pour Christiane Head-Maarek ; Ectot (Hurricane Run) pour Élie Lellouche ; Karakontie (Bernstein) et Maxios (Monsun) pour Jonathan Pease. Le palmarès ? Deux succès dans l’Arc de Triomphe, une Breeders’ Cup Mile, une Poule d’Essai des Poulains, un Prix de Diane, deux Prix Vermeille, un Prix du Moulin de Longchamp, trois Prix Jean-Luc Lagardère… Cette puissante écurie virtuelle se positionnerait en troisième place du classement par gains.

Une différence de trente-deux ans. Un vieux proverbe italien dit qu’il ne faut faire confiance ni au vieux barbier ni au jeune docteur. Un entraîneur ne doit pas vous raser et il n’est pas là non plus pour vous soigner… Il doit gagner des courses, valoriser ses chevaux et faire plaisir à ses propriétaires. Il ne s’agit pas d’un métier facile et les compétences requises sont multiples. La différence d’âge entre le plus ancien des entraîneurs du Top 10 2018 est de trente-deux ans. Les courses et la vie quotidienne sont différentes d’il y a trente ans. Et pourtant nous demandons à un entraîneur de 70 ans de communiquer, lire les courses, voyager et gérer une clientèle qui peut se sentir en décalage avec la sagesse et le charisme des grands professionnels. En même temps, nous exigeons d’un jeune entraîneur qu’il soit capable de lire un cheval sans la moindre faute malgré une expérience plus courte.

L’association John Oxx & Patrick Prendergast. Il y a quelques jours, l’association entre deux entraîneurs irlandais, le sage John Oxx (Sinndar et Sea the Stars) et le jeune Patrick Prendergast, a fait la une de la presse hippique outre-Manche. C’est un cas surprenant, et ce d’autant plus que le code des courses en Irlande ne permet pas les associations. En Angleterre, un des professionnels les plus doués, Geoff Wragg a pris sa licence à 53 ans après avoir assisté son père Harry pendant une trentaine d’années. En France, nous avons plusieurs associations familiales, ce qui est bien, mais ne suffit pas à faire évoluer la profession.

L’exemple australien. L’Australie, comme dans d’autres domaines, est bien plus avancée dans le développement de la profession. Il existe des associations familiales qui couvrent plusieurs générations – les Hayes, les Snowden et les Hawkes – mais on voit également plusieurs professionnels de haut niveau tenter de mélanger leur expérience à l’enthousiasme de la jeunesse. C’est le cas de Gai Waterhouse (64 ans) qui s’est associée au jeune Adrian Bott (30 ans). L’écurie peut compter aussi sur une racing manager, une directrice des ventes et de la communication en plus d’une assistante. Tout cela uniquement pour la gestion, en plus des hommes et femmes de terrain qui s’occupent des chevaux à l’entraînement, au pré-entraînement et de ceux qui sont en vacances entre une période de préparation et l’autre. Il y a cinq cents ans, Leonardo da Vinci changeait le monde tout seul. Oui, cinq cents ans.

LE TOP 20 FRANÇAIS DE 2013 À 2018

Rang Entraîneur Âge Chevaux Part. V. Gains Gains plus prime Class. 2013 - 2018 Groupes

1 André Fabre 73 1 078 3 487 744 39 860 498 46 950 551 1 - 1 - 1 - 3 - 1 - 1 117

2 Jean-Claude Rouget 65 1 074 3 946 1 019 29 628 527 43 256 346 2 - 2 - 2 - 1 - 2 - 3 58

3 Henri-Alex Pantall 65 1 261 6 026 801 18 526 230 27 322 159 4 - 4 - 4 - 4 - 3 - 4 25

4 Alain de Royer Dupré 74 519 1 782 316 13 552 010 20 199 266 5 - 5 - 5- 5- 8 - 34 49

5 Freddy Head 71 454 1 629 306 12 935 917 17 413 484 6 - 6 - 6 - 7 - 5 - 6 53

6 Christophe Ferland 42 580 2 170 406 9 375 385 13 920 040 9 - 13 - 12 - 6 - 10 - 8 8

7 Carlos Laffon Parias 55 368 1 545 246 9 111 850 13 623 048 8 - 21 - 10 - 15 - 13 - 7 25

8 Pascal Bary 65 356 1 233 195 9 026 725 11 298 662 15 - 8 - 15 - 16 - 7 - 10 19

9 François Rohaut 60 565 2 235 365 9 003 880 12 763 776 10 - 7 - 9 - 11 - 12 - 24 11

10 Francis-Henri Graffard 41 423 1 611 259 7 994 475 11 036 613 38 - 33 - 7 - 10 - 11 - 15 15

11 Fabrice Chappet 55 437 2 199 262 7 922 995 11 109 123 26 - 16 - 21 - 18 - 6 - 9 7

12 Pia Brandt 51 472 1 860 253 7 710 240 10 855 126 22 - 12 - 14 - 8 - 23 - 13 11

13 Mikel Delzangles 47 523 2 019 280 7 074 160 10 335 428 7 - 19 - 8 - 25 - 24 - 53 9

14 Philippe Sogorb 44 492 2 033 312 6 996 175 9 946 523 21 - 22 - 11 - 9 - 19 - 48 6

15 Stephane Wattel 54 457 2 323 278 6 953 683 10 612 463 18 - 29 - 16 - 17 - 20 - 12 2

16 Jean-Pierre Gauvin 55 401 2 446 307 6 904 887 10 454 575 29 - 18 - 18 - 13 - 14 -25 2

17 Cedric Boutin 50 729 6 087 293 6 733 030 2 778 746 11 - 11 - 31 - 39 - 33 - 32 0

18 Nicolas Clement 54 416 1 577 224 6 707 070 9 471 610 16 - 17 - 34 - 14 - 16 - 28 10

19 Fabrice Vermeulen 41 550 2 783 359 6 480 675 8 917 928 106 - 96 - 65 - 12 - 9 - 5 2

20 Mathieu Boutin 47 453 3 970 256 6 253 075 9 238 704 13 - 14 - 26 - 28 - 29 - 27 0