Les grands sujets qui vont animer les courses en 2019

Magazine / 10.01.2019

Les grands sujets qui vont animer les courses en 2019

Les grands sujets qui vont animer les courses en 2019

 

Quels sont les grands sujets qui vont animer les courses en 2019 ? Des élections au Brexit, en passant par la représentation française au meilleur niveau mondial, nous avons listé huit événements dont nous n’avons pas fini de parler !

 

Une année électorale

C’est évidemment le grand sujet du point de vue de l’institution : en 2019, les socioprofessionnels du galop et du trot vont élire leurs représentants. Du côté du galop, Édouard de Rothschild est favori pour conserver sa présidence... Mais la situation peut vite évoluer dans l’année, surtout si le Plan Linette fonctionne moins bien que prévu, puisque Rothschild a choisi Méheut qui a choisi Linette. Et puis l’esprit de son discours fondateur n’a pas toujours été au rendez-vous. En partie à cause de la crise, certes, mais pas seulement. Il a aussi réformé avec un certain courage, et généralement, ça ne paie pas politiquement.

Du côté du Trot, il devrait y avoir un changement de présidence puisque, sauf surprise, Dominique de Bellaigue ne devrait pas se représenter… De toute façon, il ne lui sera pas évident de conserver sa place s’il décide de rester car 2019 est, du côté du trot, l’année de la baisse des allocations. Au galop comme au trot, des tensions existent entre les différents acteurs et tout cela promet une année électorale très animée.

 

Le PMU joue gros

Cyril Linette est arrivé à la tête du PMU en 2018, choisi par Edouard de Rothschild. Les premières annonces deviennent actions en 2019. On commence tout d’abord avec la réforme du Quinté +, qui fait un retour vers le passé pour retrouver une forme plus proche de son origine, laissant moins de place au hasard. Les autres paris hippiques ont aussi eu droit à quelques ajustements, notamment dans l’optique de ne pas entrer en concurrence les uns envers les autres et d’éviter ainsi (le fantasme de) la dilution des masses. La gamme de paris est simplifiée, tout comme la grille des courses : moins de courses, plus de temps entre elles, pour laisser la possibilité de réfléchir, analyser, informer. La phase un du plan Linette est une phase de rétention, ainsi que la nomme les dirigeants du PMU. Consolider la base. Concrètement, le chiffre d’affaire du PMU va s’en ressentir cette année : moins de paris et moins de courses, mécaniquement, vont entraîneur une baisse du chiffre d’affaires. Peut-être cruelle d’ailleurs que celle annoncée…

La phase 2 sera celle de conquête. Les mauvaises langues disent que le but de la phase 2 sera de regagner les parieurs perdus lors de la phase 1 ! C’est de l’humour bien sûr. Plus sérieusement, Cyril Linette ne veut pas lancer la phase 2 tant que la base de parieurs n’est pas consolidée. Le raisonnement se tient. Mais il y a malgré tout urgence : conquérir de nouveaux clients ne se fera pas dans un claquement de doigts. Les courses françaises ne pourront pas tenir sur le rythme actuel durant des années, sauf réforme en profondeur de leur modèle.

 

Le Royaume-Uni sous la menace d’un No Deal pour le Brexit…

« Ce sera fait facilement ! » C’est le type de promesses que l’on a entendues ces dernières années. Par exemple du côté de Donald Trump affirmant que le Mexique allait payer pour la construction de son mur, ce qui n’est évidemment pas le cas et a entraîné le shutdown des administrations américaines faute de financement… C’était aussi la promesse qu’ont fait miroiter les pro-Brexit au Royaume-Uni. Evidemment, l’Europe ne l’a pas entendu de cette oreille et le Brexit se transforme en une sorte d’énorme imbroglio dont le gouvernement britannique ne se sort pas. Deal, no deal… Difficile de savoir ce qu’il va se passer. Le repli sur soi est rarement une bonne solution et encore plus rarement une solution simple à mettre en place.

L’éventualité d’un No Deal fait trembler le monde des courses britanniques – et aussi irlandaises, les deux étant étroitement liées. La plus grande crainte, en cas de No Deal, est le retour des contrôles aux frontières : catastrophique pour les Européens voulant courir au Royaume-Uni ou les Britanniques voulant courir en Europe. Catastrophique aussi pour les éleveurs européens qui veulent envoyer des juments au Royaume-Uni ou en Europe pour les Britanniques. L’idée de se retrouver avec des files de camions devant être contrôlés à la frontière, patientant des heures, en fait frémir plus d’un. Imaginez en plus une quarantaine se mettant en place ! Le Royaume-Uni, s’il quitte l’Europe dès le 1er avril 2019 sans accord, va vivre des moments difficiles… Et l’Europe des courses avec lui... Good luck !

 

… Et le financement des courses britanniques sous la menace des FOBTs !

L’année 2019 ne va pas être de tout repos pour les courses britanniques. Normalement, avril commence par une journée de blagues, le April fools day, mais l’Institution des courses risque de ne pas rigoler du tout en avril 2019 ! Outre la menace d’un Brexit sans deal au 1er avril, les courses britanniques devraient gérer dès avril le changement de régulation des Fixed Odds Betting Terminals. Alors que la réforme du financement du Levy Board avait apporté tant d’espoirs…

Le gouvernement britannique a fait le choix de passer la mise maximale des Fixed Odds Betting Terminals (FOBTs) de 100 £ à 2 £. Les FOBTs, décrits comme « le crack du joueur », sont des machines qui proposent des jeux comme la roulette et le gouvernement a voulu lutter contre l’addiction. Pour les bookmakers, cette nouvelle a été considérée comme une catastrophe qui entraînerait la fermeture de nombreux betting shops. C’est là où les courses sont impactées : moins de betting shops, moins de lieux pour diffuser les courses… Donc moins de droits télévisuels, qui participent au financement des allocations. En prévision, les hippodromes gérés par l’Arena Racing Company ont déjà annoncé baisser leur contribution au financement des allocations et n’excluent pas une baisse supplémentaire en cours d’année. Le Jockey Club a de son côté annoncé conserver telle quelle sa participation aux allocations mais réduire des financements annexes (travaux de rénovation, etc.) tout en annonçant se tenir prêt à un réajustement en cours d’année. Les professionnels britanniques vont peut-être devoir sérieusement se serrer la ceinture… Good luck again !

 

Too Darn Hot, Quorto, Newspaperofrecord… Et les français dans tout ça ?

Les 2ans ont impressionné en 2018… mais surtout à l’étranger. L’espoir classique de 2019 est bien entendu Too Darn Hot (Dubawi), le fils de Dar Re Mi entraîné par John Gosden. Il est invaincu en quatre sorties et a survolé les Dewhurst Stakes (Gr1), ce qui le place parmi les favoris des prochaines 2.000 Guinées de Newmarket (Gr1). Too Darn Hot est aussi le favori du prochain Derby d’Epsom (Gr1) alors que son entraîneur a des doutes sur sa capacité à tenir 2.400m. L’avenir le dira. L’autre poulain en vue pour les 2.000 Guinées est Quorto (Dubawi), gagnant des Vincent O’Brien National Stakes (Gr1) pour Godolphin et Charlie Appleby. Son entourage l’a laissé tranquille ensuite, en vue de la prochaine saison classique. Chez les pouliches, l’espoir vient d’Amérique : Newspaperofrecord (Lope de Vega), gagnante de la Breeders’ Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1), nous a emballés ! Née pour briller en Europe, la pensionnaire de Chad Brown pourrait courir les 1.000 Guinées (Gr1), ou être vue à Royal Ascot. Nous en salivons déjà…

Et côté français ? Après une année 2018 difficile au haut niveau, il faudra redresser la barre… Ce ne sera pas forcément simple. Nous avons vu moins de 2ans impressionnants entraînés en France qu’en Angleterre ou en Irlande. Mais nous pouvons avoir des espoirs avec Persian King ** (Kingman), gagnant de son Groupe à Newmarket et taillé en 3ans. Anodor ** (Anodin) a le droit aussi, tout comme Shendam ** (Charm Spirit), plaisant pour ses débuts, et autres Big Brothers Pride ** (Invincible Spirit)… L’espoir est toujours permis.

 

Une année décisive pour ParisLongchamp

L’ouverture de ParisLongchamp était le grand événement des courses françaises en 2018. Mais la grande fête a vite été ternie par différents problèmes. Concernant le design des tribunes, c’est une affaire de goût, donc le problème ne se situe pas là. ParisLongchamp n’a pas été une catastrophe absolue, contrairement à ce que l’on a pu lire ici et là. Il y a eu même de jolis signaux d’espoirs, comme la réussite incontestable des JeuxDis, qui ont drainé un public totalement nouveau vers l’hippodrome. Pour découvrir les courses, il faut déjà être présent… Et il va ensuite de notre responsabilité et investissement à tous de faire aimer notre univers aux nombreux jeunes qui viennent se divertir.

Cependant, ParisLongchamp doit redresser la barre – dès cette année – sur plusieurs points. Le premier est la piste, clairement pas à la hauteur d’un tel hippodrome. La piste de Longchamp suscite des critiques depuis de nombreuses années mais en 2018, elle était vraiment mal en point. Alors oui, la météo n’a pas aidé : un hiver neigeux et pluvieux, un printemps et un été très ensoleillés. Mais cela ne suffit pas à expliquer son état : des trous, un gazon qui ne tient pas… ParisLongchamp a fermé ses portes plus tôt que prévu, juste après l’Arc. Soyons clairs : nous attendons tous une piste quasi parfaite – la perfection n’existe pas – en 2019.

L’autre échec de ParisLongchamp a eu pour cadre le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Les Britanniques et Irlandais, qui ont payé cher leurs places, n’ont pas trouvé leur compte et menacent de ne pas revenir : problèmes de restauration ou problèmes sanitaires… Ces soucis sont logistiques et doivent se régler facilement. Il le faudra : ParisLongchamp ne peut pas décevoir deux années de suite ces spectateurs-là, sans qui l’hippodrome serait bien vide.

 

Le conflit social français peut-il déborder dans les courses ?

Ce n’est pas la grande joie en France… La fin d’année 2018 a été compliquée avec la crise des gilets jaunes et 2019 ne commence pas beaucoup mieux : sur fond de lutte des classes, intolérance, violence, blocages… Un contexte social assez effrayant. Ce conflit peut-il se manifester dans les courses, surtout dans le cadre d’une année électorale ?

Au galop, il y a eu de nombreuses manifestations notamment en 2017, avec en point d’orgue le blocage ayant entraîné l’annulation pure et simple de deux Grs1 à Saint-Cloud. Cela s’est calmé mais tout n’est pas apaisé non plus. Le sujet de la prime aux chevaux d’âge continue de déclencher les passions. France Galop va-t-il céder sur ce point-là ? L’annonce de la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte, fin 2018, a soulevé de nombreuses réactions. Ce sujet peut tout à fait revenir sur la table…

On ne peut nier la crise que traversent les courses françaises, liée à la baisse du chiffre d’affaires du PMU et, en temps de difficultés, les conflits peuvent vite s’embraser. Du côté du trot, la paix sociale n’est pas acquise non plus. Des voix se sont élevées contre la baisse des allocations et la manière dont cette baisse a été répartie. Il y a eu des rumeurs de grèves en fin d’année 2018. Elles ne se sont pas concrétisées pour le moment mais, là-aussi, rien n’est acquis. Une réunion d’information devrait avoir lieu fin janvier. Si les dirigeants du Trot n’arrivent pas à convaincre les professionnels, nous ne sommes pas à l’abri d’un mouvement de grogne.

 

Un sauteur français ira-t-il défier les britanniques chez eux ?

Ce sauteur français, on le tenait, et quel sauteur ! Cheltenham attendait déjà avec impatience Master Dino ** (Doctor Dino), lauréat désinvolte à Plumpton pour ses débuts sur les fences anglais. Mais le pensionnaire de Guillaume Macaire s’est blessé et les plans de son entraîneur tombent à l’eau. De telles tentatives sont d’autant plus excitantes qu’elles sont rares. D’une part, les allocations britanniques ne sont pas comparables à ce qu’un bon sauteur peut gagner à Auteuil, d’autre part, le positionnement des grandes courses anglaises ou irlandaises impliquent bien souvent de faire l’impasse sur une partie de la saison française. Seule l’envie de relever un superbe challenge sportif peut pousser à ce genre d’aventures… Bien sûr, quand on parle de sauteur français capable de battre les anglo-saxons chez eux, on pense à De Bon Cœur ** (Vision d’Etat). Oui, mais voilà, la championne s’est blessée cet été, et a loupé l’automne 2018. Elle reprend les galops de chasse, et devrait donc être présente au printemps. Peut-on l’imaginer traverser la Manche l’hiver prochain ? Encore trop tôt pour le dire, et il faudra d’abord voir si elle a recouvré tous ses moyens. Dans la Grande Course de Haies d’Auteuil, elle a prouvé que c’était bien elle la championne d’Europe ! Aller le démontrer chez « l’ennemi » serait un événement à lui tout seul.