À LA UNE - Trois jeunes Français à l’assaut du Qatar

Courses / 18.02.2019

À LA UNE - Trois jeunes Français à l’assaut du Qatar

Ils sont jeunes, ils sont ambitieux… et ils sont installés en France. Trois entraîneurs tricolores vont présenter cette semaine leur premier partant au Qatar, dans le cadre des Groupes de l’Emir’s Sword Festival. Jérôme Reynier, Eoghan O'Neill et Carina Fey se sont confiés… quelques heures avant de monter dans l’avion.

Par Adrien Cugnasse

Organisé de jeudi à samedi à Doha, le grand meeting du Qatar s’annonce plus international que jamais, avec pour la première fois un cheval venu du Japon, mais aussi des omanais, des allemands et même des chevaux envoyés par Aidan O’Brien et Richard Hannon. Au côté des entraîneurs français habitués des grands voyages – comme François Rohaut ou Henri-Alex Pantall –, trois "jeunes" tentent pour la première fois leur chance. Jérôme Reynier, le Marseillais au parcours international, Eoghan O'Neill, l’Irlandais installé dans l’Ouest, et Carina Fey, l’Allemande de Chantilly, sont représentatifs de cette jeune génération qui ose s’aventurer là où seules les têtes de liste se rendaient autrefois.

Pour une (très grosse) poignée de dollars. Avec pas moins d'un million de dollars d’allocation, H.H. The Emir’s Trophy (Gr1 local, 2.400m) attire chaque année des concurrents de qualité. Lors de la dernière édition, il fallait un vrai cheval de Groupe pour monter sur le podium, à l'image de Money Multiplier (quatre fois placé de Gr1 aux États-Unis) ou de Noor Al Hawa (triple lauréat de Gr3 en Europe, quatrième du Jacques Le Marois). Deux chevaux entraînés en France seront au départ ce samedi, dont le "Pantall" French King (French Fifteen). Selon les ratings, l’autre français de la course, Royal Julius (Royal Applause), lauréat du Premio Presidente della Repubblica (Gr2), mais également deuxième du Prix d'Harcourt (Gr2), lui est supérieur.

Royal Julius, le grand test. Son entraîneur, Jérôme Reynier, nous a confié ce lundi : « Mon pensionnaire va pour la première fois aborder la distance de 2.400m. Mais pour ce grand test de tenue, les conditions seront parfaites : le terrain sera bon et l’hippodrome de Doha est un petit anneau. C’est l’occasion ou jamais de tenter le coup. Lorsque j’ai récupéré Royal Julius, je l’ai souvent couru sur le mile, distance sur laquelle il a remporté le Grand Prix Anjou Bretagne (L) et décroché la deuxième place du Premio Ribot Memorial Loreto Luciani (Gr2). À 3ans, sur 2.100m, il était allé jusqu’au bout de l’effort dans le Prix du Jockey Club (Gr1) d’Almanzor (Wootton Bassett), se classant septième, entre des chevaux de valeur comme Talismanic (Medaglia d’Oro) ou Mekhtaal (Sea the Stars). Mais ensuite, j’ai pu le rallonger progressivement car il est devenu plus maniable et plus sage. C’est ainsi que sur 2.000m en terrain lourd, il a décroché la deuxième place du Prix d'Harcourt (Gr2). Lors de sa dernière sortie, dans un Groupe, en novembre, à Rome, Royal Julius est tombé sur un terrain beaucoup trop haché pour lui. Nous attendons donc avec impatience jeudi matin et le tirage des numéros à la corde. J’aimerais pouvoir le cacher et ne pas avoir à subir la course, comme ce fut le cas pour Best Fouad (King’s Best) l’an dernier. Nous aurons la chance d’avoir Gérald Mossé en selle. Royal Julius avait une invitation pour aller à Hongkong, mais cela représentait un gros investissement et il se remettait à peine de sa course de Rome. »

Une vraie course. « Royal Julius a une belle carte à jouer dans ce qui promet d’être une vraie belle course. Il y a les locaux les plus expérimentés, comme The Blue Eye (Dubawi), le tenant du titre. Il retrouvera Noor Al Hawa (Makfi), son dauphin en 2018, qui a ensuite remporté le Grand Prix de Vichy (Gr3) avant de se classer quatrième du Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques le Marois (Gr1). Richard Hannon envoie Raymond Tusk (High Chaparral), sixième du Saint Leger (Gr1) et lauréat du Gran Premio del Jockey Club Italiano (Gr2). Mais le concurrent le plus dangereux sera peut-être Hunting Horn (Camelot). Ce pensionnaire d’Aidan O’Brien s’est classé sixième du Jockey Club avant de gagner un Gr3 à Ascot. Deuxième du Qatar Prix Niel (Gr2), il a ensuite couru le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et le Breeders' Cup Turf (Grs1). Fin janvier, Hunting Horn est monté sur le podium des W. L. McKnight Stakes (Gr3, 2.400m) aux États-Unis. Le cheval sera donc ultraprêt. Reste à savoir où il est en après une saison chargée à 3ans. »

Marianafoot, un vrai coup de poker. Dans l'Irish Thoroughbred Marketing Cup (Gr2 local, 1.600m), une épreuve pour 4ans dotée de 200.000 $, deux chevaux français seront au départ : Diplomat (Teofilo) et Marianafoot (Footstepsinthesand), lequel reste sur deux victoires, dont le Prix Luthier (L) en dernier lieu. Jérôme Reynier nous a dit au sujet de ce dernier : « Avec lui, nous avions deux choix possibles. Soit courir le Prix Saônois (L), soit tenter l’international. Même s’il vient de s’imposer sur la P.S.F., je pense qu’il est encore meilleur sur le gazon. Le cheval est vraiment en forme, il progresse tant sur le plan physique que mental. Il faut tenter le coup. Nous n’avons rien à perdre et tout à gagner, surtout que c’est un Gr2 local et que nous ne serons pas pénalisés pour la suite en France. Je l’avais engagé sans vraiment en informer son propriétaire – Jean-Claude Seroul – qui a ensuite accepté de relever le challenge car nous avons par bonheur été invités. Marianafoot aura beaucoup de choses pour lui : un bon numéro dans les boîtes, Pierre-Charles Boudot sur son dos… L’an dernier, je n’avais pas réussi à décrocher des invitations pour mes pensionnaires. Alors cette année, nous voulons vraiment tenter notre chance. »

Une double découverte pour Carina Fey. Anciennement entraîné par Jean-Pierre Carvalho, Diplomat (Teofilo) a gagné deux Grs2 – le Meilen Trophy & le Premio Presidente della Repubblica – avant d'intégrer l'effectif de Carina Fey. Au cours de sa carrière, il notamment couru en Allemagne, en Suède, en Turquie, en France, en Italie et au Qatar. À son sujet, la Cantilienne explique : « Diplomat a sa chance, même s’il vient de prendre 8ans. C’est un cheval qui a beaucoup voyagé dans sa carrière et on sait qu’il court bien à Doha [il s’est classé troisième de l’édition 2018, ndlr]. Il est arrivé sur place ce lundi après-midi. Il fait sa rentrée mais il n’est pas seul dans ce cas. C’est la première fois qu’il va courir son mon entraînement. Il me paraît bien, même si, bien sûr, je ne le connais pas encore à 100 %. Ce sera aussi ma première course hors d’Europe. C’est un meeting de haut vol qui attire une concurrence internationale, notamment grâce à des allocations élevées. Diplomat appartient à Eckhard Sauren, le président de l’hippodrome de Cologne. J’ai la chance d’être soutenue par cette casaque de prestige qui me confie des chevaux de grande qualité. Ces couleurs ont brillé à haut niveau, tout particulièrement en Allemagne. » En France, la casaque d’Eckhard Sauren a été portée par High Alpha (deuxième du Prix des Chênes, Gr2) sous l’entraînement d’Henri-Alex Pantall. Au Qatar, Rogue Runner (King’s Best) lui a offert la victoire dans le Derby (Gr1 local) en 2015.

De l’audace. Eoghan O'Neill, installé dans sud de la Normandie, a déjà gagné des épreuves black types dans quatre pays européens (France, Irlande, Allemagne et Grande-Bretagne). Mais il va lui aussi présenter pour la première fois un cheval au Qatar. Il a en effet décidé de faire monter Admiral Rous (Henrythenavigator) dans l’avion pour courir l'Al Biddah Mile (Gr2 local, 1.600m, 250.000 $). Le poulain reste sur deux victoires, dont le Prix Princeline (Classe 2) avec style à Chantilly. L’entraîneur nous a dit : « Le cheval est arrivée samedi soir au Qatar. Tout s’est bien passé. Nous avons reçu une invitation pour le faire courir là-bas et selon les ratings, il a une deuxième ou troisième chance dans cette course dotée de 250.000 $. Nous nous sommes donc dit qu’il fallait saisir cette opportunité. Admiral Rous sera mon premier partant dans ce pays. Il est aussi engagé lors de la nuit de la Dubai World Cup, mais aucune décision n’a été prise à ce sujet. Il est aussi dans la longue liste du Kentucky Derby (Gr1). Là encore, après deux bonnes victoires sur le sable en France, nous avons pensé qu’il fallait saisir l’opportunité de l’engager dans ce classique. Nous voulons garder un maximum d’options ouvertes. »