DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Le hasard n’a pas sa place à l’élevage de Tourgéville

Élevage / 26.02.2019

DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Le hasard n’a pas sa place à l’élevage de Tourgéville

À la manière des grands chefs, ils ont leurs secrets pour élaborer les champions de demain... Jour de Galop vous propose une immersion dans les cuisines des principaux éleveurs de plat et d’obstacle, qui ont bien voulu nous dévoiler leurs plans de monte pour la saison 2019. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec la famille Lepeudry, de l’élevage de Tourgéville.

Par Charlotte Rimaud

Les croisements de l’élevage de Tourgéville et de ses associés sont décidés par Antoine Lepeudry avec l’aide de ses fils, Jean-Charles et Félix. Chacun occupe un poste précis, mais c’est Antoine qui a le dernier mot. Félix a en charge les statistiques et Jean-Charles toute la partie vétérinaire, comme la possible hérédité d’un mauvais "scope", de la conformation, etc. Il a d’ailleurs effectué sa thèse en médecine vétérinaire sur les croisements dans la race pur-sang. La famille Lepeudry essaie de voir un maximum d’étalons, ainsi que leur production foal et yearling, aux haras et aux ventes, afin de prendre sa décision.

Une manière de procéder très méticuleuse. Les trois hommes ont d’abord regardé 270 étalons stationnés en Europe et analysé les critères de qualité de production et le potentiel commercial de chacun. Félix Lepeudry nous a dit : « Nous regardons combien de juments ont été saillies les années précédentes, combien de yearlings et de foals sont passés sur le ring, à quel prix médian, prix moyen, qui sont les acheteurs, les entraîneurs de ces chevaux… » Au total, ils ont retenu une préliste de soixante sires pour les seize poulinières dans lesquelles l’élevage de Tourgéville est impliqué.

Pour évaluer les juments, ils sont aussi très méticuleux. En effet, ils analysent leur production, la taille des produits, les valeurs handicap, la distance, le terrain, la surface, l’entraînement, les gains, etc. Félix Lepeudry précise : « Nous aimons investir sur des souches que nous connaissons. Nous nous fixons quelques règles pour ne pas trop nous égarer. Nous pensons qu’une jeune jument a besoin d’étalons confirmés pour avoir les meilleures chances de prouver sa valeur au départ. Une jument plus mature, un peu en perte de vitesse, va plutôt rencontrer un jeune étalon pour que le produit soit mieux reçu par le marché. Nous évitons de mélanger les opposés. C’est parfois difficile mais il faut aussi prendre le temps avec les juments. Liliside était le onzième produit de Miller’s Lily, Lord Glitters est le septième produit de Lady Glitters, Lily’s Candle elle aussi le septième produit de Golden Lily... » Le haras de Tourgéville vend presque la totalité de sa production, les Lepeudry ne peuvent donc occulter les tendances du marché.

Le critère principal reste le modèle. Ils ont aussi l’habitude de consulter les personnes qui connaissent leurs juments, comme Tina Rau, Stéphanie Nigge, Marc-Antoine Berghgracht, François Rohaut et Nicolas Clément notamment.

La mère de Lily’s Candle promise à Frankel. Golden Lily (Dolphin Street) fait partie des vedettes de l’élevage de Tourgéville. C’est une fille de Miller’s Lily (Miller’s Mate) mais elle est surtout la mère de Lily’s Candle (Style Vendôme), la lauréate du dernier Qatar Prix Marcel Boussac (Gr1). Golden Lily est vide. Félix Lepeudry a dit : « Golden Lily nous a donné une yearling par Dariyan, qui a beaucoup de qualité. Elle va à Frankel cette année. Nous sommes honorés d’envoyer une jument à un tel étalon. C’est un croisement plutôt outcross, ce qui est parfait sur la taille et la distance. »

Fleur des Indes (Ganges), propre sœur de The Wise Lady, deuxième du Prix Miesque (Gr3), entre autres, et demi-sœur de Golden Lily, a une yearling de Martinborough. Elle est vide cette année et ira à la rencontre de Mr Owen. Sa 2ans par American Devil est à l’entraînement chez François Rohaut. C’est aussi la famille de Liliside (American Post), gagnante de Listed mais surtout la mère de Lys Gracieux, gagnante de la Queen Elizabeth II Cup (Gr1). Plus loin dans cette famille, on retrouve les noms de Robin of Navan (American Post), ou Cloghran (Muhtathir). Félix Lepeudry nous a dit : « Elle a une superbe yearling de Muhaarar et attend un foal de Churchill. Sa 3ans Tilett (Rock of Gibraltar) est aussi à l’entraînement chez François Rohaut, pour les couleurs de notre grand-mère, Monique Lepeudry. La souche ayant fonctionné avec le sang de Sunday Silence au Japon, nous l’envoyons à Saxon Warrior, avec lequel nous répliquons aussi quelques inbreedings que nous aimons bien. » La souche donne beaucoup de vitesse mais Cloghran étant par Muhtathir, « nous essayons de ne pas trop aller à des chevaux de distance intermédiaire ou classique ». À noter qu’Habloville (Rajsaman), le premier produit d’une sœur de Cloghran vient de gagner pour ses débuts à Cagnes-sur-Mer pour la casaque et l’élevage de Gérard Augustin-Normand. De la même famille, Lily des Indes (American Post), fille de Fleur des Indes, est pleine de Wootton Basset. Elle a un yearling par French Fifteen et sa 2ans par Muhtathir est à l’entraînement chez Markus et Stéphanie Nigge.

D’autres bonnes juments en association. Lady Glitters (Homme de Loi), troisième des Prix de Bagatelle et des Lilas (Ls), est notamment la mère de Lord Glitters (Whipper), deuxième des Queen Ann Stakes (Gr1) mais aussi troisième des Qatar Sussex Stakes (Gr1). Sa fille Pivoline (Pivotal) n’a pas couru mais a donné le bon Petit Chevalier (High Chaparral), deuxième du Prix Dollar (Gr2) et gagnant de Gr3. Lady Glitters est promise à Recoletos. Félix Lepeudry nous a expliqué : « Nous souhaitions reproduire le croisement qui a donné Lord Glitters avec un cheval plus jeune. Nous espérons pouvoir garder le yearling de Lady Glitters, une belle pouliche par Style Vendôme, avec lequel nous avons eu beaucoup de chance l’an dernier, puisque c’est le père de Lily’s Candle. Nous avons cette jument en partenariat avec Hillary Erculiani, une grande amie de la famille, qui élève avec nous depuis presque 25 ans maintenant. » Cette dernière possède également Private Eye (American Post), gagnante de Listed à 2ans sous l’entraînement d’Éric Libaud. Elle a donné les bons Private Affaire (Pour Moi) et My Valentine (Rock of Gibraltar). La jument est pleine d’Almanzor. Félix Lepeudry a précisé : « Il s’agira de son septième foal d’affilée. Elle bénéficiera donc d’une pause en 2019. Elle a un yearling par Teofilo et une 2ans par Siyouni, qui est chez Nicolas Clément. » L’élevage de Tourgéville envoie aussi des juments à Dabirsim, The Grey Gatsby, Zarak, Le Havre, Ruler of the World, Profitable, Cloth of Stars, Shalaa et Lightning Spear.