Deux foyers de grippe à Lamorlaye

Courses / 26.02.2019

Deux foyers de grippe à Lamorlaye

France Galop a eu la confirmation lundi de la présence d’un foyer de grippe équine chez un entraîneur basé à Lamorlaye. Mardi, dans l’après-midi, un second foyer, dans un établissement assez proche du premier touché, a été déclaré. Contacté ce mardi, le docteur Paul-Marie Gadot nous a expliqué : « Dès la fin de la semaine passée, nous savions qu’il y avait un problème chez cet entraîneur, et nous n’avons pas attendu d’avoir les résultats des tests pour mettre en place des mesures. Deux chevaux présentaient des symptômes laissant penser que la grippe était probable (toux, hyperthermie). En accord avec l’entraîneur, ses propriétaires et le vétérinaire traitant, les chevaux, qui n’avaient de toute façon pas d’engagements à venir, ne pourront courir qu’une fois que nous aurons la certitude que le virus ne circule plus au sein de son effectif. Il s’agit d’ailleurs d’une mesure de bon sens, car un cheval malade, ou même porteur du virus mais asymptomatique, ne doit pas être soumis à des efforts, ce qui augmenterait son temps de convalescence ou pourrait déclencher l’apparition de la maladie et des complications. Des tests seront donc effectués régulièrement. Les chevaux qui ont déclaré la maladie sont confinés dans l’écurie. Ceux qui ne sont pas malades vont pouvoir avoir accès aux pistes à des horaires où ils ne croiseront pas d’autres chevaux à l’entraînement. Concernant le second établissement touché, il est situé assez près de la première écurie touchée. Deux chevaux ont présenté de la fièvre et un peu de jetage. Les tests sont revenus positifs pour ces deux chevaux. L’entraîneur et le vétérinaire traitant se sont montrés également très coopératifs, et la disposition de l’écurie a permis la mise à l’isolement des deux chevaux touchés. Les mesures sont sensiblement les mêmes que pour le premier cas. »

Pourquoi l’anonymat ? Si France Galop a communiqué sur ces foyers de grippe dès que les tests sont revenus du laboratoire, l’anonymat des professionnels a été préservé. Le docteur Gadot nous en explique les raisons : « Plusieurs volets justifient que nous ne communiquions pas le nom du professionnel concerné. D’une part, comme en médecine humaine, les vétérinaires sont tenus par le secret médical. Si leur client leur interdit de communiquer son identité, ils doivent évidemment respecter sa volonté, et France Galop de même. C’est l’entraîneur, et lui seul, qui peut décider de communiquer. Ensuite, si nous communiquions contre son gré son identité, nous ne serions plus avertis de ce genre de situation. Or, en ayant connaissance de ces cas, nous pouvons apporter notre aide aux professionnels concernés, en collaboration avec le vétérinaire traitant, dans le but de limiter la propagation du virus. »

En alerte depuis plus de deux mois. Le docteur Gadot ne se veut pas pour autant particulièrement alarmiste. Il rappelle : « Nous savons que le virus circule depuis la mi-décembre, dans le nord de la France, la Belgique, les Pays-Bas, le nord de l’Allemagne, chez des chevaux de sport. Cela fait donc plus de deux mois que l’on est en vigilance extrême. Des cas ont été constatés en Grande-Bretagne d’abord, comme vous le savez, puis chez les trotteurs, ces dernières semaines. Les galopeurs étaient pour le moment indemnes – du moins les chevaux à l’entraînement, puisqu’une poulinière venant d’Irlande a été testée positive la semaine passée – mais il fallait s’attendre à ce que nous connaissions, nous aussi, une diffusion du virus. Et ce, malgré les exigences sanitaires extrêmement fortes que nous avons mises en place. Je constate aujourd’hui que des cas en Suède et au Danemark viennent d’être identifiés. »

Non, ça ne vient pas des partants étrangers ! On se souvient que lorsque les courses ont été stoppées en Grande-Bretagne, plusieurs chevaux entraînés outre-Manche sont venus courir en France, ce qui n’a pas manqué de soulever des débats sur les réseaux sociaux. A-t-on pris des risques inconsidérés ? Paul-Marie Gadot est catégorique : « Les partants étrangers ont été contraints à un protocole très strict. Non seulement ils devaient être accompagnés d’un certificat vétérinaire attestant de leur bon état de santé, et du fait qu’ils provenaient d’un centre indemne de grippe depuis 30 jours, mais on leur a aussi demandé de pratiquer un test dans les trois jours précédant la course. Sans ce test, leur engagement était tout simplement nul. Le système était verrouillé. On sait malheureusement que le virus de la grippe se propage très vite, y compris via les personnes qui s’occupent des chevaux. »

Malgré les mutations du virus, la vaccination reste capitale. Les épizooties de grippe, ou de rhinopneumonie par exemple, ne sont pas rares, et ce bien que la population de galopeurs soit correctement vaccinée, « au moins à 99 %, pour les chevaux à l’entraînement », estime le docteur Gadot. Pourquoi, malgré cette protection, certains chevaux développent-ils la maladie ? « Comme le virus qui touche les humains, celui de la grippe équine évolue par le jeu de mutations génétiques. Si bien que les vaccins peuvent finir par ne plus correspondre exactement à la souche qui circule. Nous avons typé le virus dès le mois de décembre. Mais il faut compter au moins un an pour que les laboratoires mettent au point une nouvelle formule de vaccin qui corresponde à l’évolution du virus. Cela dit, la vaccination reste indispensable, et nous recommandons toujours de vacciner tous les chevaux dont le dernier rappel date de plus de six mois, s’il n’y a pas de chevaux malades dans l’effectif. D’une part, cela permet de diminuer fortement les symptômes liés à la grippe, et d’autre part, cela réduit aussi le potentiel excréteur de l’animal contaminé, c’est-à-dire la propagation du virus. »