La chasse, un autre débouché pour le cheval de course

Courses / 19.02.2019

La chasse, un autre débouché pour le cheval de course

Par Christopher Galmiche

La saison de chasse bat son plein, notamment à cheval, dans quelques forêts de France. Au-delà du sempiternel débat autour de cette pratique, il y a une vérité qui existe, pas forcément mise en avant compte tenu du contexte : les chevaux de course alimentent régulièrement les "pelotons" de chasse.

Le plus célèbre des "chasseurs", Rhialco ** (Dom Alco), a été l’un des meilleurs sauteurs de ces dix dernières années. Depuis qu’il a mis fin à ses exploits sur la piste, il va régulièrement à la chasse, comme son ex-compagnon d’entraînement Urgent de Grégaine (Truth or Dare), qui s’est préparé ainsi pour s’imposer en cross à Cheltenham, ou encore Unbrin de l’Isle (Dom Alco). Emmanuel Clayeux emmène souvent ses anciens ou actuels pensionnaires en forêt pour chasser. Les chevaux voient ainsi un nouvel environnement, parcourent 40, 50 ou 60 kilomètres pendant 4, 5 ou 6 heures, sautent des obstacles naturels et travaillent leur endurance. La chasse convient donc à un ancien cheval de course, dans une nouvelle vie, mais aussi à un cheval qui court encore pour lui changer les idées.

Plus des deux tiers des chevaux de chasse proviennent des courses. La proportion des chevaux de course à la chasse est très importante, comme nous l’a expliqué un chef d’équipage du Centre : « Sur les 7.000 chevaux de chasse en France, il y a environ 90 % d’anciens chevaux de course. Ce sont des chevaux qui sont généreux, endurants et qui, pour certains, ont montré de la qualité sur les obstacles, ce qui est un plus s’il faut franchir des fossés ou des troncs d’arbre. Dans notre équipage, nous avons des galopeurs, pur-sang et AQPS, mais aussi des trotteurs, qui sont un peu plus robustes et récupèrent généralement plus vite. »

Une discipline reconnue par la Fédération française d’équitation. L’équitation de chasse à courre est une discipline officielle de la Fédération française d’équitation. Sous l’autorité de cette dernière a lieu chaque année le championnat de France du cheval de chasse sur le Grand Parquet de Fontainebleau. Pendant les deux journées de compétition, une centaine de veneurs s’affrontent au cours de plusieurs épreuves : endurance, maniabilité, sagesse, présentation générale et cross. L’ensemble de ces épreuves ayant pour objet de valoriser chacune des aptitudes particulières demandées à un cheval de chasse.

Citons Loïc de La Porte du Theil, ancien commandant de régiment de la Garde et écuyer en chef du Cadre Noir, qui a déclaré dans le Guide du cheval de chasse : « La chasse est un excellent moyen d’entretien, voire de restitution du moral d’un cheval. N’oublions jamais que le cheval est un herbivore de grandes plaines qui, pour échapper aux prédateurs, n’a qu’un moyen de salut : la fuite. Or nous, les humains, nous le mettons dans une boîte pendant 23 heures, et la 24e nous le faisons tourner en rond dans une boîte un peu plus grande, appelée manège ou carrière. Et on s’étonne que certains chevaux n’aiment pas l’équitation ! Donc, non seulement cette possibilité de marcher, de courir plus ou moins librement est primordiale pour le moral du cheval, mais les temps d’attente forcés à un carrefour ou dans une allée pour écouter, ou pendant les "défauts", contribuent au dressage de nos hunters. Enfin, la chasse est aussi très utile aux chevaux car elle leur apprend à gérer leurs efforts, et à économiser leurs forces. »

Jappeloup, un ancien chasseur. Il n’y a pas que des chevaux de course dans les équipages de chasse. Le champion de saut d’obstacle Jappeloup en a également fait partie. Son cavalier, Pierre Durand, avait expliqué, toujours dans le Guide du cheval de chasse : « Avec Jappeloup, j’ai participé, tout au long de sa carrière, à des laisser-courre, pour le distraire, dans la forêt des Landes, lors de la trêve hivernale. Il était plein d’énergie et pouvait se défouler dans les grandes allées en sable, et ainsi s’oxygéner le corps et le mental. »