La montée en puissance de Mathieu Brasme 

Courses / 16.02.2019

La montée en puissance de Mathieu Brasme 

Installé depuis un an à Luché-Pringé (72), Mathieu Brasme a rapidement augmenté sa clientèle et son effectif grâce à l’obtention constante de bons résultats. Cet ancien gentleman-rider devenu entraîneur veille désormais sur un effectif de 30 chevaux et compte bien franchir un nouveau palier cette année.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. - Vous avez la confiance de plusieurs grands propriétaires, à l’image d’Al Shaqab Racing ou encore de la famille Devin. Comment avez-vous réussi à vous constituer une telle clientèle ?

Mathieu Brasme. - J’ai commencé avec cinq chevaux et obtenu rapidement des résultats. L’entité Al Shaqab Racing l’a remarqué et n’hésite pas à faire confiance et à soutenir les jeunes entraîneurs. Je tiens d’ailleurs à la remercier pour cela. Le tout premier poulain qu’elle m’a confié était une yearling nommée Kalinkaya (Style Vendôme). Al Shaqab Racing l’a achetée aux ventes de yearlings d’octobre chez Arqana en 2017 et leur directeur général, Khalifa Al Attiyah, l’a placée à l’entraînement chez moi. Elle possède un beau modèle et devrait débuter dans quinze jours. J’ai deux poulains de Khalifa Al Attiyah à la maison et trois sous la bannière Al Shaqab Racing, dont une nièce de Nathaniel (Galileo), qui vient d’arriver. La famille Devin m’a quant à elle confié trois chevaux pour les mêmes raisons, dont le frère de la double gagnante de Groupe Golden Legend (Doctor Dino), laquelle s’est également classée deuxième des E.P. Taylor Stakes (Gr1). Il s’agit d’un 3ans nommé Gold Quest (Saônois), qui va nous faire plaisir, je l’espère. Les Devin sont eux aussi d’excellents propriétaires et c’est un honneur d’entraîner leurs représentants.

Golden Legend est d’ailleurs une propre sœur de Doctor Squeeze, lequel est black type sur les haies d’Auteuil et sur le steeple palois. Quant à Saônois, il a prouvé sa capacité à produire des sauteurs. Vous n’avez pas encore eu de partants en obstacle, mais cela pourrait donc venir…

Effectivement, c’est une porte de sortie lorsqu’on a des chevaux un peu limités en termes de classe, mais pour le moment je me concentre sur le plat. J’ai plusieurs pensionnaires qui possèdent des origines mixtes, dont une sœur de Jazz in Montreux (Rin Van Winkle), vainqueur du Prix Hopper (Gr3), et de Black Luna (Soldier of Fortune), lauréate du Prix François de Ponçins (L). Leur mère, Back the Winner (Entrepreneur), est black type en plat tout comme son deuxième produit, Rio Perdido (Oratorio). Cette pouliche est une fille d’Olympic Glory (Choisir) et sera dirigée vers le plat. J’ai également une sœur de Dylidancer (Dragon Dancer), qui a conclu troisième des Prix Duc d’Anjou (Gr3), Philippe Ménager et Camille Duboscq (Ls). Elle est par Panis (Miswaki) et débute d’ailleurs en plat dimanche.

J’ai grandi dans la culture de l’obstacle puisque mon père entraînait autrefois des chevaux de cross, mais mon parcours m’a conduit à entraîner des chevaux de plat. J’ai appris mon métier chez Mikel Delzangles et je me suis construit un réseau de clientèle dans ce milieu. Le rêve d’atteindre le haut niveau me donne envie de persévérer dans la discipline du plat. Et puis, j’entraîne dans un centre privé où il n’y a pas d’obstacles.

Justement, comment en êtes-vous arrivé à travailler pour Mikel Delzangles, vous qui étiez prédestiné pour l’obstacle ?

Cela s’est fait par le biais d’Antoine Lamotte d’Argy, à qui je dois beaucoup. Antoine est un ami de longue date, il m’a toujours suivi et soutenu. Il a énormément compté dans mon parcours. Basé à Dragey, il a eu une antenne à Maisons-Laffitte pendant quelques mois, dont j’étais responsable, il y a plusieurs années. Finalement, il a décidé de la démanteler et m’a conseillé d’essayer de trouver une bonne place dans une écurie classique. À l’époque, je n’avais jamais travaillé ailleurs que dans des écuries d’obstacle et l’idée de devenir entraîneur commençait à me trotter dans la tête. C’est à ce moment-là que Mikel Delzangles a hérité de la quasi-totalité de l’effectif de Richard Gibson, et il s’est mis à chercher des personnes supplémentaires afin d’encadrer ses équipes. Antoine m’a fait entrer à son service et j’y suis resté durant six ans, d’abord en étant sous les ordres du premier garçon, puis en tant qu’assistant entraîneur. Au bout de trois ans passés sous ses ordres, Mikel Delzangles a ouvert une antenne dans les écuries de Guy Henrot, là où je suis actuellement installé, et m’a proposé d’en être responsable. Je suis donc parti de Chantilly pour venir travailler ici, avant de m’installer à mon propre compte. Jusqu’à l’arrivée récente d’Édouard Monfort, j’étais le seul entraîneur sur ce centre.

Vous avez eu la chance de côtoyer un cheval comme Dunaden, au côté duquel vous avez pu parcourir le monde. Cela a dû être une magnifique expérience…

Je suis parti en voyage avec lui durant neuf mois au total et cette expérience m’a évidemment beaucoup apporté, même si nous restions peu de temps à chaque endroit. J’ai pu côtoyer des entraînements prestigieux et passer trois mois à Dubaï pendant l’hiver par exemple, c’est très sympa ! J’aimerais avoir moi-même des partants à l’international à l’avenir, mais il faut tomber sur le bon cheval. Je connais le profil de compétiteur qu’il faut pour aller courir à l’étranger, mais les chevaux qui arrivent à encaisser ces voyages possèdent un tempérament assez incroyable, et cela n’est pas facile à dénicher.

Vous avez acquis énormément d’expérience dans les rangs des amateurs, puisque vous avez monté près de 300 courses au total. En quoi cela vous sert-il aujourd’hui ?

Je pense que lorsqu’on a soi-même monté en course, on sait un peu plus de quoi on parle. C’est plus facile pour donner les ordres à un jockey et ça aide à analyser une course, par exemple. J’ai fait des stages chez Guillaume Macaire, et ce que j’ai appris dans une écurie d’obstacle me sert également pour entraîner des chevaux de plat. Toute expérience est bonne à prendre.

Quel bilan tirez-vous de cette première année à votre compte ?

J’ai signé mon premier succès dès mon deuxième partant, le 4 janvier 2018 à Deauville. Au total, les chevaux de mon écurie ont remporté huit courses et se sont placés à 50 reprises avec 96 partants, ce qui est plutôt bien pour un début. Je suis globalement satisfait de cette première année. J’ai commencé avec cinq chevaux et j’en ai actuellement 30 à l’entraînement, avec sept salariés. Je ne pensais pas arriver à ce résultat au bout d’un an ! Lorsqu’on démarre son activité, on est très surveillé par tout le monde, mais les bases sont saines et j’ai des clients solides.

Quels sont vos espoirs et vos objectifs pour cette année ?

J’ai beaucoup de 3ans qui vont débuter et j’espère non seulement maintenir mes statistiques, voire mieux, mais aussi toucher un cheval capable de bien faire au niveau black type. J’ai déjà une pouliche susceptible de courir les bonnes courses. Il s’agit de Come Back (Toronado), qui vient de gagner son maiden à Deauville. Elle s’est placée à trois reprises à 2ans et nous avons tenté notre chance dans le Prix des Sablonnets (L), où elle a conclu à la sixième place, mais elle semble avoir fait des progrès. La pouliche court sous la casaque de l’écurie Brillantissime, que j’ai fondée avec Sébastien Desmontils en 2014. Ces couleurs pourraient donc être revues à bon niveau, puisqu’elles avaient conclu quatrième du Prix de Diane (Gr1) en 2016 grâce à Azaelia (Turtle Bowl) !