Le Bottin classique : tome I, les inédits

Courses / 28.02.2019

Le Bottin classique : tome I, les inédits

Par Franco Raimondi

Ils sont 521, soit vingt de plus qu’en 2018, et ils viennent de presque tous les pays, Ukraine comprise. La France reste encore majoritaire dans le peloton des sujets engagés dans les classiques et les deux Grs1 complémentaires (Coolmore Saxon Warrior Prix Saint-Alary et Juddmonte Grand Prix de Paris), mais les candidats tricolores sont dix de moins que l’an dernier, soit 277, alors qu’on dénombre 244 étrangers, soit 30 de plus si l’on comptabilise le "FR" Manguzi (Planteur), qui est à Dubaï chez Ali Rashid Al Rayhi mais est enregistré sous "entraîneur en instance" par France Galop. L’Angleterre est passée de 110 à 148 engagés, alors que l’Irlande signe un léger recul de 87 à 85.

Fabre 67, O’Brien 65. Chez les entraîneurs, André Fabre a fait faire des économies à ses propriétaires et il est passé de 79 à 67 engagés, mais il reste devant Aidan O’Brien, passé de 63 à 65 candidats. D’après les données de www.aidanobrienfansite.com, le professionnel irlandais entraîne 52 poulains et 38 pouliches de 3ans. Les femelles qui ont un engagement classique en France sont au nombre de 26 (68,4 %) et trois quarts des mâles (39) possèdent leur ticket pour ParisLongchamp ou Chantilly. Les chiffres sont un peu différents chez André Fabre qui a plus de pouliches (52) que de poulains (49). Les Fabre qui sont engagés dans au moins une des six courses représentent 66,3 % du total, alors que l’Irlandais est à 72 %, mais les mâles sont au nombre de 29, dont quatre avec un seul ticket pour le Juddmonte Grand Prix de Paris. Cela représente 59,1 % de son effectif masculin total, contre les 75 % de l’escadron Ballydoyle. Trente-huit pouliches ont été jugées dignes de l’engagement par le maître cantilien, soit 73 % de celles qui sont à l’écurie.

Coolmore 57, Godolphin 47. André Fabre entraîne 25 des 47 poulains et pouliches engagés pour la casaque Godolphin et deux des 57 qui appartiennent à la galaxie Coolmore. Le seul autre professionnel qui entraîne au moins un candidat pour les deux superpuissances est John Gosden, qui a chez lui Battle for Glory (War Front & Immortal Verse), lauréat de sa seule sortie en bleu Magnier, et quelques autres Godolphin masqués, pour les casaques de la princesse Haya ou du cheikh Zayed, le fils du cheikh Mohammed Al Maktoum. Parmi les vingt engagés sous la signature Gosden, on trouve aussi des Cheveley Park Stud, des Hamdan Al Maktoum, des Khalid Abdullah, un China Horse Club et un Qatar Racing.

Les superpuissances comptent pour 20 %. Les courses ne sont pas un jeu réservé aux superpuissances. Godolphin et Coolmore représentent 20 % des forces, alors que le prince Khalid Abdullah compte 24 engagés par 11 entraîneurs différents, Son Altesse l’Aga Khan, 23, et la griffe Wertheimer & Frère, 21. Les autres propriétaires avec plus de dix candidatures sont Hamdan Al Maktoum (14) et Al Shaqab (13). Les entraîneurs avec plus de dix chevaux sont au nombre de douze. Federico Tesio aurait bien du mal à comprendre ça mais il doit tourner la page : l’entraîneur est un professionnel avec une clientèle, pas un gentleman qui se fait plaisir en sellant ses chevaux… Et en plus, il n’avait pas engagé Ribot (Tenerani) dans le Derby italien parce que c’était un yearling très moche.

Tesio ne pouvait pas supplémenter… Federico Tesio n’avait pas de seconde chance, la supplémentation, mais de nos jours, il est presque impossible de passer à côté de la gloire classique. Golden Horn (Cape Cross) n’était pas engagé dans le Derby car son éleveur et propriétaire, Anthony Oppenheimer, pensait qu’il ne tiendrait jamais 2.400m. Le dernier lauréat classique supplémenté en France est The Gurkha (Galileo), qui était inédit à la clôture des engagements pour la Poule d’Essai des Poulains 2016. Tout comme Valyra ** (Azamour) qui a remporté le Prix de Diane en 2012. Torrestrella (Orpen) n’avait pas ouvert son palmarès en février 2004, trois mois avant son succès dans la Poule d’Essai des Pouliches, et Holding Court (Hernando) avait effectué sa première sortie à 3ans, le 23 avril, dans un handicap, avant de remporter le Prix du Jockey Club en 2000.

Il était le Derbywinner Mieux vaut s’assurer une place à l’avance, même si ça peut coûter un peu cher. Durant ma très courte expérience de copropriétaire, j’ai eu un candidat classique, un poulain par Shareef Dancer, engagé dans le Derby Italiano, à l’époque Gr1. Il était inédit au mois de mars de ses 3ans, mais à l’écurie il était surnommé le Derbywinner. Obligé de l’engager dans le classique ! C’est à Dubaï, sur la plage, qu’avec l’un de mes trois associés, j’ai reçu un coup de fil de son entraîneur… « Le poulain a eu son premier gazon et il a décollé. Il est très bon mais malheureusement, il ne peut pas courir le Derby. On lui a fait des pointes de feu à un jarret et je l’ai fait castrer. » Résultat des courses : la bestiole a effectué ses débuts en septembre dans un réclamer, il a ouvert son palmarès à 4ans et a remporté cinq succès pour un autre propriétaire.

115 inédits. C’était, le pauvre, un candidat classique. Un bon poulain, avec un peu de classe, un pedigree excellent, et un très beau regard. Il y en a plein, des comme lui, encore inédits à la clôture des engagements. J’en ai compté 115 cette année, soit six de moins que les 3ans engagés dans les six courses et qui ont déjà décroché leur black type. On dénombre aussi 192 gagnants à la clôture des engagements, mais le nombre monte de jour en jour car les entraîneurs ne sont pas fous.

Quatre classiques encore inédits à 3ans. Au cours des dix dernières années, j’ai dénombré 35 gagnants des 40 courses classiques françaises. Les inédits au moment de l’engagement ne sont que quatre : The Gurkha, Reliable Man (Dalakhani), Valyra et Sarafina (Refuse to Bend), soit 11,4 %. Si vous êtes membres du très distingué club des propriétaires qui a engagé un inédit dans les classiques, le Saint-Alary et le Grand Prix de Paris, pas de souci. Les inédits à 2ans gagnants de l’un de ces six Grs1 sont au nombre de neuf sur 53, soit 16,9 %. Donnez-moi un tirage au sort dans lequel j’ai plus d’une chance sur six de décrocher le trésor et je suis preneur.

Quelles origines ! La liste des 115 inédits, c’est un plaisir pour les amoureux des pedigrees. Trente-sept parmi eux sont passés sur les rings de vente et ils ont enregistré un chiffre d’affaires de 8,88 millions d’euros. La large majorité (81) des 3ans inédits sont élevés par leurs propriétaires. Ces poulains et pouliches représentent une valeur de saillies de 8,11 millions. Dubawi (Dubai Millennium) compte sur dix inédits et inédites de luxe, c’est un de plus que Le Havre (Noverre), alors que Sea the Stars (Cape Cross) en a sept et Galileo (Sadler’s Wells) six. Godolphin possède quatorze candidats encore à découvrir sous l’entraînement Fabre. Son Altesse l’Aga Khan en a treize, dont Zarkallani (Invincible Spirit & Zarkava). Coolmore est à huit. Sa Majesté la reine d’Angleterre a payé 4.850 € pour engager son Space Walk (Dubawi) dans le Prix du Jockey Club et le Grand Prix de Paris. Il s’est passé quarante-cinq ans depuis le succès de Highclere (Queen’s Hussar) dans le Diane. On vous attend, Gracieuse Majesté.

En cliquant ici (http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/inedits-classiques.pdf), vous découvrirez un par un les 115 membres du club de la jeunesse dorée du galop européen.