LE MAGAZINE - Michel Bourgneuf : « Les AQPS, c’est ma vie ! »

Élevage / 18.02.2019

LE MAGAZINE - Michel Bourgneuf : « Les AQPS, c’est ma vie ! »

Michel Bourgneuf vient de céder la présidence du Syndicat AQPS de la Nièvre. Mais il va conserver ses fonctions de vice-président de Cercy et de vice-président des AQPS, au niveau national notamment. Cet ancien assureur, qui a aussi rempli les fonctions de maire de Thaix pendant trente-cinq ans, a pris le temps de nous recevoir chez lui.

Par Christopher Galmiche

Jour de Galop. – Pourquoi avez-vous quitté la présidence du syndicat AQPS de la Nièvre après dix-neuf ans à ce poste ?

Michel Bourgneuf. – À l’époque, j’ai remplacé Bernard Cyprès à la tête du Syndicat AQPS de la Nièvre. J’ai passé dix-neuf ans en tant que président. Nous avons dû nous organiser pour la période de l’après Haras nationaux en ce qui concerne l’étalonnage. C’était très important. Nous avons monté avec Jacques Cyprès la coopérative de Cercy et nous avons négocié avec la région et le département pour acheter un cheval qui s’appelait Shaanmer Nivernais. Il a permis de laisser une belle enveloppe pour réinvestir dans la coopérative, dans l’achat de Karaktar, en partie, et de Racinger. Nous avons fait quelques actions intéressantes et aujourd’hui, nous avons pu mettre toute une équipe de jeunes aux commandes. Six jeunes d’un coup dans un syndicat, c’est formidable ! C’est pour cela que je me suis arrêté maintenant. Durant un an, j’ai flotté un peu. Mais nous avons résolu les problèmes et je suis content car nous avons transmis notre savoir à des jeunes qui sont motivés !

Quel a été le ou les moment(s) fort(s) à la tête du Syndicat ?

L’un des moments forts de mes années de présidence a été la création de la coopérative de Cercy. Avec Jacques Cyprès et Jacques Lauriot, nous avons organisé des cercles de réflexion. Il fallait imaginer l’après Haras nationaux. Nous avons rassemblé toutes les idées possibles. Nous penchions plus pour la coopérative et nous sommes allés sur cette idée. Nous étions quatre au début : messieurs Lafarge, Lauriot, Cyprès et moi. Une fois que nous avons trouvé ce que nous voulions, cela est allé très vite, même si une coopérative est compliquée à mettre en place. Nous sommes maintenant chez nous et nous construisons d’ailleurs un nouveau bâtiment. Nous avons un très bon président à Cercy, il y a une bonne équipe et nous sommes nombreux. Nous avons aussi un directeur formidable.

Gardez-vous d’autres fonctions ?

Je reste vice-président de Cercy et je me représente l’année prochaine ! Mais à 80 ans, je m’en irai ! Je reste également vice-président des AQPS au niveau national. J’ai aussi été élu au Syndicat des pur-sang du Centre-Est. Je décroche par étape ! Il y a des choses qui me passionnent et j’ai encore mon mot à dire. Mais il fallait trouver un nouvel élan avec les jeunes pour le Syndicat de la Nièvre. Lorsque l’on ne peut plus servir à quelque chose à la communauté, il faut s’en aller ! Tant qu’on a le sentiment de pouvoir apporter quelque chose, on y va ! C’est pour cela que je reste aux AQPS, car les AQPS, c’est un peu ma vie ! Je vais avoir du mal à m’en passer. Nous sommes une bonne équipe au niveau national.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde des courses ?

Enfant, mes grands-parents avaient une maison à Chantilly et je montais avec mon père. Je faisais des galops le week-end. J’adorais cela ! J’ai arrêté ensuite car j’ai eu des problèmes de genoux. Je suis arrivé dans la Nièvre en 1969 et j’ai eu mes premières juments en 1985. Mon oncle avait des chevaux dans la région et mon grand-père a élevé des chevaux pour la remonte. J’allais aux courses régulièrement et j’ai commencé comme commissaire à La Guerche. J’aimais bien ce champ de courses. Il était très sélectif, mais il avait un gros défaut, c’était son passage de route qui était difficile pour les chevaux. C’était l’époque où nous essayions de faire un champ de courses d’obstacle à Nevers avec Bernard Cyprès. Nous avions le terrain, les trotteurs avaient donné leur feu vert, mais le projet a capoté. Mon premier cheval qui a couru, c’était à La Guerche, et il a gagné ! Il était monté par Anne Marc, une cavalière, et entraîné par Jean-Jacques Boutin. Quelle époque ! Premier partant, premier gagnant... Je me suis dit que c’était facile (rires).

L’élevage est venu ensuite…

J’ai commencé à 18 ou 19 ans dans l’élevage en prenant une jument chez monsieur de Soultrait, le père d’Yves, qui a été président du Syndicat de la Nièvre. Cette jument s’appelait Nebraska B. C’était une pur-sang par Caracalla car j’adorais Marcel Boussac, dont j’étais voisin avant de venir dans la Nièvre. Je regardais ses croisements, avec beaucoup de consanguinité, même s’il a eu des problèmes plus tard avec des chevaux un peu fous. Nebraska m’a donné trois bonnes juments et au final, toute ma bonne souche actuelle. Je n’avais pas d’argent à l’époque où je l’ai achetée. J’ai revendu le premier poulain de Nebraska à monsieur de Soultrait, puis j’ai eu trois belles femelles. Nebraska II, fille de Nebraska B, m’a donné le bon Alaska de Thaix (Dom Alco) qui a malheureusement connu un problème dans le Grand Steeple. Il a fini sixième, tombant en syncope après la course. Il n’a plus jamais été le même. Il avait gagné notamment le Prix Xavier de Chevigny. C’était vraiment un bon cheval.

Cette souche perdure-t-elle dans votre élevage ?

Nebraska B est la troisième mère d’Harmonie Trésor (Grand Trésor), quatrième du Grand Steeple. J’avais vendu la mère de celle-ci, Anouchka II (Quart de Vin), mais j’avais la moitié d’Harmonie Trésor. De la même famille, j’ai eu Icica, une fille de Nebraska B, et Brasero, un étalon que j’ai utilisé car il avait fait le tour de la piste de Cluny dans un très bon temps. Les employés des Haras nationaux l’avaient fait courir sur cette piste et le temps, pour un gros demi-sang, était étonnant. Icica m’a donné deux pouliches, Malacca II (Danoso) et Orca II (Danoso). Orca était entraînée par le père Nicolle, montée par François [Nicolle, ndlr], avec lequel elle a gagné plusieurs courses. Ils partaient devant et personne ne les revoyait. François montait en plat en gentleman-rider. Malacca II, c’est le début d’une belle aventure. Elle a été battue dans le Prix Jacques de Vienne, mais la photo ne marchait pas… Elle était entraînée par un chauffeur de taxi, monsieur Cuenot, montée par un jockey d’obstacle, Denis Leblond, et elle a gagné à Longchamp le Prix de Craon d’un nez ! Quatre jours auparavant, monsieur Cuenot ne voulait pas courir. Malacca II est morte huit jours après avoir donné Kapica de Thaix (Kadalko), qui a produit sept vainqueurs, dont Volca de Thaix (Voix du Nord), deuxième du Ferdinand Dufaure. Puis il y a eu Rebecca de Thaix (Lavirco), laquelle a produit Dica de Thaix ** (Voix du Nord), qui s’est tuée l’an dernier. Cette année, Kapica a une pouliche de Cokoriko. Tous ces chevaux appartiennent à ma souche majeure.

D’où vient la souche à qui l’on doit notamment Brin de Thaix ?

J’ai développé une autre souche grâce à mon oncle. Il avait une jument nommée Lounda (Vermeil). Elle est à l’origine de bons chevaux comme Mousme (Cramberry), qui a été la meilleure jument AQPS. J’ai gardé la seule femelle que mon oncle a bien voulu me vendre. Elle s’appelait Galatée V (Vieux Château). J’ai eu de la chance car elle m’a fait Une Amie (Prove it Baby) que j’ai gardée. Elle a produit Nacre de Thaix (Roi de Rome), la mère du bon Brin de Thaix ** (Dom Alco) et d’Évidence de Thaix (Network), que nous avons vendue après ses deux victoires en plat, et Quartz de Thaix (Ragmar).

Avez-vous eu des clients fidèles parmi les entraîneurs ?

À l’époque, Jean Dasque me prenait tous les mâles. Durant mes cinq premières années, j’ai dû avoir huit mâles et sept ont gagné à Auteuil. Le huitième avait été vendu pour le concours complet. Avec Jean Dasque, j’ai eu une réussite extraordinaire, c’est comme cela que j’ai démarré. Guy Cherel m’a ensuite offert de gros succès et j’ai une pensée pour lui. Ce sont deux hommes qui m’ont marqué pour leur coup d’œil. Jean Dasque arrivait, faisait le tour du poulain, regardait bien par derrière et il vous répondait oui ou non. Guy Cherel est pareil.

Parmi les bonnes poulinières que vous avez eues, il y a eu Castnie (Armos), qui possède une histoire peu commune…

Castnie était une pur-sang. Je suis allée la chercher dans un petit village. Elle était mal entretenue et marchait avec les deux boulets par terre ! Elle mordait aussi et avait coupé un blouson en cuir… Il fallait être un peu fou, mais son papier me plaisait. Elle m’a donné deux chevaux formidables, Old River (Fabiolo) et Guérandaise (Labus) qui étaient entraînés par Alain Sagot. J’ai eu Old River grâce à une saillie gratuite du Centre-Est de Fabiolo. C’était encore une origine Boussac. J’avais pris la saillie que personne ne voulait. Old River a gagné le Prix Ferdinand Dufaure (Gr1) et un autre Gr3. C’était l’époque de l’association entre Alain Sagot et Claude Cohen. J’ai gardé la sœur d’Old River, Guérandaise, dont j’ai conservé la descendance. Aujourd’hui, j’ai un cheval de cette souche chez Augustin Adeline de Boisbrunet : Gopaka River (Secret Singer). C’est une souche à part, pur-sang, et j’ai de nouvelles souches pur-sang également. Guérandaise a fait News Rivers (Cadoudal) et elle a fait un très bon cheval qui s’appelait Sucess River (Robin des Champs), qui était entraîné par Guy Cherel.

Quelles sont vos autres poulinières pur-sang ?

J’ai acheté à Deauville, il y a plus de dix ans, Nona Allegrina (Scribe). Je l’ai fait saillir par Siyouni, dont j’avais gagné une saillie à 2.000 €. Cela a donné Esperitum, qui vient de gagner un tiercé à Cagnes et que j’avais vendu yearling à Deauville. J’ai aussi acheté chez Arqana Perle Secrète (Lavirco), issue d’une sœur de Grey Jack (Bikala), et Maya (Kendargent), issue d’une belle famille Moussac. Cette dernière est pleine de Kamsin et je la mets à Ectot. Aujourd’hui, mon optique est soit de diminuer le nombre de mes juments, soit de trouver un associé. J’ai plusieurs juments à l’extérieur. D’ailleurs, j’ai déjà cinq poulains nés à l’extérieur.

Comment choisissez-vous vos étalons ?

Je ne regarde pas trop les étalons qui ont évolué sur moins de 1.600m. J’aime bien que le cheval ait couru sur au moins 2.000m en règle générale. Je regarde beaucoup les pedigrees. Au début, je tombais souvent sur Tourbillon. Cette année, je mets déjà cinq poulinières à Cokoriko. Dès le départ, j’ai eu une part de Cokoriko, Karaktar, Rail Link, Tunis… J’ai aussi une demi-part de Castle du Berlais, de Masterstroke… Tous les ans, je vais à Doctor Dino. J’ai d’ailleurs déjà une poulinière de cet étalon qui a un produit de Cokoriko.

En ce moment, j’essaie les croisements à l’envers avec une souche d’Old River. J’ai gardé une jument qui s’appelle Diane River (Bricassar). Je l’ai envoyée l’an dernier à Voiladenuo et cette année à Nidor. J’ai commencé avec les croisements à l’envers

Comment jugez-vous l’évolution du marché des étalons pour l’obstacle ?

Le marché des étalons est devenu de plus en plus compliqué. Tout le monde se tire la bourre. C’est un fait nouveau, notamment en obstacle. Personnellement, j’étais à la commission d’achat des Haras nationaux avec Jacques Cyprès. Nous étions allés voir Voix du Nord à Chantilly. Nous avions dit à François Gorioux : "On l’achète !" Lorsque nous avons vu Voix du Nord, nous nous sommes tout de suite dit qu’il nous fallait un cheval comme lui.

Quelle est votre opinion sur le marché des sauteurs ?

Le marché a été merveilleux lors des cinq dernières années par rapport au départ. Pour l’avenir, on ne sait pas ! Au début, nous ne vendions pas nos chevaux, il y avait peu de monde à la remorque des principaux acheteurs étrangers. Mais aujourd’hui, cela s’est élargi.

Quel est votre élève qui vous a le plus marqué ?

Dica de Thaix me vient tout de suite à l’esprit, mais j’ajouterai Malacca II. Dica est un fils de mon étalon de cœur Voix du Nord. Nous n’avons eu que des bons chevaux avec cet étalon que j’adorais. Je n’ai jamais eu un autre coup de cœur comme celui que j’ai eu pour Voix du Nord. J’ai deux poulinières de cet étalon : Divine de Thaix et Victoire de Thaix. Divine de Thaix va encore courir cette année et Victoire de Thaix est pleine d’Authorized.

Quant à Malacca II, c’était une joie… J’étais tout jeune lorsqu’elle a gagné le Prix de Craon. Personne n’y croyait. Elle était à une cote extrême et il y avait une vingtaine de partants. Malacca II a en plus bien produit. J’ai d’ailleurs sauvé sa fille, Kapica de Thaix, qui a été élevée au biberon. C’est une petite jument, elle n’a pas un modèle exceptionnel du fait de son histoire. Mais celle-là, je l’aime !