Le nouveau défi de Kevin Nabet

Courses / 26.02.2019

Le nouveau défi de Kevin Nabet

En 2019, Kevin Nabet se lance un nouveau défi : celui d’être freelance… Ou moitié freelance. Le jockey va continuer à monter à Royan, entre les écuries de Guillaume Macaire et de François Nicolle. Le premier objectif ? Gagner des belles courses… Notamment avec De Bon Cœur.

Par Anne-Louise Échevin

Kevin Nabet et Stéphane Delhommeau nous ont expliqué ce léger changement de cap. Léger, car Kevin Nabet montait déjà des chevaux autres que les pensionnaires de Guillaume Macaire. Stéphane Delhommeau analyse : « C’est surtout le fait que Kevin ait eu plus d’appels en provenance de l’extérieur qui a joué sur ce changement de statut en 2019. Lorsque davantage de professionnels font appel à vous, il faut avoir les mains libres. Ce que cela change ? Principalement des questions de logistique. Pour Kevin, niveau montes, il y a eu à la fois plus d’opportunités venant de l’extérieur, en plus des montes chez Guillaume Macaire. Et d’un autre côté, il y a eu un trou d’air à l’automne car il était aussi fréquemment associé aux chevaux de Guy Cherel, dont beaucoup sont partis en Angleterre. Tout cela a donné cette envie de redevenir freelance. »

Freelance, ou presque. Car, comme le précise Kevin Nabet : « Je montais déjà à Royan et je reste installé à Royan. Et je continue bien sûr à collaborer avec monsieur Macaire et à monter le matin chez lui. Mais je partage désormais ce temps avec l’écurie de François Nicolle. En quelque sorte, je suis un jockey "demi-freelance" et j’ai une grande chance : celle d’avoir le soutien des deux plus grosses écuries d’obstacle de France. » Une chance en effet : en obstacle, il y a tout de même trois "écuries mammouths", basées à Royan, qui dominent le classement et concentrent les chevaux de Gr1. Avoir l’appui d’une ou de plusieurs d’entre elles est important pour réussir. Royan… Et les autres ? Les deux hommes ne s’interdisent pas des voyages : « S’il faut aller sauter de bons chevaux le matin en Normandie ou en région parisienne, oui, bien sûr. »

L’effet De Bon Cœur. Le 20 mai 2018, Kevin Nabet monte au pied levé De Bon Cœur ** (Vision d’État) dans la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), suite à la chute de Thomas Gueguen dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) avec Bipolaire ** (Fragrant Mix). C’est la loi de l’obstacle. Kevin Nabet ne le sait probablement pas encore en se mettant en selle, mais c’est le début d’un tournant : « L’élément déclencheur de ma collaboration avec François Nicolle est De Bon Cœur. Nous avons remporté le Gr1 alors que je la montais au pied levé. La famille Détré m’a fait confiance ensuite et cela s’est bien passé : j’ai monté Polirico ** (Cokoriko), Eludy (Saddler Maker)… Pour moi, tout s’est bien goupillé. Je vais retrouver De Bon Cœur et Polirico cette année, comme monsieur Nicolle l’a annoncé dans votre journal. Les autres ? Ce sera en fonction des affinités et les entraîneurs décideront. »

Kevin Nabet est revenu sur le moment où il a appris qu’il allait monter De Bon Cœur : « J’avais monté le Grand Steeple-Chase de Paris avec Edward d’Argent (Martaline), c’était ma dernière monte de la journée. Pour moi, le week-end était terminé. J’étais en train de débriefer avec monsieur Munir et là, il y a Stéphane Delhommeau qui arrive et me dit : "Dépêche-toi, tu montes De Bon Cœur !" Sur le moment, je ne le croyais pas. Il y a forcément de la pression à ce moment-là : elle venait d’être battue dans la préparatoire mais c’était la jument que tout le monde attendait ! Je travaille dans l’espoir d’être associé à de tels chevaux et monter la meilleure jument du monde sur les obstacles, c’est incroyable. » Stéphane Delhommeau précise : « Nous avons saisi une opportunité qui se présentait. Ce jour-là, il fallait avoir des nerfs d’acier et Kevin les a eus. »

C’est presque une lapalissade que de dire à quel point le métier de jockey d’obstacle est particulier. Les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres, ou du moins ouvrir de nouvelles opportunités et possibilités. Kevin Nabet nous le rappelle : « Avant de rejoindre l’écurie de Guillaume Macaire, j’étais freelance. Je montais chez lui par curiosité, pour apprendre. Et puis un jour, à Dieppe, James Reveley s’est accidenté et je l’ai remplacé… Et cela a commencé ainsi. »

La Cravache d’or pas posée comme objectif direct. Depuis 2014, Kevin Nabet a toujours fini dans le top cinq au classement de la Cravache d’or d’obstacle. Pour autant, la première place n’est pas annoncée comme principal objectif. Le jockey explique : « Je ne me suis jamais mis, en début d’année, une pression pour avoir une Cravache d’or ou de chocolat. Nous sommes à la fin du mois de février et, dans notre métier, il n’est pas possible de deviner ce qu’il va se passer. Mais je privilégie la qualité à la quantité. Gagner les grandes courses d’Auteuil, c’est ce qui me fait vibrer. C’est un nouveau défi qui se présente à nous et je suis vraiment motivé. »

L’équipe Delhommeau prête pour la nouvelle année. Stéphane Delhommeau démarre l’année avec une importante équipe de jockeys et surtout des profils variés. Outre Kevin Nabet, il gère Jonathan Plouganou, Alain de Chitray, Wilfried Denuault, Pierre Dubourg, Edgar Labaisse et un petit nouveau, Baptiste Même. L’agent nous a dit : « J’ai des jockeys comme Jonathan Plouganou et Kevin Nabet, qui sont confirmés. J’ai d’autres jockeys qui sont bien connus et encore amenés à progresser. Jonathan Plouganou va monter pour plein d’entraîneurs différents, et notamment David Cottin. C’est un homme libre ! Alain de Chitray monte en priorité pour Augustin Adeline de Boisbrunet. Après, comme pour beaucoup, ce sera en fonction des affinités. Pierre Dubourg est surtout concentré sur l’écurie d’Arnaud Chaillé-Chaillé. Wilfried Denuault a ses clients réguliers, à Paris comme en province. Edgard Labaisse est chez Augustin Adeline de Boisbrunet : il reste là-bas. Il est jeune et a encore besoin de faire ses armes et d’évoluer. Quant à Baptiste Même, il divise son temps entre Maisons-Laffitte, Chantilly, Dragey ou encore l’Ouest. Il fait beaucoup de route afin de se donner de l’expérience. Il est jeune et est passé assez rapidement professionnel. En 2019, ce sera certainement un nouveau tournant dans sa carrière. Je pense que je démarre l’année comme jamais avec l’ensemble de mon équipe. Il y a vraiment du potentiel partout. »

Coach mental et psychologue sportif : une "nouveauté Delhommeau". Stéphane Delhommeau explique : « Cette année, nous lançons une nouveauté : il y aura un coach mental et un psychologue sportif pour accompagner mes jockeys. Ce projet va éclore au cours de 2019. Tout cela fait partie de mon rôle d’agent. Il faut se sortir de la tête l’idée que les agents ne sont que des chasseurs de montes. Ce n’est pas parce qu’un jockey a un agent qu’il ne sera pas disponible pour sauter les chevaux le matin. Au contraire, cela fait partie de mon rôle de leur rappeler, si besoin, que tout ce travail est important. Et aussi de les soutenir. »

Cette nouveauté est intéressante car elle s’inscrit dans un sujet qui prend de plus en plus d’ampleur. Durant l’année 2018, en Angleterre, l’Association des jockeys a lancé une grande campagne sur la santé mentale des jockeys. L’Association expliquait que, trop souvent, on parlait bien des blessures physiques mais rarement des blessures mentales, des phases de doute qui ponctuent la carrière d’un jockey comme des autres sportifs, de la remise en question permanente. L’Association des jockeys a notamment trouvé comme ambassadeur un certain Tony McCoy pour inciter les jockeys à parler de leurs problèmes. Kevin Nabet nous a donné son sentiment : « La question du mental est un sujet qui se développe de plus en plus dans le sport en général, alors qu’il a longtemps été passé sous silence. Pour un sportif, le physique entre évidemment en compte, mais le mental aussi. Et sans le mental, le physique ne suit pas ! C’est une idée intéressante que l’équipe développe. »