Les deux derniers joyaux de Bruno Vagne

Élevage / 27.02.2019

Les deux derniers joyaux de Bruno Vagne

Par Christopher Galmiche

Éleveur dans l’Allier, à Souvigny, Bruno Vagne vit un bel hiver avec deux de ses "Allen", Espoir et Envoi. Le duo a aligné les victoires de Groupes outre-Manche et, très certainement, il fera encore parler de lui au printemps.

La genèse d’Espoir d’Allen. Invaincu en trois sorties dans des Grs3 sur 3.200m cette saison, en Irlande, Espoir d’Allen (Voix du Nord) a enlevé cinq Groupes au total. Il s’est montré très impressionnant et est proposé à 14/1 pour le Champion Hurdle (Gr1), dans lequel il fera face à son compagnon de couleurs Buveur d’Air (Crillon) pour sa grande découverte de Cheltenham. Espoir d’Allen sort du lot, alors que sa carrière n’en est qu’à ses débuts. Mais il était déjà remarquable à sa naissance. Bruno Vagne raconte : « Espoir d’Allen est issu de Quadanse (Maille Pistol), une jument avec laquelle je n’avais pas eu de chance. Ses premiers poulains avaient tous été accidentés. C’est une fille de ma jument d’origine, Étoile d’Or II (Lute Antique). Je l’ai envoyée à Voix du Nord car je voulais essayer de remettre un très bon étalon. Et Voix du Nord avait la particularité d’avoir un inbreeding sur Top Ville que je trouvais assez intéressant. À la naissance, Espoir d’Allen était tout de suite très beau. Dès qu’il est né, je savais que c’était un poulain que j’allais emmener au concours d’élevage de Decize. Il a d’ailleurs gagné le concours dans les foals mâles. Je l’ai vendu à Walter Connors qui m’achète régulièrement des poulains. Il est parti yearling de la maison. Ils l’ont laissé en France, chez Anne-Sophie Pacault, puis il a débuté en gagnant la première course d’AQPS en plat à Lignières. Ensuite, ils l’ont vendu à John Patrick McManus. Il est issu d’une famille plutôt tardive, pour aller sur les longues distances. C’est celle d'Imposant, de Galapagos, de Mikador, qui ont gagné sur le tard sur des longues distances. Et là, on retrouve Espoir d’Allen sur 3.200m et précoce. Donc je suis très intéressé de le voir sur des fences sur 4.800m ! L’année où Quadanse était pleine d’Espoir d’Allen, j’ai rentré deux de ses sœurs, Cœur d’Allen (Network) et Silane (Dom Alco), avec des croisements plus favorables que Maille Pistol. Ces deux juments étaient de surcroît gagnantes. Et j’avais aussi une troisième sœur, Nouvelle Recrue (Ragmar), qui avait déjà bien produit. Donc j’ai profité de son beau poulain pour vendre Quadanse pleine de Saddler Maker. »

Envoi Allen, dans les pas d’Espoir. Envoi Allen (Muhtathir) est à l’heure actuelle le meilleur cheval de bumpers de la saison en Angleterre et en Irlande. Invaincu en trois sorties officielles dans cette catégorie, il avait auparavant gagné un point-to-point. Passé à la vente Tattersalls en février 2018 à Cheltenham, il en avait été le top price à 400.000 £. Tom Malone l’avait acheté pour Cheveley Park Stud qui se lance dans le monde de l’obstacle. Envoi Allen suit les traces d’Espoir d’Allen et devrait être vu à Cheltenham et Punchestown. « Envoi Allen, c’est un peu le même phénomène qu’Espoir d’Allen car, que ce soit la mère ou la grand-mère, elles ont gagné en cross et sur de longues distances. Le croisement d’Envoi Allen, c’est un remake de celui de son oncle Auvergnat, qui est le fils d’un cheval de vitesse plutôt très bien fait, Della Francesca. Auvergnat est engagé dans le Grand National et va courir en cross à Cheltenham. J’avais mis Della Francesca sur la mère d’Auvergnat dans un seul but : donner un peu de précocité et améliorer le modèle qui n’était pas le point fort de la mère, fille de Royal Charter. Envoi Allen est le premier produit de Réaction (Saint des Saints). Réaction était issue de la deuxième génération de Saint des Saints. En allant à Muhtathir, l’optique était de ramener un peu de précocité, ne pas défaire les qualités de sauteur et surtout amener un physique qui soit acceptable. C’est-à-dire un cheval pas trop grand et bien fait. Cela a donné un cheval plutôt grand, sans défaut, qui a la classe de plat que le père a dû ramener. Je suis aussi très pressé de voir Envoi Allen sur les fences. Réaction est de nouveau pleine de Muhtathir. C’était tellement bien que j’ai voulu recommencer ! J’ai vendu Envoi Allen en même temps qu’Espoir d’Allen. Ils sont nés à quelques jours d’intervalle et tous les deux sont partis yearling. »

"Allen", la devise du Bourbonnais. Bruno Vagne nous a expliqué la signification de son affixe "Allen" : « Nous voulions repérer nos chevaux parce qu’à chaque fois que nous nommions un cheval, notre premier choix était refusé car le nom était déjà pris. Nous avons donc décidé de mettre un affixe. Cela offre aussi plus de visibilité. Nous avons choisi cette affixe d’Allen car c’est la devise du Bourbonnais, de l’Allier, département dans lequel nous sommes installés. Allen veut dire "tous ensemble". Depuis la génération des "B", nous le mettons systématiquement. »

La passion en héritage. Passionné par les courses et l’élevage dès son plus jeune âge, Bruno Vagne a commencé sa vie en tant qu’informaticien avant de se lancer pleinement dans l’élevage. « Tout petit, avec mon père, je suis allé aux courses. Je me suis vite pris au jeu ! Je participais à l’élevage, je faisais les croisements, ça m’intéressait. Lorsque mon père a pris sa retraite, j’ai repris la ferme de mes beaux-parents qui ont des vaches charolaises. J’ai aussi repris trois juments à mon père, plus deux pouliches, et j’ai constitué mon élevage à partir de ça. Je fais saillir environ une quinzaine de poulinières par an. Chaque année, nous montons un peu en nombre car je garde des juments. » Fils de Bruno Vagne, Damien est lui aussi un passionné. Il a fait des stages à Coolmore, chez l’Aga Khan et rentre d’Arrowfield Stud en Australie. « Il a du vécu et ça me permet d’en profiter un peu. Il y a des étalons que nous ne connaissons pas mais que lui a pu rencontrer au fil de ses voyages. »

Une longue histoire avec Philippe Peltier. Philippe Peltier entraîne régulièrement les "Allen", notamment les juments de Bruno Vagne. L’histoire entre l’entraîneur et l’éleveur ne date pas d’hier… « Mon père a commencé avec Philippe [Peltier, ndlr] au début des années 90. C’était à ses débuts et nous avons toujours travaillé ensemble. Et ça continue ! Cela a beaucoup d’avantages car je garde les femelles. Lorsqu’elles vont chez lui, elles sont toujours exploitées de la même façon. Il a sa façon de les voir et sait parfaitement comment elles vont évoluer. De cette manière, nous allons beaucoup plus vite et surtout, lorsqu’elles sont allées à l’entraînement chez lui, nous en connaissons la valeur, même si elles n’ont pas couru. Dans mon élevage, il n’y a qu’une lignée, ce qui permet de reproduire quelque chose qui a marché avec quelques certitudes. Cela me sert notamment à faire les croisements. Pour choisir les étalons, nous avons des choses assez établies. Nous commençons par faire chacun un plan de monte avec mon fils Damien qui s’intéresse aussi à l’élevage. Ensuite, tous les deux, nous confrontons ce plan et nous échangeons. Dans le plan de monte, il faut respecter certaines conditions. Tout d’abord, nous essayons systématiquement un jeune étalon débutant. De cette manière, j’ai un produit à la maison et je sais à quoi m’en tenir. Si le poulain s’avère assez vite intéressant, je peux renouveler le croisement sur une autre branche de la famille avec quelques certitudes. Assez vite, je teste les jeunes étalons. J’ai aussi des juments qui sont placées ou gagnantes de Groupe ou Listeds. À celles-là, je donne un traitement un peu favorisé avec des étalons de qualité. J’ai cinq ou six juments qui ont du caractère gras. Nous élevons en famille avec ma femme, Michèle. Nous voyons les poulains tous les jours et nous en déduisons des caractères ou des attitudes dont je tiens compte dans mes croisements. C’est pour ça que lorsque nous allons à un étalon, nous essayons d’avoir des informations sur le caractère du cheval et de ses descendants et nous nous en servons dans le croisement. »