Lutte anti-dopage : la France à la pointe

Courses / 26.02.2019

Lutte anti-dopage : la France à la pointe

France Galop, LeTrot et la Fédération nationale des courses hippiques organisaient pour la première fois ce lundi une conférence de presse sur le contrôle antidopage. Elle a eu lieu au laboratoire des courses hippiques, à Verrières-le-Buisson, construit en 2003. Objectif : faire preuve de transparence et couper court à certains fantasmes… Second volet aujourd’hui avec la place de la France sur la scène internationale.

Les accords internationaux de la Fédération internationale des autorités hippiques, de l’Union européenne du trot et de la Fédération équestre internationale imposent à tout laboratoire de contrôle anti-dopage équin d’être accrédité selon la norme ISO 17025 et le document Ilac G7. L’accréditation requise a été délivrée au laboratoire des courses hippiques par le Cofrac (Comité français d’accréditation). Cette association évalue la conformité des pratiques organisationnelles et techniques, valide les méthodes d’analyse mises en œuvre et contrôle la bonne application de ces méthodes. Par conséquent, cela assure la fiabilité des résultats produits. Il faut souligner que la Fédération internationale des autorités hippiques impose aux autorités hippiques nationales de faire analyser les prélèvements des courses de Gr1 par un laboratoire certifié, et que le L.C.H. a été le premier laboratoire à l’avoir été en 2016.

Un budget conséquent pour la lutte anti-dopage. Le coût des missions de prélèvement (vétérinaires préleveurs et aides, frais de déplacement, matériel de prélèvement, frais d’envoi…) et de l’unité de recherche s’élève à 3,9 M€ en 2018. Le budget consacré au laboratoire est quant à lui de 8 millions d’euros. Le L.C.H. emploie 65 personnes, et 147 vétérinaires et aides sont répartis sur le territoire. Six personnes sont au service de la F.N.C.H.

Un taux de positivité très faible en France. En 2018, 29.576 prélèvements ont été effectués dans les disciplines du trot et du galop et seulement 67 cas (dont 58 prélevés en compétition) se sont avérés positifs, soit un taux de positivité de 0,23 %. Sans surprise, ce sont les corticoïdes qui arrivent en tête des substances prohibées détectées. Le taux est très faible, surtout si l’on compare avec le nombre de prélèvements effectués par le L.C.H. pour ses clients étrangers : 6.487 tests ont été réalisés et 319 cas étaient positifs, soit un taux de 4,91 %. Hélène Bourguignon, chef de service de la biologie équine de la F.N.C.H., a commenté : « Le taux de négativité au niveau des tests en France est très bon et stable. C’est le même depuis plusieurs années et deux tiers des cas positifs sont involontaires. Souvent, il s’agit d’une erreur sur le temps d’élimination d’un produit, ou encore d’un membre du personnel qui urine dans un box alors qu’il est sous médication. » Depuis 2014, le L.C.H. pratique le retrospective testing sur des trotteurs. Il conserve les échantillons afin de les soumettre à des analyses rétrospectives dans les dix ans qui suivent la réalisation du prélèvement. Cela peut permettre de détecter des substances que la technologie de l’époque ne permettait pas de mettre en évidence.  

Une pression de contrôle plus forte que dans les autres pays. La France est le pays le plus rigoureux en ce qui concerne le contrôle anti-dopage dans les courses hippiques et occupe une place de premier choix sur la scène internationale. Les sociétés-mères sont membres de l’E.H.S.L.C. (European Racing Scientific Liaison Committee), qui est chargé d’harmoniser toutes les procédures de contrôle anti-dopage en Europe. France Galop est membre du conseil consultatif sur le dopage et du sous-conseil sur le dopage génétique au sein de l’Ifha, tandis que LeTrot préside la commission "santé et bien-être animal" au sein de l’U.E.T.

Un suivi longitudinal chez les trotteurs. Un système inédit de suivi longitudinal a été mis en place depuis 2009. Ainsi, les 25 chevaux ayant obtenu le plus de gains durant l’année précédente sont prélevés tous les mois à l’entraînement, de façon inopinée. Ce dispositif, mis en place exclusivement en France sur les trotteurs, permet d’obtenir des données très intéressantes sur les meilleurs chevaux en activité et de maintenir sur ces compétiteurs une pression de contrôle importante. Les prélèvements réalisés dans le cadre de ce suivi longitudinal sont soumis aux analyses classiques ainsi qu’à d’autres techniques spécifiques innovantes. Le suivi est réalisé à partir du 1er avril jusqu’au 31 mars de l’année suivante.

Une unité de recherche à Goustranville. Le L.C.H. possède une unité de recherche à Goustranville (14), où des prélèvements sont effectués sur des chevaux. Hélène Bourguignon a expliqué : « Nous avons dix chevaux très bien soignés sur lesquels nous effectuons des prélèvements, par exemple pour la recherche du dopage génétique. Ils nous permettent de récupérer des échantillons indispensables à la bonne marche du laboratoire et font l’objet d’études internationales. » Le dopage génétique est une technique qui consiste à améliorer les capacités en remplaçant un gène défaillant ou en modifiant l’expression d’un gène, et il est évidemment très dangereux pour la filière hippique. Kheiron Biotec, une start-up argentine, affirme pouvoir produire des poulains génétiquement dopés d’ici moins de deux ans. Hélène Bourguignon a ajouté : « Nous développons des méthodes indirectes par empreintes pour rechercher l’effet des molécules, et nous utilisons également l’intelligence artificielle pour aller plus loin dans l’interprétation des données et la recherche de produits. »